INTRODUCTION

 


« Il n'y a d'immuable et d'invariable que la Vérité, qui est l'expression des lois de la Nature.
Quand ces lois sont violées, il ne reste plus que l'imagination des hommes qui engendre l'erreur sous des formes multiples. »


« La Vérité est simple.
C'est l'erreur qui est compliquée. »

PRÉAMBULE 
« La vérité se révèle plutôt au cœur de l'homme qu'à sa raison », dit Hippolyte Destrem, parce que le cœur de l'homme est inspiré par l'Esprit féminin.
Pour trouver la Vérité, il n'y a que deux voies à suivre : celle de la Science et celle de l'Amour.
La Religion, c'est la voie de l'Amour.
L'Amour, c'est le lien moral qui unit l'homme à l'Esprit féminin, et c'est ce lien qui est la Religion.
« L'amour idéal est pour l'homme un lien d'un si grand prix, un tel élément de bonheur, que tous ceux qui l'ont ressenti le placent au-dessus de tous les autres éléments de la félicité humaine. Il faut considérer en lui non seulement le bonheur qu'il fait éprouver, mais encore la perfection qu'il donne à toutes les puissances de l'âme. De tous les sentiments qu'il nous est donné de concevoir, il est celui qui nous élève le plus au-dessus des faiblesses et des vulgarités de la pure sensation, celui qui produit dans l'intelligence les manifestations les plus poétiques, celui qui fait naître dans la volonté les résolutions les plus nobles ».


VÉRITÉS
Vérité ! Éternel sujet des discordes du monde ! cherchée par les uns, cachée par les autres, aimée passionnément, ou persécutée follement, mais revendiquée toujours par ceux qui ont voulu régner sur la terre, alors qu'aucun d'eux ne la possédait. Et si vous demandez pourquoi elle a ce prestige, on vous dira que c'est parce que tout au fond de l'histoire se trouva un temps où la VÉRITÉ était la base même du pouvoir. Celui qui SAVAIT enseignait et cela lui conférait une puissance sociale, une autorité. C'était l'Âge d'Or, l'époque bienheureuse où régnait le Droit naturel, « Jus Naturale ». Cela dura pendant une longue période de temps, toute la première jeunesse de l'humanité, et c'est pour cela que l'atavisme rend à l'enfance actuelle, quand elle n'est pas pervertie par le milieu social, la spontanéité du vrai instinctif. Le mensonge n'a été introduit dans le monde qu'avec l'usurpation et pour la justifier.

LA SCIENCE ANTIQUE
Quels étaient donc ces premiers instructeurs de l'humanité qui expliquèrent à l'homme la Nature et ses mystères, la vie et ses lois ? La tradition de tous les pays fait remonter cette première science à une « race divine ». Puis, quand vint la religion moderne qui résuma tous les Dieux en un seul, on déclara que « la Révélation vient de Dieu ». Mais ceux qui parlaient ainsi s'appuyaient sur une tradition altérée ; si nous remontons à sa source, nous ne trouvons pas un Dieu, mais des Dieux, et si nous cherchons quel était le secret de leur nature divine, nous devons remonter plus haut encore, et dans ce passé lointain, nous ne trouvons plus des Dieux, mais des Déesses, et forcément nous constatons que c'est cette primitive Divinité, la Déesse, la puissance supérieure (intellectuelle), qui a instruit les hommes. Nous comprenons alors que la source de toute vérité, c'est l'Esprit féminin.
Longtemps la science primitive régna sur le monde, elle fut la base des grandes civilisations de l'antiquité. En ce temps-là, on connaissait les lois de l'Univers, l'origine de la vie, les véritables lois de l'Evolution des êtres, la loi morale et tout ce qui fait l'objet des recherches des savants modernes.

LA TRADITION ANTIQUE
Si les premiers efforts de la pensée humaine ont créé une science qui n'a jamais été dépassée et que, de toutes parts, on cherche aujourd'hui à reconstituer, c'est que, dans la jeunesse de l'humanité, la femme avait parlé. La découverte qu'elle fit des lois de la Nature a été l'origine, la source, la base de toutes nos connaissances. Première révélatrice des vérités naturelles, elle est restée elle-même, dans le souvenir atavique de l'homme, l'idéal lointain, la suprême personnification religieuse ; son ombre s'est traînée dans toutes les religions, c'est la vierge devant laquelle l'esprit de l'homme s'incline, souvenir confus de la première Théogonie.
C'est ainsi que la très haute antiquité a possédé des notions vraies de toutes les sciences, et ces notions ont même pris des développements poussés si loin dans les détails, dans la précision des faits, que, pour nous remettre à leur hauteur, nous devons donner une vigoureuse impulsion à nos sciences modernes qui se traînent si péniblement par les sentiers de l'empirisme et de la routine.
Mais la tradition s'est emparée de ces notions que la femme avait apportées, et les a transmises à travers les siècles en les altérant.
Les conceptions théologiques que l'on nous représente comme ayant régné à l'origine de la vie humaine sont, dans la forme qu'on leur donne aujourd'hui, le travestissement de la pensée féminine, pensée travestie parce qu'elle est exprimée par des hommes qui n'en comprennent pas le sens, et, dès lors, devenue grotesque et ridicule comme le serait un homme affublé de vêtements de femme.
La métaphysique qui se greffe sur la théologie est le même travestissement un peu modifié. Quant à la science moderne, celle du moins qui supprime complètement la forme primitive traditionnelle, même travestie, c'est-à-dire tout l'apport de l'esprit féminin, celle-là, c'est le néant.
Cette prétention d'appeler science ce qui est le renversement de toute vérité, démontre l'obscurité qui règne dans les esprits dominés par des passions troublantes.
Le sens caché, le sens ésotérique des faits, des textes, des livres religieux, ne semble pas pouvoir être compris par la généralité des hommes : c'est pour cela que l'antiquité avait institué l'usage de l'initiation, conférée seulement à ceux qui voulaient bien se soumettre à une longue étude et qui consentaient d'avance à accepter les conclusions de la science. Mais ceux qui veulent voir clair dans les choses abstraites a priori, c'est-à-dire avec leurs seules facultés, ne voient rien, et ils nous le prouvent bien, puisque leur premier mot est toujours une négation.

ORIGINE LOINTAINE DE L'ERREUR SOCIALE
Le désordre social a été engendré par l'erreur ancestrale devenue l'erreur religieuse.
La Religion, c'est la force morale qui gouverne les hommes même à leur insu, puisque c'est elle qui fait les mœurs et les mœurs sont au-dessus des lois. Elles font les lois.
Donc le régime religieux est au-dessus du régime politique, même lorsqu'une religion cesse d'exister comme puissance reconnue, si sa morale persiste et perpétue le mensonge social.
On ne change pas une nation en changeant sa politique. On la change en réformant ses mœurs, et pour réformer les mœurs il faut changer les idées.
Pour cela il faut deux choses :
1° Faire la lumière sur l'ancien fonds de traditions qui sert de base à la vie morale et sociale, c'est-à-dire faire l'histoire réelle des religions.
2° Etudier les lois de la Nature, créer une science impartiale, dégagée des idées préconçues que les préjugés religieux et sociaux ont ancrées dans l'esprit des hommes et qui influencent les savants eux-mêmes, puisqu'ils mettent les préjugés religieux et sociaux, c'est-à-dire la fausse morale, au-dessus de la recherche de la vérité. Ils partent de la même erreur que les prêtres, une erreur lointaine qu'ils considèrent comme inattaquable.
Renan avait raison quand il disait : « La prochaine révolution ne sera pas politique, elle sera religieuse et morale ».


ORIGINE DE LA RELIGION
Faire l'histoire des religions et des systèmes philosophiques qui ont surgi autour d'elles, c'est faire l'histoire de la psychologie humaine.
L'évolution religieuse, c'est l'évolution psychique de l'homme déroulée à travers les siècles. Elle répond à des lois aussi certaines que celles qui régissent les phénomènes physiques et les phénomènes biologiques.
L'état psychique de l'homme jeune a eu comme résultat de faire naître la manifestation sentimentale, qui dure depuis les temps les plus reculés, qui durera éternellement, et qu'on appelle, dans les temps modernes, la Religion.

L'HISTOIRE RECTIFIÉE
L'Histoire réelle de la Terre et de ses habitants n'a jamais été faite, les hommes ne l'ont pas voulu, ils ont jeté un voile sur la moitié des temps et les ont retranchés des fastes du monde.
Et cette partie supprimée est cependant la plus importante, puisqu'elle contient l'explication des principes, c'est-à-dire des premières actions des hommes, de leurs premières idées, de leurs premiers travaux et des impressions reçues dans la jeunesse ancestrale (voir l'article du blog intitulé « FAITS ET TEMPS OUBLIÉS »), qui se sont gravées dans le cerveau humain d'une façon si profonde que l'atavisme les fait renaître dans chaque enfant qui recommence la vie.
Et ceci nous explique pourquoi nous avons deux espèces de connaissances : celles qui furent acquises dans le monde primitif qu'éclairait la lumière de la Vérité, et celles qui furent acquises par la suite dans un monde déjà livré à l'erreur et au mensonge.

LA RELIGION PRIMITIVE
En remontant dans le passé pour chercher l'origine de la Religion primitive, nous découvrons qu'elle était basée sur les lois de la Nature, qu'elle était naturelle. Et c'est en cela qu'elle diffère des religions modernes qui, toutes, sont basées sur la violation de la Nature, qui sont surnaturelles. Et comme toutes les erreurs triomphantes sont intolérantes, elles ne se laissent pas discuter, parce que leurs prêtres ont une conscience vague des absurdités qu'ils enseignent. Comme tous les usurpateurs, ils condamnent, avec la dernière rigueur, le régime antérieur au leur, celui qu'ils sont venus renverser.
L'évolution religieuse a donc eu deux grandes phases bien tranchées :
- La Religion naturelle.
- Les Religions surnaturelles.
L'histoire des religions, c'est l'histoire des luttes de sexes, des luttes de la vérité et de l'erreur, du bien et du mal, de la justice et de l'injustice. C'est parce que c'est l'histoire des luttes de sexes que si peu d'hommes consentent à chercher et à dire toute la vérité dans cette question réputée dangereuse.
Elle contient un grand danger, en effet, pour les prêtres de tous les cultes qui s'appuient sur le mensonge, puisqu'elle lève entièrement le voile qui cachait la Vérité.
Leur sécurité relative vient de ce qu'ils s'appuient sur l'ignorance universelle. C'est que, pour faire l'histoire vraie des religions, il faut connaître l'évolution de la pensée humaine et l'évolution des sentiments, et cette histoire complexe restait à faire.
La nature fondamentale de l'humanité a toujours été la même ; il n'y a de différences que suivant les âges et le sexe. Et c'est justement cette différence sexuelle qu'il importe de connaître pour comprendre l'histoire. « Plus on avancera dans les études anthropologiques, disait M. de Quatrefages, plus on reconnaîtra que, si les peuples, les races diffèrent, l'homme, l'espèce, sont les mêmes sur toutes les terres, sous tous les climats ».
Il faut donc pour faire briller la Vérité et établir la Justice, un frein qui entrave les instincts pervers de l'homme ; ce frein, c'est la Religion, ce lien sacré qui unit l'homme à la Femme.
« La Religion, c'est la conciliation vivante et heureuse de la dépendance et de la liberté », dit M. Auguste Sabatier dans La Religion de l'autorité et la Religion de l'Esprit .
On ne peut pas mieux dire.
La Religion naturelle ne peut être conçue sans une autorité qui soit investie du droit et du pouvoir de réduire à l'unité les opinions dissidentes...
Cette autorité réside dans la Déesse.
La morale doit avoir sa racine dans la croyance en la Femme Divine, car le sentiment naturel du bien et du mal, sans aucune pratique pour réveiller en l'homme la conscience de son imperfection et le besoin de s'élever vers l'idée éternelle du bon et du juste, ne suffirait pas pour conduire l'homme à l'accomplissement de ses hautes destinées.
L'Idée Divine, dans l'esprit de l'homme, ne provient pas de l'enseignement qui lui est donné ; elle provient d'un atavisme lointain qui lui remémore les idées confuses de sa jeunesse phylogénique. Dans le passé perdu, l'homme a su qu'il existait au-dessus de lui un être supérieur à lui en puissance intellectuelle et en grandeur morale, un pur Esprit. Ce fut d'abord la vierge adolescente, la Femme jeune, puis l'idée s'amplifia dans son cerveau et grandit jusqu'au surnaturel dont il dota la Divinité.
La Religion naquit d'un phénomène psychique et le culte fut primitivement individuel, réduit à un couple, l'homme et la femme qui sont le Prêtre et la Déesse, créant ensemble un lien d'amour.
L'idée divine, comme nous l'expliquons, a pour conséquence le sentiment religieux, c'est-à-dire le lien qui unit l'homme à la Divinité. C'est ce qui explique qu'un savant comme Burnouf dit : « Certes, j'admets que l'idée de Dieu est la base et le fond de notre raison ». Mais, lorsque les hommes changent la nature de la Divinité, en font un homme ou un être invisible, le sentiment pour elle ne peut plus exister.
Si l'idée divine est universelle, c'est parce que la Religion naturelle a régné partout au début des sociétés humaines. Burnouf, décrivant cette Religion naturelle, dit (Science des Religions, p. 191) :
« La Religion est un acte intellectuel par lequel l'homme reconnaît une puissance supérieure, et un acte d'amour par lequel il s'adresse à sa bonté. Ces actes ne sont point des abstractions et ne peuvent s'expliquer que par des raisons scientifiques. Ce sont des réalités où l'homme est acteur depuis les temps les plus anciens, ce sont des œuvres qu'il n'a cessé d'accomplir aux époques de haute civilisation comme aux époques de barbarie ou de décadence. Il faut donc admettre, à moins d'accuser d'insigne folie le genre humain tout entier, que les formules sacrées, ainsi que les rites et les symboles, couvrent quelque chose de réel, de vivant et de permanent qui donne à toutes les religions leur durée et leur affinité.
« Cet élément doit jouer dans leur longue et multiple histoire le même rôle que la vie dans les corps organisés. L'anatomie et la morphologie, qui donnent l'analyse des formes externes ou internes de ces derniers, n'expliquent rien si elles n'ont sans cesse, à côté d'elles, cette idée de la vie qui anime et produit ces formes mêmes. Mais, du moment où elles font intervenir comme moyen d'explication un principe vivant, elles cessent d'être purement descriptives et deviennent la physiologie. De même, si la notion mystérieuse qui se cache sous les formules sacrées est négligée, ni l'archéologie, ni la linguistique ne peuvent rendre compte de la naissance et du développement des religions, non plus que de leurs analogies entre elles. Ce fonds commun, qui persiste à travers l'humanité, leur échappe ; les mythologies ne paraissent plus que des amusements ou des inventions des poètes, et ce fait immense de l'empire exercé par les religions sur les hommes, de cette puissance mystérieuse qui a rempli d'autels les cités, chargé des générations entières de labeurs exécutés par elles avec allégresse, souvent aussi armé les nations les unes contre les autres, bouleversé les États, renversé les dynasties, ce fait demeure sans raison d'être, la science est muette devant lui.
« Il y a donc dans les religions une idée fondamentale qu'il faut avoir sans cesse à l'esprit, quand on parcourt les faits constatés par la linguistique et par l'archéologie, car c'est cette idée qui donnera l'interprétation des faits. La science cesse alors d'être une pure analyse et prend sa place dans l'ordre des sciences physiologiques ( et psychologiques). Cette idée peut se lire cent fois en termes simples et sans formules symboliques dans le Véda ; puis, une fois qu'on l'y a saisie, on la retrouve partout dans les religions des temps postérieurs ; elle y anime les cérémonies du culte, se cache sous les symboles, donne aux expressions dogmatiques leur sens, leur portée et leur unité, s'épanouit enfin en doctrines morales, en pratiques et en conséquences de toute sorte, dont le génie des peuples et la différence de milieu suffisent pour expliquer, la diversité. »
Burnouf dit encore (Science des Religions, p. 428) :
« Si tous les faits d'observation étaient ramenés aux vérités absolues et rangés dans le domaine de la science, il n'y aurait plus aucune diversité entre les opinions ; toute discussion serait terminée. La raison est donc le principe d'unité entre les hommes. (Mais les déraisonnables, qui sont les hostiles, ne peuvent entrer dans l'union.)
« En outre, la psychologie a démontré que c'est par l'effet des vérités absolues que nous attribuons quelque vérité à nos autres conceptions.
« La raison est donc le principe d'unité entre tous les hommes. La raison est le fond primordial de la pensée. Chez les Grecs, elle a reçu le nom de Logos ou de Verbe. Dans le Véda, elle porte celui de Vâk (en latin Vox) qui a la même signification. C'est ce que les religions et les philosophies appellent « l'idée de Dieu » (c'est-à-dire émanée des Déités). Cette idée constitue donc le fond de la pensée à tous les degrés. Elle engendre la métaphysique. »
C'est vers cette unité de pensée que convergent toutes les analyses faites dans les sciences physiques et naturelles. La science qui la résume et qui permet d'en faire la synthèse est celle qu'on a nommée métaphysique ; son rôle commence où finit celui des sciences particulières.
La femme commence où l'homme finit.
Burnouf dit encore (page 415), après avoir parlé de la faculté de concevoir la vérité absolue dont les mathématiques ne sont qu'une partie :
« Les mathématiques pures n'ont qu'une très faible portée philosophique et s'accommodent de tous les systèmes. Les quantités qu'elles ont pour objet sont les diverses formes de cette possibilité d'être que les Asiatiques ont appelée Mâyâ et que Platon nommait aussi la Mère, le lien, la dualité. Or, quelle que soit la métaphysique à laquelle on s'arrête, cette Mâyâ est la condition inévitable de tout phénomène réel ou seulement possible ; elle a donc en elle quelque chose d'absolu ; c'est ce qu'avaient compris les Indiens et Platon ».
Burnouf trouve que cette pensée primordiale est la forme unique de laquelle dérivent toutes les formes individuelles de la pensée (c'est-à-dire qu'elle est la forme de la raison pure qui règne en l'esprit féminin, tandis que chez les hommes les formes individuelles sont multiples).
L'histoire des religions s'explique par deux éléments psychologiques : l'amour et la haine, la soumission et la révolte, l'humilité et l'orgueil. Mais l'axe autour duquel tournent ces sentiments est l'antique Déesse. Impossible de rien comprendre aux religions si l'on ne connaît pas cette cause première du sentiment religieux.
Le consentement et les dissentiments de l'homme expliquent la diversité des dogmes. Il consent à croire la Vérité ou il la nie, la discute et la remplace. Alors apparaît l'Erreur avec toutes les oppressions qui l'imposent.
C'est par le consentement que se forme l'orthodoxie, qui a pour point d'appui l'autorité.
Il y a entre toutes les orthodoxies de la Terre une somme de dogmes communs qui représentent la Religion naturelle primitive, un résidu des croyances qui ont subi des déviations locales, mais toujours avec le même but : faire passer l'autorité morale de la Déesse au Prêtre usurpateur et, pour y arriver, altérer les anciennes croyances dans une forme divine concrète.
Mais, comme ces altérations sont différentes chez les différents peuples, ce sont justement elles qui sont les causes de luttes, de guerres, de persécutions ; le fonds primitif disparaît, on ne le discute pas, on ne le comprend plus. Si on le connaissait, on verrait que tous les peuples ont le même fonds commun de croyances, puisque tous ont commencé par adorer le divin féminin, tous lui ont rendu un culte qui n'a pas beaucoup varié d'un endroit à l'autre. Les doctrines naissent les unes des autres, mais d'abord elles ne sont toutes qu'une seule doctrine.
Ce sont les diverses formes dissidentes qui, pour les hommes, sont devenues « l'orthodoxie ».
A mesure que la doctrine fondamentale se revêt de formules conventionnelles qui la dévient du sens primitif, sous prétexte de la rendre plus conforme aux conditions nouvelles ou locales, c'est-à-dire aux intérêts masculins des prêtres, une réaction se produit, la contradiction naît, c'est-à-dire l'effort pour renverser l'interprétation nouvelle et ramener l'idée à son origine, et ce n'est que sous l'oppression que la pensée s'éteint, s'arrête, hésite, du reste pour reprendre son élan aussitôt que la liberté renaît.
La chute des orthodoxies masculines (les religions surnaturelles), n'intéresse pas la Religion naturelle. Bien plus, cette chute la dégage des obstacles qui l'obstruent et l'étouffent. Le dogme de l'homme, du Prêtre, est une force oppressive qui impose l'erreur.
Nous qui venons à la fin des temps, nous avons sous les yeux la multitude innombrable de débris dont l'histoire est jonchée : débris de livres, débris de monuments, de traditions, de langues, de rites et d'institutions. Notre tâche est d'en comprendre la signification morale et d'en extraire la Science des Religions qui n'a pas été faite jusqu'ici .
Et c'est cela qui remettra la paix dans le monde, car c'est autour du mot Religion que toutes les passions humaines se sont déchaînées. Les discussions, les luttes, les guerres ont, presque toutes, été provoquées par un mot dont, aujourd'hui, on ne comprend plus la signification.
 
LUTTE DES HOMMES POUR LE POUVOIR SPIRITUEL
Pendant que les plus audacieux s'emparaient du pouvoir religieux, d'autres formaient un parti d'opposition, un pouvoir laïque, en perpétuelles luttes avec les premiers, et toujours leurs discordes avaient pour prétexte « la Vérité » que ni les uns ni les autres ne possédaient.
Les Prêtres prétendaient l'enseigner, en se basant sur une tradition qu'ils avaient altérée. Les laïques leur montraient leurs erreurs et voulaient substituer à leurs dogmes des dogmes nouveaux, fondés sur des hypothèses forgées de toutes pièces dans leur imagination et qu'ils enseignaient au nom de la raison, quoique ces dogmes laïques, instables du reste, n'avaient pas plus de valeur que ceux des Prêtres. Ils en avaient même moins parce que, au fond du dogme religieux, on retrouvait la science antique, l'Absolu féminin, tandis que dans la science des hommes cet Absolu, quand on l'apercevait, était condamné au nom de la raison de l'homme qui créait le relatif. En réalité, ces luttes n'avaient qu'un but : conquérir le pouvoir en dirigeant l'Instruction publique et en enseignant aux jeunes générations que le gouvernement des vainqueurs était le meilleur des régimes.

COMMENT ON A ÉCRIT L'HISTOIRE
Il est des gens naïfs qui croient que l'histoire est le récit exact des faits du passé. Ils semblent ignorer que le monde est, depuis longtemps, régi par le mensonge et que le désordre de la société actuelle en est la conséquence.
Il est curieux d'étudier comment cet ordre de choses a commencé, quels ont été les mobiles des premières erreurs voulues, et quels hommes, les premiers, ont eu l'audace de les écrire.
A toutes les époques, il y a eu des partis qui, voulant s'emparer d'un pouvoir auquel ils n'avaient pas droit, ont appuyé leurs prétentions sur une idée, un système, une théorie religieuse ou sociale, qu'ils ont propagée par violence, par fraude ou par ruse ; puis, lorsqu'ils triomphaient, ils avaient soin d'abord d'écrire l'histoire passée, la montrant comme une longue préparation de leur triomphe qu'ils justifiaient par une aspiration des foules existant depuis longtemps.
Pour répandre l'histoire ainsi écrite, ils créaient un enseignement obligatoire dans lequel ils ne manquaient pas d'avilir leurs ennemis, ceux qu'ils avaient vaincus et qu'ils représentaient toujours comme des barbares ou des gens de mauvaises mœurs. Eux-mêmes se représentaient comme des sauveurs apportant tous les progrès.
Or, tout cela était mensonge et il importe aujourd'hui de rechercher la vérité cachée, c'est-à-dire le plaidoyer des vaincus, leur véritable état social et moral.
Nous allons donc étudier l'histoire cachée, falsifiée, dénaturée, chercher la source lointaine de nos croyances, de nos traditions, de nos préjugés ; nous allons nous efforcer d'éclairer les hommes sur les erreurs du passé, de les rectifier et de rétablir partout le rôle glorieux de la Femme, effacé par les Prêtres de toutes les religions et les misogynes de tous les pays.
Nous nous appliquerons surtout à révéler aux hommes de bonne foi les œuvres de l'esprit féminin, nous essaierons de leur faire connaître la science cachée, les livres condamnés. Nous sortirons de l'oubli les vérités étouffées et nous mettrons en pleine lumière l'histoire si attachante des Mystères de l'antiquité.

LES MYSTÈRES
Théophile Cailleux nous dit (Origine celtique de la Civilisation, p. 124) :
« Les mystères avaient pour objet la reformation de l'homme ; ils le prenaient brut et, le travaillant à neuf, s'attachaient à retrancher de son coeur jusqu'aux dernières fibres de la vie sensuelle, à lui enlever sa première âme, et, quand ils en avaient fait un homme nouveau, ils lui inspiraient un souffle créateur qui lui rendait une seconde vie.
(Dans les Dionysies, Iacchus, le nouveau fidèle, est nommé Bimater ; de même que les poésies sanscrites, parlant des Brahmanes, les nomment « les deux fois nés », Dwidja. Dans le même cas, Circé appelle Ulysse « deux fois mort ».)
« Les hommes qui avaient subi cette mue formaient une génération mystique, une famille de frères qui, nés d'une mère commune, anéantis dans sa volonté, ne vivant plus que de son âme, lui appartenaient de tout leur être ; aussi ne se présentaient-ils jamais devant la grande Déesse sans être parés d'un signe de dépendance. Le siège de cette puissante transformation était aux bouches du Hélion (la Meuse), désignée sous l'emblème de Nehal Ennia (sa statue a été découverte en 1647 dans l'île Walcheren) ; sa fécondité mystique était figurée par les fleurs et les fruits qui remplissaient son giron (ainsi nous comprenons ce que nos pères appelaient le giron de l'Eglise) ; autour d'elle étaient ses enfants dévoués, les Druides, portant comme marque de servitude un collier d'or, qui était, selon Strabon, leur principal attribut.
« Quand les émigrations celtiques propagèrent au loin cette religion, les colonies fondées relevaient toujours de l'Eglise originaire ; elles en faisaient une statue hiéroglyphique et l'hommage rendu à cette déité s'adressait à la primitive et véritable Sion. Cette image se composait de symboles exprimant les opérations virtuelles de Nehal Ennia.
« C'est aux bouches sacrées des grands fleuves que les nations les plus anciennes ont placé leurs mystères (Meuse, Rhin, Escaut, Nil, Gange, etc.). Les îles que forment leurs deltas étaient une retraite naturelle, facilement accessible aux populations primitives ; elles y déposèrent leurs objets précieux, en interdirent l'accès aux profanes et les déclarèrent Tabou (sacrées). C'est ainsi que l'île Scaldia, la plus célèbre de celles que forment les jonctions complexes de ces trois fleuves (le Rhin, la Meuse et l'Escaut), fut surnommée l'Escaut Tabula (1). Toute la région qui avoisine ces trois fleuves est donc pleine de mystères. C'est là que le peuple des Celtes a sa racine ; c'est là qu'il a grandi, qu'il s'est fortifié dans la lutte, qu'il s'est fait tel que nous le voyons. » (Cailleux, Origine celtique de la civilisation, p. 18).
La Meuse est appelée le fleuve du soleil. Tacite, Pline, Ptolémée, Homère, appellent la Meuse Hélion, le Soleil.
Elle est aussi appelée Musoeus (Muses). On lit dans Métaphraste, l'historiographe byzantin, que le saint ermite Sabas se noya, chez les Goths, dans le fleuve Musoeus. Et Cailleux dit (p. 117) :
« Le berceau des anciennes religions est aux bouches de la Meuse, au centre de l'antique pays des Celtes ; c'est de là qu'elles se propagèrent dans les autres régions.
« Ce sont les historiens de Rome qui ont fait connaître les Celtes. Dans César, ils nous apparaissent comme livrés aux recherches de pure spéculation. Dans Tite-Live, ils franchissent leurs barrières pour répandre au loin leurs émigrations et leurs idées.
« Nul peuple, à aucune époque, n'a élevé plus haut ses recherches et propagé plus loin ses découvertes ».
La colonisation de l'Inde par les anciens Celtes est connue. (voir article du blog intitulé « CELTES ET LATINS »)
(1) Géographie de Ptolémée

Les Mystères druidiques
Dans la Grande-Bretagne et dans la Gaule, on faisait des initiations symboliques dans des endroits circulaires ou ovales, destinés à représenter l'oeuf d'où tout vient.
Les lieux d'initiation étaient découverts ; les cérémonies se faisaient à ciel ouvert.
On devait les construire avec de la terre et des pierres brutes, non souillées par un outil métallique. Les métaux, le fer, étaient en abomination, parce que c'étaient les hommes ennemis qui les travaillaient et qui les faisaient servir à des arts abominables, à des crimes.
Les initiés portaient une chaîne spéciale qui les faisait reconnaître et admettre dans les lieux secrets.
La principale époque d'initiation était le 1er mai, le mois de Maya. Il était défendu de consigner par écrit les rites et les doctrines secrètes.
Les mystères avaient trois degrés :
1°) Les Bardes.
2°) Les Faids ou Vates.
3°) Les Druides.
Au premier degré, l'aspirant était revêtu d'un vêtement tricolore représentant les couleurs sacrées :
- blanc, symbole de lumière,
- bleu, symbole de vérité,
- vert, symbole d'espérance.
Au deuxième degré, il était habillé en bleu.
Au troisième degré, quand il avait triomphé de tous les obstacles et était arrivé au sommet de la perfection, il recevait une tiare rouge et un manteau flottant d'une blancheur éclatante.
Dans les dialectes celtiques, ce manteau blanc semble conférer la sagesse, et on confond le mot blanc et les mots sage, spirituel, savant. On dit encore en allemand weiss (blanc) et wissen (savoir). En anglais, white (blanc) et wit (esprit), wisdom (sagesse).
Dans les épreuves, on représentait la mort de la Femme pendant la grande persécution et sa résurrection ; elle renaît engendrée par la matrice de la grande Coridwin (Cerridwen, Kerridwen, Korridwen, Karridwen).
Les Druides représentaient le serpent (l'homme méchant) par Hu. Des ailes déployées représentaient l'esprit divin.

Les Mystères d'Éleusis
Les Mystères d'Éleusis étaient les plus célèbres de l'antiquité.
On les appelait simplement « les Mystères ». Cicéron dit d'eux :
« Les rites sacrés et augustes d'Éleusis, auxquels des hommes venaient des parties les plus reculées du monde pour y être initiés ».
Ils furent d'abord célébrés exclusivement à Éleusis, mais de là s'étendirent dans presque toute l'Europe.
Dans ces Mystères, on représentait symboliquement la défaite de la Femme. La Déesse Cérès cherchait sa fille Proserpine ravie par Pluton et conduite dans le monde infernal de l'Homme.
Le chef de ces Mystères était appelé Hiérophante ou Révélateur de choses sacrées. Il lui était adjoint trois assistants :
1°) le Dadouchos ou porteur de torche,
2°) le Céryx ou héraut,
3°) le Ho Epi Bono ou secrétaire de l'autel.
On célébrait les grands et les petits Mystères.
Les petits étaient préparatoires, c'était un premier degré qui durait un an. Après ce temps, le candidat pouvait être initié aux grands Mystères, si on l'en jugeait digne.
Un cérémonial imposant faisait comprendre l'importance des grandes vérités qui allaient être dites. (Pour plus d'informations au sujet des Mystères d'Éleusis, voir l'article du blog intitulé « LA GRÈCE ANTIQUE »)


Les Mystères de Mithra (culte masculin)
Le Mehardjan ou le jour de Mithra, du mois Mithra, n'était d'abord qu'une fête qui se distinguait à peine entre les autres. Plus tard le Mehardjan, on ne sait trop comment, devint le point de ralliement autour duquel se rangèrent les doctrines et les croyances auparavant éparses.
Les mystères de Mithra, avec leurs 12 épreuves qui ne duraient pas moins de 80 jours, et dont quelques-unes pouvaient compromettre la vie, avec leur sept degrés d'initiation, avec leurs cérémonies symboliques, avec leurs dogmes, leur liturgie, leur morale, en étaient venus à organiser une société, à constituer un monde. C'était tout un culte, toute une religion.
On appelait les initiés au 1er degré Corbeaux, au 2ème Griffons, au 3ème Soldats, au 4ème Lions, au 5ème Perses, au 6ème Héliodromes, au 7ème Pères. (Pour plus d'informations au sujet du Mithriacisme, voir l'article du blog intitulé « PERSE ET HINDOUS »)

Les Mystères Johannites
Dans l'ouvrage « Psychologie comparée de l'Homme et de la Femme », il est consacré un chapitre, intitulé « Les trois robes », aux fonctions que l'homme remplit en portant la robe de la Femme et qui étaient la base même du régime gynécocratique : le Sacerdoce, la Justice, l'Enseignement. Ces trois usurpations furent le sujet de violentes récriminations, puis finalement donnèrent l'occasion de fonder des Mystères.
Déjà, le sacerdoce qui avait créé un Dieu mâle avait été comparé au crocodile qui dévore l'humanité : c'était le monstre marin dont on avait fait la baleine de Jonas. Dans sa gueule monstrueuse, il engouffrait les femmes (Ionah est le nom du sexe féminin, Yoni en sanscrit).
Mais l'ange de Lumière, Iblis, la Femme, s'avançait vers le monstre, armée du bouclier qui représente la Raison et du glaive (la parole) pour le combattre. Et, en effet, elle avait recommencé la lutte.
Voici que maintenant un nouveau danger surgit. Des hommes vont encore prendre la robe de la Femme, et pourquoi faire cette fois-ci ?... Pour rendre la Justice, pour prendre la place de la Dame ; Thémis va changer de sexe.
Ce grade s'appellera la Cour.
Ce sera le 23ème dans les Mystères Johannites.
Il est donné comme le second chapitre dans la série des grades philosophiques de la Maçonnerie Noire. Noire, en effet, car c'est une époque de terrible obscurité ; toute vérité est persécutée, le pouvoir de ceux qui propagent l'erreur grandit, et la raison n'est plus écoutée.
Mais comment l'homme va-t-il rendre la justice, puisqu'il ne sait pas où est le Bien, où est le Mal ?
Un ancien symbole représentait le Bien par des dalles blanches et le Mal par des dalles noires, alternées et formant la mosaïque sur laquelle on marchait ; c'est pour conserver ce symbolisme que le triangle féminin était blanc et le triangle masculin noir. (plus d'informations sur les Mystères Johannites à l'article intitulé « ORIGINES ET HISTOIRE DU CHRISTIANISME »)

LA LOI MORALE ENSEIGNÉE DANS LES MYSTÈRES
Dans tous les Mystères on enseignait la Loi morale. En Grèce, nous trouvons deux mots qui la résument : le Nectar et l'Ambroisie.
Ces mots, cependant, ne sont pas d'origine grecque, ils viennent de la vieille langue celtique parlée dans le nord de l'Europe.


L'AMBROISIE
L'Ambroisie est la nourriture des dieux, dit la Fable qui cache, mais la science, qui dévoile, nous expliquera ce mot suivant son sens réel ; elle nous dira sans détour : c'est le plaisir des Déesses et le gage de leur incorruptibilité, il donne la vie, il est le symbole de l'immortalité.
Ambroisie vient d'ambre. Cela nous explique pourquoi on portait comme témoignage d'immortalité une amulette appelée Heimel-ita (céleste pierre), dont la plupart était en ambre.
On trouve dans toute l'Espagne des Piedras hitas, qu'on peut rapprocher des Pierres noires de Bénarès. Ailleurs on en a fait la Pierre angulaire.
C'est dans les temps primitifs, et dès la première jeunesse de l'humanité, que s'établirent les idées relatives à des fonctions qui tenaient une grande place dans la vie.
M. Cailleux nous apprend que, dans l'Armorique, les trônes où siégeaient les immortelles forment le vaste cromlech de Carnac. (Origine celtique des civilisations, p. 260).
Il y avait donc déjà des conventions, des usages, qui allaient devenir des rites.
En Ibérie, nous dit le même auteur, on retrouve les monuments de Carnata, que nous prononçons Grenade (en espagnol Granada). Là aussi, le beau temple construit par les anciens Ibères s'appelait Kalat-al-Ahmra (le château des momies ambrées) (1). C'est de ce mot ambre que vient Al-Ambra.
Chez les Étrusques, le personnage déifié par l'ambre, dans les temples sculptés de Corneto, se nommait Embratur, mot que les Latins prononçaient Imperator.
L'ambre, « si fameux encore au temps des Romains, qui pourtant avaient oublié sa destination déifique », dit Cailleux, servait de comparaison aux Ibères, qui disaient « fin comme l’ambre », précieux comme l'ambre ; et les Espagnols disent encore qu'il est vivo, sagaz, penetrante.
Les dolmens sacrés formaient un demi-cercle, au centre duquel se trouvait une pierre plus grande que les autres et d'où l'on voyait au loin, ce qui prouve qu'on observait, qu'on craignait un ennemi qui pouvait venir.
Les légendes bretonnes disent que, sur cette pierre centrale, se tenait le grand lama Ambrosius que l'ambre avait rendu immortel.
Ces légendes ont été faites avec les antiques souvenirs, dénaturés dans la période postérieure, qui renversa les rôles, mettant l'homme à la place de la femme.
Le souvenir des pierres sacrées est resté dans les légendes et dans le symbolisme : Apollonius de Rhodes, décrivant les Mystères de Cybèle dans l'Asie Mineure, signale la Pierre noire qu'il appelle Mêlas lithos. A Hiérapolis, on l'appelle Helio-Kepel, pyramide du Hélion (Hélion, fleuve sacré, était le nom de la Meuse). En jurant sur cette pierre, on jurait donc par le Hélion, le fleuve sacré du Soleil. Les Almées, les Héliades, les Amazones avaient pour temple une enceinte cyclopéenne au milieu de laquelle était une pierre noire, où brûlait le feu de Vesta ; c'étaient les Vestales de Rome, les Sabines de Cures, les Vierges choisies du temple Curicancha à Cusco.
« Leur nom d'Amazone vient du grec Aï-masia » (2), dit Cailleux, qui ajoute : « Ces pierres brutes dont on avait formé les antiques castels sur les bords de la Meuse...»
Il y a ici confusion entre un symbole abstrait et une idée concrète.
Quand les antiques vérités furent cachées, on créa toutes sortes de fables pour les expliquer, ainsi celle-ci :
« Phaéton conduit le char du Soleil. Précipité par la foudre dans les flots de l'Èridan, ses sœurs le pleurent et les larmes précieuses de la douleur tombent dans les flots sans s'y mêler, se consolident sans perdre leur transparence, et, revêtues d'une belle couleur d'or, elles deviennent cet ambre jaune si précieux aux anciens. »
Donc, dans la mythologie des Grecs, ce qui représentait le plaisir des Déesses devient un signe de douleur. Et pourquoi cette douleur ?... Parce qu'un homme est mort !
On nous dit encore que cet ambre jaune était jeté sur le rivage par les flots de la Baltique, que c'est une production des mers du Nord. Sans doute parce que ce sont les femmes du Nord qui, les premières, ont expliqué la loi des sexes.
Sur une carte insérée dans le premier volume des anciens Mémoires de Saint-Pétersbourg, on voit l'Eridan, qui se jette dans le golfe de Riga, et qui porte aujourd'hui le nom de la Dwina. Dans ce golfe sont les îles appelées par Hérodote Electrida-insulae. Hérodote remarque que le nom d'Eridan n'est pas grec (Livre III), qu'il est barbare, c'est-à-dire étranger.
Diodore dit aussi que l'ambre se recueille dans une île appelée Basilée.
(1) Le mot momie a dû être introduit dans la suite par ironie parce qu'il désigne la mort, alors que les hommes se moquaient de l'immortalité des Déesses. Dans certains idiomes, on a continué à appeler la fille la môme. (Revoir ce qui a été dit à l’article consacré à l’Égypte, sur les momies).
(2) Les différentes étymologies données du mot Amazone ne me paraissent pas exactes. D'abord il faut penser que la lettre A est un article ; la ; il reste mazone, qui me semble signifier disciple de Mazda. Ce serait donc le nom général des Mazdéennes. Et, Mazda signifiant Grande, les A-mazones seraient les Grandes.


LE NECTAR
Le Nectar est le plaisir des hommes. Il a une tout autre signification : il donne la mort, et de son nom on fait nex, nekros (mort), necare (tuer). (Nectar, latin néant, ne-ens, participe présent d'esse, être).
Mais quand on dit que le Nectar versé par les hommes est le plaisir qui tue, il faut entendre par là : qui tue l'âme seulement, non le corps qu'il fortifie, au contraire.
De là cette expression : « péché mortel ».
De même, l'immortalité donnée à la femme par l'ambroisie est l'immortalité de son âme, non de son corps ; de son âme pendant sa vie, non après. C'est le péché véniel (de Vénus).
Nous savons comment, parties de là, toutes les croyances relatives à l'âme sont nées et se sont déviées de leur signification primitive.
Le Nectar donne la mort à l'homme parce qu'il représente une partie de sa vie qu'il sacrifie. (voir l’article intitulé « PSYCHOLOGIE ET LOI DES SEXES »)
Partant de cette idée, on voulut imposer à l'homme des réserves, alors que, devant lui, on glorifiait l'Ambroisie qui donne la vie. C'est cette vue qui fut, pour lui, « le supplice de Tantale ».
Il refusa de croire à la réalité de cette loi. On lui expliqua, d'abord, que l'homme qui se nécrose en éprouve une réaction amère ; on appela cette réaction Pikros (amère). Les Grecs disaient aussi amartema, les Latins peccatum et les Celtes sunde.
C'est du mot pikros (amer) que l'on fit le mot péché.
Le péché est mortel, il tue l'âme.
Le Nectar est appelé « goudron des morts ».
Le mot Nicaragua vient de Necker (mort) et aeghe (île), d'après M. Cailleux.

Pour graver dans l'esprit de l'homme la loi physiologique et psychique qu'il refusait d'admettre, on institua des représentations symboliques destinées à faire comprendre ce qu'on appelait « la mort de l'âme ». Des danses sacrées exécutées dans les temples brahmaniques (et qui existent encore) étaient des pantomimes édifiées sur ce thème : la femme disputant l'homme, au péché. Et c'est ce qu'on représenta dans les premiers Mystères.
A Babylone, on appelait Zogone l'homme qui, dans les fêtes sacrées, était sanctifié (choisi), placé sur un trône, puis mis à mort, pour indiquer que la mort suit le péché.
Pour représenter cette fête symbolique, les histrions étaient 13, le sort désignait le treizième qui servait de victime, et ses douze compagnons procédaient sur lui à la cérémonie suivie de mort. Mais cette mort devait être d'abord un simulacre.
La syllabe nec, première du mot nectar, servit à désigner la négation, parce que le scepticisme naît de la nécrose.
Chez les Latins, pour indiquer l'arrêt dans l'évolution, on disait : nec plus ultra, ce qui voulait dire : tu n'iras pas au-delà, tu n'iras pas plus loin.
Plus tard, l'orgueil a donné une autre signification à ce dicton.
Dans la Franc-Maçonnerie, Nekam Adonaï signifie : mort au dieu mâle des Juifs.
L'idée des sacrifices humains est liée à l'idée de mort, c'est pourquoi on arrive à faire des sacrifices aux funérailles (d'où la messe des morts).
Tout le symbolisme a pour but de montrer que l'amour physique tue l'homme, de lui faire comprendre que, quand le feu de la vie et de la pensée se retire de lui, il ne laisse plus que ses membres glacés à la terre.
On appelle Nécropoles les villes masculinistes. Et on appelle nécro-mancien l'homme qui se fait dieu (de mantis, divin).
Mantis a fait manteca (beurre), et le Rig-Véda parlera beaucoup du beurre clarifié (le Soma).


★★★

A LONG TIME AGO IN THE PAST, FAR AWAY
Les forces agissantes de la Maternité ont créé une humanité droite, docile, disciplinée.... d'abord, jusqu'au débordement des passions de l'homme. Mais, pendant cette époque primitive, quel Paradis était la Terre !... Nulle révolte ! nul mensonge ! nulle rébellion !
Dans tous les hommes, à moins qu'ils ne soient des monstres, le souvenir maternel a laissé dans l'âme une impression profonde faite de respect et de tendresse sacrée.
Si tous les enfants étaient élevés dans la Vérité, il n'y aurait pas d'homme méchant.
 
LES PRIMITIFS ADOLESCENTS
La crise de l'adolescence, rapide dans la vie actuelle, eut une longue durée dans l'évolution de la primitive humanité. A partir de ce moment, des différences considérables se produisirent entre la vie psychique et mentale de la jeune fille et celle du jeune homme.
Chez lui, l'amour fait naître l'imagination, la poésie, qui réapparaissent à l'âge correspondant chez nos adolescents.
« Il se trouve dans les trois quarts des hommes un poète qui meurt jeune », a dit Sainte-Beuve.
Dans l'enthousiasme des premiers élans, des premiers désirs, il soupire, il chante, il exhale son âme aimante et joyeuse, sans entraves sociales, sans atavisme générateur d'une timidité annihilante, sans ennemis encore, il marche en avant dans ses passions naissantes sans savoir où elles le mènent, sans crainte d'un danger inconnu. L'enthousiasme poétique de la jeunesse le saisit tout entier. C'est le premier éveil des sentiments qui vont envahir le cœur de l'homme et bientôt jaillir comme un fleuve impétueux. Pendant que la jeune fille grandissait en beauté, en esprit, elle prenait aux yeux de l'adolescent primitif un prestige infini. Il voyait en elle un Etre très supérieur à lui, un Etre bien au-dessus de la nature masculine plus grossière. Elle était donc sur-naturelle à lui.
Il l'adorait, il l'admirait, un immense désir de se rapprocher d'elle le tourmentait, il lui semblait que près d'elle sa vie s'intensifiait, qu'aimé d'elle il allait oublier sa première honte sexuelle qui allait faire place à un sentiment de triomphe.
C'est ainsi que l'homme adolescent et la belle jeune fille vivaient au sein de la grande Nature, essayant le premier bégaiement d'amour et établissant entre eux le lien sacré qui devait les unir.
La jeune fille était resplendissante de grâce et de beauté, telles nos adolescentes modernes qui repassent par ce stade de la vie ancestrale. Elle entrait en possession d'une intelligence lucide, d'un esprit élevé ; la Nature la captivait, elle l'observait, son intuition féminine lui en faisait découvrir les lois, elle se perdait en contemplations célestes dans les belles nuits étoilées, elle arrivait à connaître le ciel et à comprendre le principe des forces universelles qui régissent les mondes.... Alors, dans les conversations du soir, elle versait dans l'esprit du jeune homme cette première science, en même temps qu'elle faisait naître en son cœur les premiers bonheurs.
Lui l'écoutait, il l'admirait, il l'adorait. Elle était SA DÉESSE. Elle fut la première forme de la suprématie intellectuelle et morale qui apparut à l'adolescent. C'est pour cela que l'homme porte gravé au plus profond de son cœur l'empreinte féminine, empreinte spirituelle, parce que la première femme qui a éclairé sa pensée ne représentait pas le sexe, mais l'esprit.
Sa pureté lui inspirait cette crainte respectueuse que résume le mot red-ligio (1) et qui devint le respect divin ; sa gloire l'éblouissait, il la voyait bien haut et, soumis, il écoutait attentif son enseignement.
Les révoltes de l'orgueil mâle n'étaient pas encore nées, pas non plus ses jalousies. Dans son esprit, encore droit, avec son imagination qui commençait à s'exalter, il rendait hommage à celle qui était sa directrice spirituelle, sa maîtresse suprême.
Cet hommage fut le premier de tous les cultes, il est à l'origine de la Religion ; bien plus, il en est le fonds. La religiosité naît avec la sexualité, mais elle se manifeste différemment dans chaque sexe.
Pour la femme, c'est une aspiration vers les hautes régions célestes où règne notre Principe de Vie en puissance dans les astres incandescents. C'est en même temps une aspiration vers le même principe de vie qui rayonne dans l'homme (voir les articles du blog intitulés « L'AMOUR » et « PSYCHOLOGIE ET LOI DES SEXES »).
Pour la jeune fille, l'homme jeune est un rayon de soleil. Et ceci n'est pas seulement une figure, c'est un fait réel, puisque c'est l'élément de vie, l'Oxygène radiant, qui rayonne par les fibres nerveuses de l'homme, et qui est projeté par lui, en avant, vers la femme.
Dangereux rapprochement qui sera, plus tard, le premier mot du renversement des attributs sexuels.
Pour l'homme, le sentiment religieux est une aspiration vers le psychisme féminin. Aussi nous allons voir que ce qu'on appelle, dans les temps modernes, la Religion, est une manifestation compliquée dans laquelle on retrouve les deux psychismes masculin et féminin, qui se manifestèrent dès les temps primitifs : le psychisme féminin qui élève l'esprit, et qui est devenu une glorification des forces cosmiques qui contiennent le Principe créateur de notre vie ; le psychisme masculin devenu la soumission à une puissance morale supérieure à lui, devant laquelle il s'incline et qu'il adore, mais qu'il ne veut plus voir réalisée dans un être terrestre depuis que la jalousie est née en lui. Et comme il confond, dans le mélange de son atavisme maternel et paternel, ces deux manifestations, la religion est devenue, pour lui, quelque chose d'inextricable.
La femme de ces temps lointains chante des hymnes spontanés et inconscients, elle exhale son bonheur de vivre, d'être ce qu'elle est, l'Etre des Etres, d'avoir en elle toutes les béatitudes. Dans ces premiers chants, elle admire la grande Nature, elle n'adresse pas de prières, elle n'a rien à demander, elle a tout reçu, son chant est l'expression de son allégresse.
Si la poésie sacrée est pleine de l'exaltation de l'âme féminine, l'histoire humaine est pleine de l'aspiration de l'homme vers la Déesse vivante, puissance morale, avec une intelligence sûre d'elle-même et dont on peut observer l'action tutélaire à travers la marche évolutive de l'humanité. L'homme sent, malgré lui, une main toute-puissante qui le meut, et il l'appelle Providence (2), ne sachant pas, ou ne voulant plus savoir, que cette action bienfaisante, c'est la manifestation de l'esprit féminin.
L'homme sent que la Nature eût été injuste si elle l'eût laissé livré à son propre sort, et il se rattache à cette puissance sur-naturelle, c'est-à-dire sur-masculine, de laquelle il attend la direction qu'il ne sait pas se donner lui-même ; il sent qu'il y a, au sommet de l'humanité, une Divinité chargée de l'éclairer et de le diriger, une éternelle raison qui gouverne le monde.
(1) La chevalerie, qui est la pratique de l'équité, la Justice Divine, équitable (d'où équestre), et qui est le culte primitif, a toujours représenté les chevaliers, initiés à la doctrine, munis d'un cordon qui est l'insigne de l'ordre. Ce cordon représente le lien moral qui attache l'homme à la Divinité, comme le cordon ombilical attache l'enfant à sa mère.
Le mot Europe le désigne (Eu, lien ; rope, corde, cordon, lien, ligature). Cette corde a fait cordial, lien du cœur.
C'est parce qu'une Déesse a créé la doctrine de Vérité, qui est la base même de toute religion, qu'on la désigne elle-même sous le nom d'Europe. On sait que c'est un des surnoms de la Déesse Diane. Ce mot, traduit dans toutes les langues, est devenu chez les Latins religare, c'est-à-dire religion ; primitivement, on disait red-ligio.
La vie morale était tout dans cette société antique. Le lien qui unissait les hommes à la femme était la base de la domination de soi-même qui élève l'homme.
(2) De pro-videre prévoir, d'où pourvoir. Puissance qui prévoit et qui pourvoit, qui pense pour lui, qui le dirige en ses actions, et fait le Bien à son insu.

LES DEUX PRINCIPES
La grande révolte de l'homme contre la Femme ouvrit l'ère des discordes, qui devaient régner si longtemps.
L'humanité fut, dès ce temps, divisée, et c'est cette division qui est représentée par les « Deux Principes se disputant le monde ».
Le Principe féminin, qui avait créé l'âge d'or et qui voulait en conserver les bases, fut appelé Conservateur (qui conserve la vie en soi et conserve le monde).
Le Principe masculin, qui avait voulu détruire l'ordre établi, fut appelé Destructeur (qui se détruit pour créer la vie de l'enfant et détruit le monde).
Dès lors, deux voies furent ouvertes devant l'humanité : l'une qui devait tendre à rétablir l'ordre et à affirmer les splendeurs de la Théosophie. C'est celle-là qui avait en elle le germe des grandes civilisations de l'antiquité, parce qu'elle consacrait le Droit naturel et parce qu'elle était la glorification de l'amour féminin qui élève l'âme de l'homme.
C'est ce que la Théologie a appelé la « cité de Dieu ».
« La paix du corps, c'est l'agencement harmonieux de ses parties […] La paix de la cité, c'est la concorde bien ordonnée des citoyens dans le commandement et l'obéissance ; la paix de la cité céleste, c'est la communauté parfaitement ordonnée et parfaitement harmonieuse dans la jouissance de Dieu et dans la jouissance mutuelle en Dieu ; la paix de toutes choses, c'est la tranquillité de l'ordre. L'ordre, c'est la disposition des êtres égaux et inégaux, désignant à chacun la place qui lui convient. » (Saint Augustin, La Cité de Dieu, 413-426).
L'autre voie est celle de l'Orgueil qui conduisait les hommes à la révolte contre l'autorité morale de la Femme, à la négation de son verbe, à tous les tourments de la jalousie, aux désordres et aux crimes qui sont la conséquence terrible des œuvres sexuelles masculines.
C'est ce que la Théologie a appelé la « cité du monde ».
On ne peut pas nier que l'homme ait cherché à détruire l'oeuvre sociale de la Femme, puisque cette oeuvre a disparu. On ne peut pas nier qu'il ait cherché à entraver son élévation spirituelle, puisqu'il le fait encore de nos jours.
L'histoire est remplie de la lutte qui résulte de ces deux évolutions contraires : celle de l'Esprit féminin qui veut monter toujours dans la voie du progrès infini ; celle de l'instinct masculin qui entraîne l'homme vers des plaisirs dégradants, qui troublent sa mentalité et lui suggèrent des mensonges et des ruses pour se justifier. Ce sont ces deux Principes qui furent, au début, appelés « le Bien et le Mal, l'Esprit et la Force ».
Nietzsche chante la joie de la destruction dans laquelle il voit l'accomplissement de l'éternelle destinée de l'homme. Il cite ces vers avec éloge :
« A l'heure de la mort il ordonnait,
Et il ordonna la destruction. »

« Je rêve, dit-il, d'une association d'hommes qui seraient entiers et absolus, qui ne garderaient aucun ménagement et se donneraient à eux-mêmes le nom de destructeurs ».
Il veut borner la vie débordante à ses « manifestations agressives et guerrières ».
Les émotions actives sont pour lui « l'action de subjuguer, l'exploitation, l'ambition, la cupidité, la cruauté, le plaisir de faire le mal pour le mal, de détruire pour détruire, de dominer pour dominer ».
« Le tigre déchire sa proie et dort, voilà le modèle fourni par la nature. L'homme fort et cruel tue son semblable, cela est dans l'ordre, cela est digne du tigre ; mais l'homme veille, voilà le mal, voilà la décadence, l'infériorité du civilisé, par rapport au tigre ou au grand fauve des bois, aux vieux Germains destructeurs, à l'anthropophage qui ne connaît pas « la mauvaise conscience ».
Dans sa Gaie Science, Nietzsche dit que les vices de toutes sortes sont les ouvriers cyclopéens qui servent à bâtir le nouvel édifice.
« L'homme de rapine, l'homme de proie peut se permettre l'acte terrible et toute la somptuosité de la destruction, de l'analyse, de la négation, il semble autorisé au mal, à l'irrationalité, au blâme, en raison d'un excès de forces génératrices et fécondantes, qui savent transformer tout désert en un paradis luxuriant. »
C'est parce que l'homme se détruit lui-même, dans l'acte terrible, qu'il aime à détruire la vie dans l'univers.
C'est parce que la Femme se conserve elle-même, qu'elle aime à conserver la vie universelle.
Synésius, évêque de Ptolémaïs, initié aux Mystères, dit que « les âmes humaines émanent de deux sources : l'une lumineuse, qui coule du haut des cieux ; l'autre ténébreuse, qui jaillit de la terre, dans les abîmes profonds de laquelle se trouve son origine ». (De Provident., c. 5.)
Dans tous les pays, nous allons voir les deux Principes, mâle et femelle, symbolisés par deux êtres (deux divinités, dira-t-on plus tard) qui sont en luttes continuelles.
Aux Indes, c'est Vishnou, Principe conservateur, et Çiva, le destructeur.
Chez les Iraniens, les anciens Perses, c'est Ahoura-Mazda (Ormuzd) et Ahriman, son ennemi.
En Egypte, la « bonne Déesse Isis » sera attaquée par Osiris, principe de destruction et de mort (1).
Partout la lutte divisa les nations en deux partis : les Féministes, qui s'opposaient au renversement des antiques institutions qu'ils voulaient conserver ; les masculinistes, qui voulaient tout détruire par la force ou la ruse.
La lutte fut terrible.
Les femmes s'emportaient contre leurs agresseurs qui les insultaient et devenaient de plus en plus violents et méchants.
Aucune prudence n'existait encore chez ces deux enfants déchaînés l'un contre l'autre, et qui commençaient un combat dont ils ne pouvaient pas prévoir les conséquences futures. En effet, ce sont les générations postérieures qui devaient en être victimes.
(1) Des deux Principes, les historiens masculins ont fait deux Princes.

CAÏN ET HABEL
Le premier acte de la lutte de sexes qui se produisit tout au fond de l'histoire, fut le prologue du drame humain qui allait se dérouler dans toutes les époques et chez tous les peuples.
Cette lutte de l'homme brutal contre sa sœur plus faible a été enregistrée dans les Ecritures Sacrées : c'est Caïn tuant Habel, c'est-à-dire la lutte des deux principes représentés par les Caïnites et les Habélites (Caïn, nom générique des enfants mâles ; Habel ou Hébel, nom générique des premières filles. C'est l’Hébé des Grecs. Ce mot signifie en hébreu souffle, Esprit).
Le nom de Habel est donné à des villes, alors il signifie « prairie bienheureuse ». Entre autres Abel-Mayim (I Chron. XIV, 4). La sagesse de ses habitants était proverbiale.
Dans la seconde forme religieuse, lorsque les Ecritures seront remaniées, on changera le sexe de la victime pour en cacher l'histoire, mais les rédacteurs de ces altérations sont si maladroits qu'ils nous laissent eux-mêmes la preuve de leurs supercheries.
Dans le chapitre IV de la Genèse Biblique, où la légende est racontée, nous voyons les premiers versets consacrés à l'histoire du meurtre d'Habel par son frère ; puis, au chapitre V, où l'on fait le dénombrement des enfants d'Adam, il est dit (verset 2) :
Il les créa mâle et femelle. Or, les chapitres antérieurs n'ont donné à Adam que des fils.
Les Kabbalistes et les savants initiés savent que, dans les textes primitifs, Habel est une femme, « la Femme-Esprit », sœur de l'homme. On en fera le frère de Cain, quand on supprimera la Femme de l'histoire ; alors l'humanité ne commencera plus que par des mâles.
Quel est le motif du meurtre d'Habel par Caïn ?
La Jalousie !
Son sacrifice est plus méritoire que celui de l'homme ! Cette légende est plusieurs fois dans la Bible. Nous la retrouvons dans l'histoire d'Esaü et de Jacob. Là, nous voyons le premier-né Esaü (c'est l'homme qui est le premier sorti de la vie végétale) cédant son droit d'aînesse, c'est-à-dire son avance dans la vie, pour un plaisir qui le fait reculer, « un plat de lentilles », dira le symbole hermétique, et dès ce jour sa sœur Jacob (dont on fera aussi un être mâle) prend la première place dans le monde qu'elle organise suivant les lois de la gynécocratie.
Cette légende expliquait l'avance que prend la femme sur l'homme dans l'évolution mentale et morale.
De Jacob, Michelet dit : « Il plaît à la Femme (sa mère Rébecca) et il semble étonnamment féminin, plus que prudent dans ses soumissions, ses adorations au frère Esaü auquel, si subtilement, il a ravi le droit d'aînesse ». (La Bible de l'humanité).
Dans tous les pays, la même légende existe.
Fabre d'Olivet nous la montre chez les Phéniciens quand il dit :
« La faculté féminine créatrice est désignée sous le nom de Hébé, qui, dans l'idiome phénicien, était celui de l'amour féminin.
« Dans la secte des pasteurs phéniciens, on enseigne que, dès l'origine des choses, il existait deux êtres, l'amour (Hébé) et le chaos (Caïn). L'amour principe féminin spirituel, le chaos principe masculin matériel. La secte qui adopta ces idées fut très répandue et très nombreuse. Les fragments qui nous restent de Sanchoniaton et la Théogonie grecque d'Hésiode en sont la preuve » (Etal social, p. 294).
Cette cosmogonie se rapprochait de celle des anciens Celtes et fut générale. L'Edda et les fragments de Sanchoniaton se rencontrent, ce qui prouve que c'était des idées régnantes partout.
Fabre d'Olivet ajoute : « Le mot liebe (amour) a la même racine que le mot phénicien hébeh et il est également du genre féminin.
Cette analogie est remarquable.
« Le mot chaos, opposé à celui de Hébé, développe l'idée de tout ce qui sert de base aux choses, comme le marc, l'excrément, le caput mortuum. C'est, en général, tout ce qui demeure d'un être après que l'esprit en est sorti. »
L'opposition de l'esprit et de la matière, c'est l'opposition sexuelle, créée par la polarité inverse du mâle et de la femelle.
L'âme (anima, d'où animal) désigne la vie qui descend dans le sexe et dont l'intensité est révélée par la croissance de la barbe.
Anthropos (l'homme) vient de l'égyptien Ank. En copte, on trouve également ank, qui signifie vita ou anima, la vie sexuelle. Anki, en égyptien, se traduit par mon âme.
Arnulphy dit : « La procréation où l'homme, semblable à Prométhée, ravit au monde divin son principal attribut, le feu sacré, l'étincelle créatrice, ne s'accomplit jamais qu'aux dépens d'une déchéance vitale. Dans certaines espèces, la mort n'est-elle pas le couronnement immédiat de l'œuvre créatrice ? Nous arrivons au nœud de la question. Qu'est-ce que la mort pour l'homme ? Pour l'homme, la mort est toujours la période principale de la vie, mais ici elle devient un procédé de transcendance » (c'est-à-dire de descendance).
Purusha, qui lui fait opposition, c'est le sexe divin, dit immortel, qui crée, par la reproduction, la pureté de l'Esprit.
Cette idée que l'esprit sort de l'homme par ses dépenses sexuelles est symbolisée partout, elle est mise en opposition avec les conditions physiologiques de l'autre sexe. Ainsi, en Scandinavie, la Femme avait la garde de certaines pommes qui donnaient l'immortalité. Loki, le mauvais génie, les lui enleva, mais les Déesses menacées de devenir mortelles forcèrent le ravisseur à restituer le fruit de l'Arbre de vie.
Cette légende montre d'une façon différente la jalousie du sexe mâle et les efforts qu'il fait pour empêcher l'accomplissement des lois qui régissent l'autre sexe. (On a compris que les pommes sont les ovules qui contiennent les graines.)
Dans toutes les Ecritures sacrées on trouve le même récit des premières luttes de l'homme contre la Femme. C'est ce qu'on a appelé la période héroïque, la lutte des Titans contre les Déesses.
Si nous pouvons rétablir la véritable signification de ces luttes de sexes, que les Prêtres avaient effacées de l'histoire, c'est parce que les symbolistes et les occultistes ont entrepris des recherches qui nous rendent la signification réelle des textes, c'est dans leurs livres que nous trouvons des documents qui nous permettent de faire la révision de l'histoire.


LA LUTTE DES DEUX PRINCIPES EN PERSE
Nous lisons dans le Boun-Dehesh (p. 347) qu'Ormuzd savait, par sa science souveraine, que d'abord il ne pourrait influer sur Ahriman, mais qu'ensuite il se mêlerait avec lui, et qu'enfin il finirait par le subjuguer et le changer, au point que l'univers existerait sans Mal pendant la durée des siècles.
Ceci nous explique un grand fait psychologique : c'est que la première impression causée à la Femme par la révolte de l'homme fut l'épouvante qui fut suivie de la fuite. Mais l'amour de l'homme la ramena ; alors elle réfléchit et arrive à penser qu'au lieu de s'enfuir il faut lutter et vaincre.
Ahriman n'a pas la prescience de l'avenir, il a conscience de son impuissance finale. Il est, mais ne sera pas toujours. Sa création (sa puissance malfaisante) même n'est pas originelle, elle est toute d'opposition et de contradiction ; et si l'on va au fond de la doctrine, le « Mal » n'entre dans le monde qu'avec la procréation.
Les partisans d'Ahura-Mazda (les féministes) sont appelés Oromasdès. On représente aussi les bons esprits par les « Amschaspands » et les mauvais esprits par les « Darvands » qui personnifient la désobéissance au verbe divin (à la parole de la Femme). Mazda, l'Asura des temps primitifs, est le premier des Amschaspands, le dieu, c'est-à-dire la Dévâ personnelle et vivante qui est l'ordonnateur du monde.
Le Principe du Bien, Oro-maez, devient Ormuzd.
Le Principe du Mal, Ahri-maen, vient de maen (lune, reflet). Il est le reflet d'Oro-maez. C'est de ce mot maen qu'on fait « man ».
Ahriman, c'est l'homme de guerre, c'est le nom donné aux guerriers chez les Germains.

LES DEUX PRINCIPES EN ÉGYPTE
Même légende. Deux frères, Ramessès Gôpth le superbe, et son frère Armasses (sa sœur), doux et modeste, représentent l'homme et la femme.
C'est de Gôpth qu'on fera Egyptus quand l'homme aura triomphé de la Femme. L'Egypte s'est d'abord appelée Chemi ou Mitzrah.
« Les Egyptiens, dit Dunlap, établissaient une distinction entre un Horus aîné (masculin) et un cadet (féminin) ; le premier était le frère d'Osiris (homme comme lui), le second sa fille (Dunlap dit : son fils). Le premier est né dans les ténèbres, le second est l'idée rayonnante du Logos se revêtant de matière et assumant une existence réelle ». (Spirit History of Man, p. 88).
Le Principe du Mal s'appelle aussi Typhon (serpent), et personnifie les fléaux de la Nature et les maux du corps et de l'âme.
Il est prisonnier d'Isis qui l'a racheté, c'est le frère d'Osiris, il est accouplé à lui dans l'homme. « Il s'est ignoré lui-même, dit la glose, et il est devenu aveugle. Au commencement, il était placé dans un haut lieu, mais il a perdu la connaissance de ce qu'il était, il s'est nui à lui-même et s'est vu frustré de la vie éternelle. Il est devenu le chaos, l'abîme, la grande profondeur. » Les hommes-serpents sont nombreux. On les appelle les 72 conjurés de Typhon.

LE SCHISME D'IRSCHOU
C'est l'empire indien qui, le premier, se divisa en deux partis.
La légende raconte que deux princes, deux frères, se divisèrent (allusion à la querelle des deux sexes), et que l'aîné Tarah-hya entraîna les grands, les forts (c'est-à-dire les hommes). L'autre, le cadet Irschou eut avec lui les faibles (les femmes). On le raille sur sa faiblesse ; ses partisans sont appelés Pallis, en sanscrit les Pâtres, les pasteurs. Tarah-hya les poursuit, détruit leurs constructions. Irschou attaque l'orthodoxie masculine et fait adorer le Principe féminin, auquel elle donne l'antériorité comme force morale organisatrice, et la prééminence sur le sexe masculin (cela rappelle la légende d'Esaü et Jacob). C'est une guerre de religion, une guerre de croyance, ce qui veut dire une guerre de sexes.
Le résultat du schisme d'Irschou fut un désordre général.
C'est à cette époque que remonte le mot anarchie. Quand les auteurs masculins écriront l'histoire après leur triomphe sur le régime gynécocratique, ils nous raconteront ces luttes, mais nous les montreront comme une révolte de la Femme contre eux, et ils appelleront cette première division le schisme d'Irschou, alors que, en réalité, ce fut une révolte de l'homme contre la Femme ; c'est lui qui partout créa des schismes. Mais une sorte de remords le tourmentait après son triomphe, il en avait honte en face des nouvelles générations, et c'est pour le cacher qu'il supprime les noms de femmes de l'histoire et laisse supposer qu'il s'agissait d'une lutte d'homme à homme ; c'est aussi pour effacer de la tradition le souvenir du régime féminin.
Ce furent les Hindous qui essayèrent les premiers de secouer la domination féminine (la date de cet événement est incertaine, quelques-uns disent 3.230 avant notre ère). Les livres sacrés des brahmanes disent expressément que ce fut sur les bords de la Koumoudvatî, ou de l'Euphrate, que la faculté masculine prit la domination sur la faculté féminine. On adora son symbole sous le nom de Bal-Içwara-Linga.
Mais, avant d'en venir là, de graves disputes eurent lieu. On discutait pour savoir laquelle des deux puissances doit être soumise à l'autre. Est-ce Içwara (le Principe spirituel) qui produit Prakriti (la matière) ou Prakriti qui produit Içwara ? Quel est le premier par rang ? Le premier apparu ? Lequel des deux agit le plus nécessairement et le plus énergiquement dans la procréation des êtres ?
Doit-on confondre ou séparer leur culte ? Doivent-ils avoir des autels séparés ?
Ces luttes s'étendirent à travers plusieurs siècles, et peu à peu, l'homme se mettra sur l'autel à côté de la Déesse, mais il y a une chronologie à observer dans ces faits. A l'époque dont nous nous occupons, le dieu mâle n'est pas encore admis, il n'est encore que le « Mauvais Principe », le fils rejeté de Dyaus, Zyan (qui deviendra Zeus) ou d'Aditi.

LES DEUX PRINCIPES EN GRÈCE
Dans toutes les mythologies primitives, nous retrouvons les luttes de la raison contre le mauvais esprit, de la Femme contre l'homme méchant. Elle est partout représentée par un génie foulant aux pieds un monstre, soit un dragon, soit une hydre à sept têtes, soit une tarasque.
Les deux principes, dont on fait partout deux frères, sont ici représentés par Epiméthée et Prométhée.
Prométhée (l'homme) souffre de la domination de ses passions qui lui fait perdre sa liberté et l'enchaîne sur un rocher (la matière). Il est le premier né, comme Caïn, comme Esaü, d'où son nom « Pro-méthée ».
On cache dans une légende orgueilleuse la chute liée à la génération. On fait de lui un Dieu qui forme les premiers hommes de terre et d'eau et, pour les animer, dérobe le feu du ciel.
En d'autres termes, le mythe est ainsi exprimé :
« Prométhée, ayant façonné une statue, l'anima d'un rayon de soleil et pour son châtiment fut attaché au Caucase (1). »
Moralité : C'est parce qu'il a engendré un enfant qu'il est tombé sous le joug des passions.
Pendant qu'il est attaché sur le mont Caucase, un aigle lui dévore le foie (ou les entrailles) à mesure qu'il renaît, symbole de la mort que l'homme se donne à lui-même, ou plutôt qui lui est donnée par l'organe qui fut symbolisé par une oie, une grue, un aigle (figurant le phallus).
Sa sœur, Epi-méthée, est « celle qui vient après », mais se met « au-dessus ».
Pandore (tous les dons de la Nature) séduit Epi-méthée qui s'empresse d'ouvrir le coffret fatal qui contient tous les plaisirs.
On sait le reste, avec les plaisirs s'échappent immédiatement tous les maux qui se répandent sur la terre. « Auparavant, dit Hésiode, les hommes vivaient exempts de maux, de pénibles travaux, de cruelles maladies qui amènent la vieillesse ; mais, depuis ce jour fatal, mille calamités errent parmi les humains, la terre est remplie de maux, la mer en est remplie, et les adversités de tous genres se plaisent à tourmenter les mortels nuit et jour ».
L'espérance seule était restée au fond de la boîte.
Deucalion (le Déluge) est fils de Prométhée. Ses partisans sont les Prométhéides.
La Grèce a aussi des Titans (hommes grands et forts), qui veulent « escalader le ciel », c'est-à-dire prendre la place des Déesses.
Ganymède, le jeune garçon « enlevé au ciel » par un aigle, retombe lourdement sur la terre.
Une lampe romaine du musée du Louvre représente Ganymède par un singe qui manifeste une frayeur grotesque.
En face de la Déesse Aristée, protectrice des pastoures, nous trouvons l'homme des bois, le Pan capriforme, (son nom dérive de paccre, dit-on), aux jambes velues, à la tête cornue, il s'épouvante et il épouvante, de là cette expression : « une terreur panique ».
Partout l'homme déchu a peur de la Femme et se cache.
Enfin, l'Arès des Grecs, personnifiant les combats, ressemble beaucoup à l'Ahriman des Perses. C'est l'homme sauvage et guerrier, au caractère impétueux et violent, qui est en opposition avec Athéné. On le représente sous les traits d'un jeune héros, robuste, agile, d'une extrême vivacité, armé d'un bouclier argien et d'une épée. Sur la tête, un casque à panache.
Le bouclier, c'est la lâcheté ; l'épée, le crime; le panache, l'orgueil.
Ses attributs sont la lance et le flambeau allumé par lequel était donné le signal du combat.
Pendant ce temps-là, les Arcadiens célébraient une fête lugubre, en l'honneur de leur Abel Scéphrus, pour perpétuer le souvenir de sa première défaite.
Citons encore Héphaïstos, le feu terrestre, c'est-à-dire les passions basses. La Fable raconte que Zeus le saisit par les pieds et le précipita du ciel sur la terre. Il resta boiteux. L'allégorie est transparente : le ciel, c'est l'Esprit/la tête ; la terre, c'est la partie inférieure du corps, où s'allume le feu terrestre. C'est son esprit qui va boiter par cette chute, puisqu'il en a sacrifié la moitié. Le feu terrestre représente les passions. Les cyclopes étaient ses compagnons de travail, ils n'avaient qu'un œil pour voir, comme lui n'avait qu'une bonne jambe pour marcher. On lui attribue la fabrication des armes et de toutes sortes de parures.
Chez les Grecs, le bon Esprit était appelé Agathodaïmon et le mauvais esprit Kakodaïmon.
(1) On trouve huit montagnes appelées Caucase par les anciens, ce qui prouve que ce nom cache aussi une signification symbolique.

LES DEUX PRINCIPES À ROME - CASTOR ET POLLUX
Comme partout, les deux principes (les deux sexes) se retrouvent ici sous plusieurs formes. Une des plus connues est celle qui nous les montre comme deux frères : Castor et Pollux.
Castor (altération de Casta) représente le jour, Pollux la nuit.
Ces deux Principes, dont on fera deux amis quand on supprimera les femmes, avaient un temple à Rome. Leurs partisans ont partagé la grande ville ; les uns juraient sur Pollux et les autres sur Casta sa sœur.
Le régime social était également partagé à Rome. Il fut un temps où les deux sexes régnèrent tour à tour, chacun pendant six mois de l'année.
C'est à cette époque qu'on aurait imaginé le Janus à deux faces, l'une souriante (la femme), l'autre grondante (l'homme).

SCANDINAVIE
Chez les Scandinaves et les peuples du Nord, c'est Loki, le mauvais esprit, qui est, comme Prométhée, enchaîné par l'ordre de la Divinité suprême, pour avoir enfreint ses lois.
Nous trouvons aussi Féridoun enchaîné sur le mont Devavend par Zohak. Il a sur ses épaules deux serpents qui se nourrissent de cervelle d'homme. Image symbolique, représentant le mal que l'homme se fait à lui-même.

Partout le « mauvais esprit » de l'homme se révoltait contre le génie féminin, partout son instinct l'entraînait dans une voie contraire à celle que la Déesse-Mère lui avait tracée. Cela amenait des discussions sur les caractères de la sexualité, l'homme voulant que la supériorité fût donnée à la force qui grandissait en lui, la Femme voulant qu'elle fût toujours laissée à l'Esprit qui s'affirmait en elle et à sa manifestation, la Raison. C'était d'interminables querelles d'autant plus difficiles à faire cesser que les hommes ne voulaient plus comprendre les véritables lois de la sexualité, qui furent, dès lors, cachées dans des allégories, des paraboles, des métaphores.

Cependant, l'histoire nous dit que le mauvais génie fut repoussé dans l'abîme d'où il était sorti.
Mais il devait en ressortir !...
Toutes les traditions de l'antiquité, qu'on a appelées « des Fables », reposent sur les lois de la Nature, toutes traduisent un phénomène réel, observé au commencement de l'évolution humaine, mais dont la signification s'est perdue à travers le temps.
On n'invente pas des dogmes aussi anciens, aussi répandus, aussi durables dans l'esprit de l'humanité, sans que le fait sur lequel ces croyances reposent se soit imposé par sa Vérité à la raison universelle.

LES TROPHÉES - LES EMBLÈMES
Donc il fut un temps où la moitié de la Terre était féministe, l'autre masculiniste, Tour à tour vainqueurs ou vaincus, on voyait les deux partis sans cesse en lutte. Ils couvrirent pendant plusieurs siècles toute l'Asie, l'Afrique, l'Europe de ruines sanglantes.
Ils prenaient pour emblèmes les objets qui rappelaient l'origine de la lutte.
Les Féministes avaient pour symbole La fleur de lotus (ou lotos), qui représentait la Yoni des Hindous, le cteis des Grecques.
Chez les Celtes, la fleur de lys sera l'emblème féminin et restera longtemps le symbole du pouvoir légitime. Mais les hommes s'en empareront sans penser que la chose qu'il représente n'appartient pas à leur sexe.
La Rose, que les anciens appelaient « la splendeur des plantes », est aussi un emblème qui représente la Femme. Elle est dédiée à Vénus et ceux qui se soumettent à sa loi sont appelés sub rosa.
C'est la rose mystique que nous retrouvons en Egypte dans l'ordre de la « Rose-Croix ».
C'est du mot « Yoni » que viennent les principaux noms donnés aux sectateurs féministes : Yavanas, Yonijas, « Adorateurs de Vishnou », Ionioi et enfin Ioniens, nom que prendra l'archipel grec quand les fugitives de l'Asie s'y réfugieront.
Le mot Ioni était devenu à cette époque synonyme de féminin, et tous les arts de luxe, les inventions ingénieuses, les travaux délicats étaient rapportés à l'Ionie (1).
Mais les hommes raillaient, blasphémaient, ridiculisaient la Yoni. Chez les Celtes, on la représentait par une grenouille (et les anciennes coutumes bretonnes nous apprennent qu'il a existé longtemps un jeu qui consistait à « écarteler la grenouille »).
Les masculinistes arborent le « lingam » aux Indes. On les appelle « Lingajas ». Chez les Grecs, c'est le Phallos, et chez les Latins, le Phallus.
Les Féministes, à leur tour, ridiculisent cet emblème, le représentent sous la figure d'une oie, d'une grue, d'une cigogne, de tout oiseau dont le long cou émerge de deux ailes déployées, et en font le symbole de la bêtise.
Plus tard, les hommes ennobliront l'emblème et en feront le cygne de Léda, les oies sacrées du Capitole, et enfin l'aigle impérial.
Dans les vieilles légendes germaniques, c'est la cigogne qui apporte les enfants au monde.
Cependant, quand, plus tard, ils voudront renvoyer à la Femme ses injures, c'est elle qu'ils appelleront grue, oie, croyant ainsi l'insulter, sans penser que la signification symbolique de ces mots ne s'applique pas plus au sexe féminin, que la fleur de lys au sexe masculin.
Le chameau, qui a deux bosses et un long cou, représente aussi le Phallos.
Le chêne deviendra un emblème mâle, à cause de la forme de son fruit, c'est pour cela qu'il symbolisera la force de l'homme.
On lui opposera l'Acacia, qui deviendra un emblème féminin à cause de la forme de sa fleur et restera le symbole de la science primitive perpétuée dans les sociétés secrètes (notamment dans la Franc-Maçonnerie).
La signification des symboles se voilera dans l'hermétisme et quelques-uns deviendront énigmatiques, tels que la flûte de Tubal-Caïn, ce triste instrument qui amène la dégénérescence de l'homme qui devient expert dans l'art de s'en servir. Et les traducteurs naïfs nous diront : « Tubal-Caïn ou Jubal découvrit les instruments de musique ».
En même temps que les emblèmes, les couleurs deviennent symboliques. Le blanc est la couleur masculine ; le rouge, la couleur féminine. Et la couleur rouge appelée ponceau devient l'emblème de la souveraineté ; c'est la pourpre. Les féministes (les rouges) sont appelés Pinkshas ; de là vient le nom de Phéniciens qui veut dire roux.
Un oiseau rouge, le Phénix, du nom même des Phéniciens, servira d'emblème féminin et désignera tout ce qui est élevé, grand, remarquable. De là l'expression railleuse de l'homme : « C'est un phénix ».
Du reste, les noms des emblèmes servent d'insulte dans la lutte.
Mais ce qui est injurieux dans la bouche des masculinistes est glorieux dans la bouche des féministes.
Certains peuples adoptèrent l'étendard blanc, ceux qui voulaient abandonner la contrainte du pouvoir féminin, si bien que le blanc était devenu l'emblème du despotisme, du mensonge, de l'hypocrisie sacerdotale. Les Argiens, les Albains rappellent, par l'étymologie de leur nom, la couleur blanche.
Cette couleur est celle que prirent les Druides quand les Druidesses furent vaincues (2).
Druide se dit en celtique Belech. De là Bel et Bal . De Bel, les Grecs firent Ho-bélisque, flèche de pierre, monument taillé en forme de flèche pour symboliser le phallus.
Le drapeau rouge devint celui de la révolte contre le despotisme quand la vérité et la justice furent vaincues.
Toute l'Asie, toute l'Europe, toute la Terre se divisa en blancs et en rouges.
Enfin, l'architecture même introduisit des emblèmes symboliques dans les constructions.
Devant les temples élevés aux dieux mâles, qui apparaissent, on aménagera une allée bordée d'obélisques, emblème mâle.
Les Féministes lui opposeront l'arc de Triomphe.
On sait que l'ordre Dorique est masculiniste, tandis que l'ordre Ionique est féministe.
L'écriture hiéroglyphique est tout entière symbolique. La première écriture alphabétique le sera aussi, les chiffres même le seront. Le cercle et le diamètre, qui forment le 10 sacré, représentent le principe mâle et le principe féminin.
(Aujourd'hui, nous trouvons ce hiéroglyphe contenu dans le « symbole power » (On/Off), cette icone qui permet de changer l'état d'un appareil électronique)
(1) Les masculinistes diront que Ion, descendant d'Hellen par Xuthus, fut le père des Ioniens. Le mot ion est resté pour désigner ce qu'il y a de plus petit.
(2) Dans les dialectes dérivés du Celtique, lorsque les hommes mettront de leur côté toutes les vertus féminines, ils feront confusion entre le mot blanc et les mots sage, spirituel, savant.
On dit encore en allemand Weiss blanc, et Wissen, savoir. En anglais, White, blanc, et Wit, esprit, wisdom, sagesse.
Cette confusion vient aussi de ce que, dans un autre symbolisme, le Bien est blanc, le Mal est noir. Mais alors l'opposition n'est plus entre blanc et rouge.

REPRÉSAILLES

Les comparaisons injurieuses que faisaient les femmes blessaient les hommes et devaient amener de la part de ceux-ci une réaction. Elle fut terrible, brutale, et en même temps stupide.
L'homme, qui est doué d'esprit d'imitation, copia la Femme et créa une faculté psychique nouvelle : la « réflexion sexuelle », qui consiste à renvoyer à la Femme ce qu'elle reproche à l'homme.
La réflexion sexuelle s'appelle en rhétorique Rétortion ; c'est l'emploi des raisons, des preuves dont l'adversaire s'est servi.
Rétorquer, c'est tourner contre son ennemi les arguments qu'il a employés lui-même.
L'homme se vengea en employant contre la Femme la raillerie dont elle lui avait donné les premières leçons. Mais là où la Femme avait fait un reproche justifié, il en fit un qui ne répondait pas à la réalité des choses, qui ne s'adaptait pas aux conditions physiologiques, psychiques et morales de la nature du sexe féminin.
Il se contenta de répéter sans penser. Or, une imputation fausse, c'est un outrage.
Imputer à la femme les conséquences des actions sexuelles masculines, c'est supposer implicitement qu'elle est un homme, qu'elle participe à la nature sexuelle de l'homme et subit la même déchéance.
Imputo (en latin attribuer) a fait Puta qui veut dire par supposition.
On supposa donc par ce système, ou, du moins, on sembla croire que la femme subissait la déchéance sexuelle, car le mot Puto n'affirme pas, mais il présume, il imagine. De là est venue l'expression père putatif (père présumé). De là aussi le mot Putain, femme présumée impure. Réputation veut dire chose supposée.
Et, sur cette présomption, nous allons voir pleuvoir les injures sur le sexe féminin.
C'est cette réaction subversive qui nous explique pourquoi les Déesses sont présentées sous deux aspects : cela répond à deux époques de l'histoire. D'abord glorifiée, la Femme est montrée dans toute sa dignité. Puis ensuite elle est avilie, déshonorée, et alors on ne lui laisse plus comme attribut que la maternité, c'est-à-dire ce qui est sexuel et ne peut être nié. Toutes ses facultés intellectuelles sont méconnues, ou même données à l'homme.
Mais ces différentes phases se déroulent lentement.
Le premier stade de la réaction est dans la comparaison injurieuse, renvoyée telle qu'elle s'est produite, sans réflexion. Ainsi la Femme avait comparé l'homme au taureau, à cause de sa force musculaire ; l'homme se vengea en appelant la Femme « vache ».
Elle l'avait comparé au serpent, c'est à elle que l'homme va donner pour emblème le serpent. L'oie et la grue, malgré leur origine idéographique bien spéciale au sexe masculin, serviront, plus tard, à désigner la Femme. On appelle la Mère l'Oie la vieille qui conte aux enfants les traditions de l'ancien régime. Et les modernes qui ont perpétué le symbole l'appliquent maintenant exclusivement à la Femme.
Toutes les Déesses sont ridiculisées.
La grande Isis ne représente plus le soleil, c'est la lune qu'on lui met sur la tête entre des cornes de vache. Elle ne personnifie plus l'Esprit de la Femme, mais son sexe, on en fait une mère nourrice. Elle porte sur son front le serpent d'or, l’Uræus, qui avait servi à représenter l'homme pervers.
L'hiéroglyphe du mot Isis est le siège. Il sert à écrire le mot : demeure. Elle représente l'habitation, la maison, on dirait en terme moderne : le foyer. C'est le Saint-Siège qu'occupe la femme qui a la préséance. C'est pour cela qu'il est resté dans les mœurs que la Femme s'assied et que l'homme reste debout.
Isis est aussi représentée avec une tête de lionne pour renverser le symbole du sphinx, tête de femme, corps de lionne, qui servait à représenter l'intuition de la grande Déesse Thoth (dont on fera un homme).
Souvent aussi on lui donne une tête de vache.
Enfin, Isis avilie est représentée par la Déesse Seth à tête surmontée d'un scorpion. L'astre Sirius (Sothis) qui apportait l'inondation lui était consacré, la montrant ainsi comme la Déesse de l'eau, qui était le symbole de l'erreur et de l'ignorance.
Il y avait à Assouan un temple dédié à Isis-Sothis.
La Déesse Neith, que les Grecs assimilent à Minerve, est appelée la vache génératrice. Des petits monuments la représentent allaitant de jeunes crocodiles.
Les Déesses Neith, Nephthys et Bast sont figurées avec des têtes de chattes. La dernière représente ironiquement la chaleur au lieu du flambeau qui éclaire. On les appellera des Déesses Léontocéphales, elles serviront à parodier la Femme-Esprit représentée par le Sphinx.
Menhit, Déesse Léontocéphale, est adorée à Esneh, ce qui prouve qu'après quelques générations on perd de vue l'origine du symbole et on l'accepte comme représentant une vérité ou un mystère.
La Déesse Nout est aussi ridiculisée et son nom est écrit par l'hiéroglyphe de l'oie glousseuse. C'est évidemment une vengeance masculine, puisque l'oie (qui représente le phallus) était le symbole de la bêtise de l'homme.
Nout, qui représente le Ciel, est peinte sur le couvercle des cercueils comme pour représenter la mort, depuis que l'homme chacal Anubis a été un symbole de mort.
Les auteurs expliqueront cela par une idée qui semblera raisonnable, ils diront que la Déesse s'étend au-dessus de la momie qu'elle protège. Mais les morts n'ont pas besoin de protection.
C'est ainsi que les hommes des générations postérieures corrigent les absurdités de leurs prédécesseurs, nées de la jalousie sexuelle, en donnant une signification qui peut sembler raisonnable à leurs aberrations.
Dans un papyrus du Louvre, il est dit au défunt :
« Ta Mère Nout t'a reçu en paix, elle place ses deux bras derrière ta tête chaque jour, elle te protège dans le cercueil. »
Les femmes avaient comparé l'homme rapace au vautour.
Voici comment cette signification est renversée à propos des Déesses qui, d'abord, étaient appelées « Dames du Ciel ». On lit dans Horapollon : « Les Égyptiens, lorsqu'ils veulent écrire Mère ou Ciel, peignent un vautour ».
Le vautour remplaça la colombe qui représentait I'ESPRIT, et c'est dans la période de réaction que la Mère est symbolisée par cet oiseau rapace.
La colombe a eu un grand rôle dans la Zoolâtrie. C'était le symbole de la pensée qui s'élève.
Ionah en hébreu signifie colombe.
Ce mot vient évidemment du sanscrit Yoni, d'autant plus que les Ioniens étaient quelquefois appelés Colombans.
Le souffle de l'Esprit devient le vent, qui va devenir synonyme du « chérub » des Hébreux.
L'Esprit interprété par la Femme est tout, par l'homme il n'est rien. Les noms dans leur double signification le disent : « Le vent, l'air et l'Esprit ont toujours été synonymes chez tous les peuples : Pneuma (l'Esprit) et Anémos (le vent) chez les Grecs, Spiritus et Ventus chez les Latins étaient des synonymes. »
« Un vent, ministre de Vishnou, s'appelle « Hanumat » ; ses ailes rapides en font le messager de la colère divine : son dard (Kantaka, l'épine, selon le sanscrit) est redoutable et, s'il ne frappe à la jambe, sa blessure secrète courbe les tailles les plus fières ».
Je cite, mais je n'explique pas. Les luttes de sexes ont créé une littérature inexplicable.
De Sapheth, la Déesse des livres et des Bibliothèques, on fait Sekhet qui représente « l'ardeur dévorante » du Soleil, lui donnant un rôle sexuel, au lieu de son rôle intellectuel.
Thoeüris (Ta-ourt, qui est l'antique Déesse Taoth ou Thoth, masculinisée) est « la grande », elle est aussi appelée Apet et Shepout. On en fait une Déesse à corps d'hippopotame, à mamelles pendantes.
Dans une inscription ptolémaïque, elle a un rôle castigateur ; elle est représentée avec une tête de lionne et armée d'un couteau.
Il est dit : « Elle se nourrit de ce qui approche de sa flamme ».
Elle semble représenter, dérisoirement, la Matrone. Elle préside, dans les temples, aux chambres où étaient représentées les naissances des jeunes divinités. On dit d'elle : « Elle est la grande qui a enfanté les dieux. »
La Déesse grenouille est une forme donnée à la femme qui remonte à là Vème dynastie. On a des amulettes en forme de grenouille.
Si la femme est une grenouille, c'est parce que l'homme a été comparé au crapaud.
A une certaine époque, le signe grenouille servait à écrire le mot année. Est-ce pour rappeler la fécondation annuelle ? Alors le têtard était l'hiéroglyphe du nombre mille ou cent mille.
C'est ainsi que toujours les symboles changent de sexe.
Pendant que la Femme a maintenant une tête d'animal et un corps humain, l'homme est aussi représenté à l'envers : il a un corps de taureau et une tête d'homme, imitant ainsi le Sphinx.
Ceci est, évidemment, une réaction contre les figurations des époques antérieures qui montraient l'homme avec une tête d'animal.
Du reste, remarquons que ce nouveau symbolisme est très postérieur au premier, il caractérise l'époque du triomphe de la puissance masculine.
Le serpent lui-même fut réhabilité, comme symbole masculin.
Il devint l'emblème de l'innocence, et nous voyons les grands sculpteurs de l'antiquité le mettre dans les mains de gracieuses figures taillées dans le marbre.
Du reste, quand l'homme triomphe, ce reptile ne représente plus la ruse, mais la prudence. Esope l'a remis à sa place, en en faisant l'emblème de l'ingratitude.
C'est ainsi que la Déesse, « l'Eternel féminin », a toujours été représentée, suivant les deux états de l'âme masculine : l'amour avec ses envolées sublimes qui dépassent la raison froide sans la contrarier ; la haine que fait naître la jalousie de sexe, avec ses ruses infernales, témoignage de la fausseté du cerveau de l'homme pervers, affublant l'autre sexe de ses vices, de ses crimes, de ses instincts de fauve.

ORIGINE DU MONDE MASCULIN
Les luttes que nous venons de retracer montrent que, quoique l'humanité soit jeune encore, il est déjà des hommes dont l'esprit s'est obscurci, dont le caractère s'est altéré, des hommes déjà engagés sur la pente fatale de la dégénérescence. Ils évoluent maintenant de haut en bas, et, dans cette descente, perdent la spiritualité et se laissent entraîner dans l'erreur, que la Femme abhorre, dans la brutalité qu'elle redoute, dans la luxure qui lui fait horreur.
Cet entraînement des passions pousse les hommes à supporter avec impatience toute autorité morale qui veut les contraindre à remplir des devoirs, et, pour s'en libérer, ils s'insurgent contre la famille primitive et quittent la tribu.
Ces révoltés s'en vont par les chemins, vaguant à l'aventure.
Ce sont des vagabonds, des enfants prodigues obligés souvent de revenir au bercail, poussés par les nécessités de la vie, que l'homme isolé ne peut satisfaire et que la famille lui assure.
Cette rupture des liens familiaux fait entrer l'homme dans un monde inférieur, où la Femme ne peut le suivre qu'en subissant d'affreux tourments. Quand il arrive ainsi à secouer ses devoirs, Elle le considère comme marchant vers « la mort de l'âme ». Il n'est plus pour Elle qu'une ombre (ou umbra, ou sombra : qui est sombre et qui sombre). Et de ce mot ombre on fera hombre, homo, homme.
Chez les Étrusques, les hommes séparés des tribus régulières sont « perdus ». On les appelle des mânes (d'où man). Ce sont des êtres déchus vivant dans les limbes, c'est-à-dire dans un monde sans lumière. Ils sont « retranchés pour toujours », suivant une expression employée dans le livre d'Abdias (I, 10) et dans le Lévitique (XIX, 8).
Dans le « Li-Ki » des Chinois, il est dit des hommes : « Ceux qui avaient perdu le sentiment du devoir étaient considérés comme des hommes morts ».
C'est quand les hommes sont arrivés à cet état qu'ils fuient la société des Femmes et font leur monde à part, le monde masculin où régnent les luttes, les ruses, le mensonge et l'injustice.
Ces dégradés vont former chez les Hindous une classe à part : les parias çoûdras. « On les considéra, dit Fabre d'Olivet, comme des hommes insociables, dont on ne pouvait fléchir le caractère opiniâtre, et on les relégua dans le désert comme des sortes de parias impurs. » (L'Etat social de l'homme, p. 328).
Les parias sont partout les « réprouvés ». On leur interdit de vivre dans la société des autres hommes.
D'abord vagabonds, ils finissent par se réunir et par former des troupes nomades, c'est ce qui leur donne de la force et de l'audace.
Les Edomites (Edom, c'est l'homme, comme Esaü) formaient des troupes nomades.
Les historiens, pleins d'indulgence pour ces vagabonds, les appellent des « guerriers ». Et en effet ils bataillent, ils tuent, ils pillent.
Les parias ne possédaient rien, n'étant stables nulle part et ne travaillant pas.
L'immutabilité de la propriété territoriale était le principe même de la famille régulière dans laquelle s'accomplissait un travail collectif qui donnait au terrain sa valeur.

SÉPARATION DES SEXES
LES DEUX MONDES MASCULIN ET FÉMININ : LE CIEL ET L'ENFER
Maintenant que nous savons comment la société était constituée, nous allons mieux saisir l'esprit des Ecritures.
En effet, comment comprendre la signification donnée aux mots si nous ne savons pas que les hommes et les femmes étaient en luttes et que c'est à ces luttes qu'il est fait allusion par les premiers auteurs qui écrivirent, c'est-à-dire par les femmes ?
Dans le « Vishnu-Puràna » (livre féminin), il est dit :
« Le Ciel est ce qui fait les délices de l'Esprit, l'enfer ce qui lui donne du mal. Voilà pourquoi le vice est appelé « enfer » et la vertu appelée « ciel ».
« Ce qui seul est vertu, c'est la sagesse ».
Une femme seule peut avoir écrit cela. Pour un homme, le vice est aimable, il n'est pas un enfer. L'homme met son « ciel » dans les choses sexuelles (témoin le paradis de Mahomet), non dans les choses qui font les délices de l'Esprit.
Le mot infer (infernal, etc.) signifie inférieur, ce qui est en bas, et on l'emploie pour désigner les choses sexuelles, puisque le pôle générateur est en bas par rapport au pôle cérébral qui est en haut.

ORIGINE DE L'IDÉE DU FEU INFÉRIEUR
Le feu, qui rayonne dans les astres, ayant été pris pour symbole de l'Esprit et de l'amour féminin, les Prêtres, par ironie ou par imitation, le prennent pour symboliser l'amour masculin, qui est l'antithèse de l'Esprit, le pôle opposé. Alors ils placent le feu dans la partie inférieure du corps, par opposition aux Féministes qui placent le feu dans la partie supérieure, le pôle cérébral.
Il y eut donc deux feux : celui d'en haut : le feu sacré ; celui d'en bas : le feu profane, le feu des passions masculines. Le pôle générateur, c'est le pôle inférieur, d'où infer, puis enfer.
Quand la partie inférieure du corps devint l'enfer, on plaça en bas « le feu dévorant », et, plus tard, en le descendant encore plus bas, on le mit sous les pieds, puis sous la surface terrestre.
Dans les Gâthas (livre des Iraniens), l'idée du Ciel est rendue par « Garô-Demana », la demeure des chants. Les esprits bienheureux y chantent des hymnes, Ahoura-Mazda y réside et les magavas.
L'enfer est appelé « Droûdjô-demana », la demeure du mensonge ou de la destruction, il est destiné à tous ceux qui pensent, disent ou font le mal.
Chez les Israélites, l'enfer, c'est le Schéol, situé au soleil couchant, c'est-à-dire au déclin de la vie spirituelle représentée par le soleil ; c'est le séjour des méchants, des âmes des « morts » (morts à la vie de l'esprit).
Le Schéol est opposé à l'Abaddon (paradis) où n'entrent que les vrais enfants d'Ab-brahm, mot qui signifie primitivement peuple de Brahm. Les méchants en sont exclus.
Telle est l'opinion des Pharisiens, adversaires des Sadducéens. L'union de l'homme et de la femme est le mariage du Ciel et de la Terre.
Chez les Hindous, il y a plusieurs paradis.
La tradition antérieure à la réunion des trois dieux dans la Trimoûrti assigne à chacun d'eux une résidence spéciale. Celle de Brahmâ s'appelle Satya-loka, celle de Vishnou Vaikountha, celle de Çiva Kaïlâsa. Ces paradis sont placés sur le Mêrou, et le premier des trois en occupe la cime, celui de Vishnou vient ensuite, puis celui de Çiva à un étage inférieur.
Au-dessous des trois est le Svarga, ou paradis d'Indra, où chantent les gandharvas, où dansent les Apsarâs, où l'on voit la vache Kâma-dhênou, les cinq arbres (cinq races) Kalpa, Pâridjâlaka, Mandâra, Santâna, Haritchandana. Il est bien évident qu'on a mis ici le mot « Paradis » pour résidence quand on a révisé les livres, effaçant déjà ainsi l'idée de l'enfer dans le monde de Çiva, qui n'est plus qu'un paradis inférieur.
Connaissant l'origine de l'idée d'un « enfer terrestre », un monde créé par l'homme et où la femme souffre, nous allons comprendre la signification des mythes qui nous représentent « la descente de la Femme aux Enfers ».


L'action de la Femme supprimée de l'histoire a été cachée dans le Mythe d'abord, puis dans le Mystère, et le mystère est la base des religions : ce qu'on nous prescrit d'adorer doit rester caché ; le symbolisme qui représente les choses sacrées est un mystère ; les cérémonies du culte sont des mystères.
Bien plus, dans l'antique religion de l'Inde, de l'Egypte, de la Grèce, les grandes solennités religieuses sont appelées « des Mystères ». Et c'est là qu'on se rend en grande pompe et avec un profond respect.
Rien n'a été placé, dans l'imagination des peuples, au-dessus de ces antiques mystères.
Ce qu'on faisait dans les Temples pour célébrer ces imposantes cérémonies a toujours été un sujet de curiosité pour les hommes, parce que les lois de la Nature, qui y étaient expliquées et célébrées, ne leur ont jamais été révélées qu'avec de grandes difficultés et après des épreuves sévères.
Celui qui connaît le « Mystère » c'est le Mystique.
Mais à côté de celui qui sait, il y a celui qui ne sait pas et se révolte ; de là deux courants ataviques qui se disputent la mentalité des hommes parce qu'ils se contredisent : une aspiration vers la connaissance qui crée l'éternelle nostalgie du mystère, le désir de savoir et en même temps la crainte d'apprendre.
Cette crainte a pris le dessus avec le temps. Les auteurs modernes qui sont initiés ont une façon de parler des Mystères qui prouve que la divulgation complète de la vérité les épouvante.
Ainsi, Fabre d'Olivet dit :
« Qu'on ne s'y trompe pas, la connaissance de l'origine du mal, si elle a été acquise, n'a jamais été ouvertement divulguée, elle était profondément ensevelie avec celle de l'Unité de Dieu dans les Mystères antiques et n'en sortait qu'enveloppée d'un triple voile. Les initiés s'imposaient un silence sévère sur ce qu'ils appelaient les souffrances de Dieu (Hérodote, Euterpe, 171), sa mort, sa descente aux enfers et sa résurrection.
« Ils savaient que le serpent était, en général, le symbole du mal. Les Théosophes ne faisaient pas un dogme public de l'unité de Dieu précisément à cause de l'explication qu'il aurait fallu donner de l'origine du Bien et du Mal ; sans cette explication, le dogme en lui-même eût été incompréhensible ».
Ceci nous prouve qu'il est impossible de comprendre la signification des dogmes religieux qui existent encore actuellement si l'on ne connaît pas leur origine mystérieuse.
Pour faire cesser les malentendus que l'ignorance antique a créés et que l'ignorance moderne perpétue, il faut expliquer la signification de tous les mots qui constituent le vocabulaire sacré, parce qu'ils ont un sens caché.
Il y a donc un grand chapitre à faire pour éclairer les chercheurs : il y a à faire l'Histoire du Mystère.
Honni soit qui mal y pense

LES PRIMITIVES DIVINITÉS
LA DIVINITÉ PRIMITIVE CHEZ LES HINDOUS
Si nous cherchons dans chaque pays comment fut représentée la Divinité dans le monde primitif, nous la trouvons toujours sous une forme qui symbolise la jeunesse féminine et l'esprit.
Les Femmes, dans l'ancien Véda, sont des sages qui travaillent à la formation du monde (monde matériel, monde spirituel). La Femme seule peut créer, elle seule enfante.
Un nom générique que toutes les mythologies ont conservé la désigne, c'est Hébé, qui se prononce aussi Hévé ou Héva. Chez les Hindous, en ajoutant devant ce nom l'article démonstratif D, on fait Dêvâ ou Dèvî ou Diva ou Dêvani ; plus tard, ce nom deviendra Daïva ou Dieva.
C'est cet ancien nom, qui a traversé les siècles et plusieurs religions pour arriver jusqu'à nous, qui est l'origine du mot « Dieu ». Longtemps il fut écrit Diev. C'est au moyen âge seulement que le V fut remplacé par un U et que l'on écrivit « Dieu ». Dêvâ a fait Dea, qui, masculinisé, est devenu Deo, Deus. Ce nom signifie au propre « la Dame », mais allégoriquement « la lumière », « l'esprit » (celle qui fait la lumière).
Dêvâ vient de Div (briller), c'est un être brillant, et longtemps on dira : « Dieu veut dire celui qui brille ». On mettait ce titre après les noms propres de femmes, on disait aussi Mahâ-Dêvî, grande Déesse.
Ce mot se retrouve dans certaines langues européennes ; ainsi, en russe, on appelle encore la jeune fille Diévâ. Mais il y a d'autres noms. Dans les lois de Manou, on appelle les Femmes « Sâdhyas » ou parfaites.
- Aryâ : l'Aryenne, la noble.
- Çoumbhamathanî : la destructrice du démon Çoumbha.
- Dourgâ : difficilement abordable.
- Gaourî : la claire, la brillante.
- Içvarâ : la Maîtresse.
- Koumârî : la princesse.
- Mahâdêvî : la grande Déesse.
- Mahishamathanî : la destructrice du démon Mahisha.
- Mainâkrasvasri : sœur de la montagne (la grande).
- Niçoumbhamathanî : la destructrice du démon Niçoumbha.
- Parvatî : Déesse de la montagne.
- Sarvamangalâ : celle qui est riche en bénédictions.
- Satî : la bonne ou la chaste.
- Sati-Saras : femmes vertueuses.
- Sarasvatî : Déesse de l'ordre, de l'harmonie, de la poésie, de la parole, de l'éloquence, de la musique et des arts. Celle qui a inventé la langue et les caractères sanscrits. C'est elle qui inspire les poètes et a écrit le Véda. Nous retrouvons son nom « Sarah » dans la légende hébraïque, où Brahmâ deviendra Abraham.

LA DIVINITÉ PRIMITIVE CHEZ LES PERSES
Les souvenirs lointains de l'histoire de l'Iran nous disent qu'il y eut autrefois dans ce pays une race de créatures appelées Dives. Cette race était regardée comme excellente et supérieure, puisque son nom, resté dans les langues, a servi à désigner l'Etre suprême et le don de l'Esprit le plus élevé. Ce nom renferme tout ce que, aujourd'hui encore, les hommes admirent et honorent le plus sur la Terre.
Les hauts faits des Dives, leurs qualités, les mettaient au-dessus des hommes (mais non au-dessus de la Femme).
Si on en a fait une espèce distincte, ce n'est pas parce qu'elles sont surnaturelles, c'est parce qu'elles sont surmasculines. Quand l'homme a pris la première place dans le monde, son orgueil a tout embrouillé, il a mis alors dans l'espace ce qui le dépassait en sagesse et en esprit. C'est ainsi que les Dives sont devenues des Êtres surnaturels, mais aujourd'hui le surnaturel s'évanouit devant l'histoire réelle. Déjà un historien du XVIIIème siècle, d'Herbelot, déclare formellement « que les Dives avaient des corps et étaient soumis à la mort ».
Cette race primitive a laissé après elle une longue mémoire qui éveille une idée de force, de puissance, de lumière et d'ordre, c'est elle qui a fondé l'Astronomie, et en général la science, elle avait des monuments imposants et gouverna le monde pendant l'espace de sept mille ans.
Les Péris leur ont succédé et ont occupé la Terre pendant 2.000 ans (pendant l'époque de l'égalité des sexes), les Péris furent des demi-Dieux. Les Dives étaient puissantes et fortes, les Péris furent plus faibles, c'est pour cela que les hommes les ont déclarées meilleures.
L'assemblée des sages s'appelait le Divan. Ce mot répond à celui de Conseil dans les temps modernes.
Le mot Divan signifie aussi un recueil d'ouvrages, de poésies, une source d'instruction donnée par les Dives. Les Arabes leur donnent le nom commun de Jin (racine du mot femme en grec, gyn, gun, gunè).
Le pays habité par ces Déesses était placé sous le plus beau ciel du monde ; il se nommait Ginnistan (selon les mages) ; c'était le séjour des fées. On voyait en elles des êtres puissants qui commandaient à la Nature, qui disposaient des éléments, qui créaient tout ce qui pouvait leur plaire. Les mages de la Perse placent ce lieu de délices au pied du mont Caucase et sur les bords de la mer Caspienne.
On représente la vie du Ginnistan s'écoulant sous les lambris de cèdre et d'or, au milieu des parfums sacrés, des chants majestueux, du son des lyres et des harpes : toutes les merveilles de l'âge d'or tellement amplifiées par l'imagination des hommes que les mages diront que la ville capitale du Ginnistan était entièrement bâtie de diamants, que d'un coup de baguette les diamants, les rubis, l'or, les marbres, les cristaux précieux, se taillaient, s'élevaient en portiques ; les eaux les plus limpides coulaient sur des gazons toujours frais, sous des ombrages toujours verts.
Mais toute cette félicité ne devait pas durer. Quand l'homme prit la direction de la société et réduisit la femme en esclavage, dans les époques de persécution et d'angoisses, d'inconcevables douleurs s'abattirent sur le monde. Le Ginnistan, l'ancien lieu de délices, devint le gynécée, la prison des femmes. La jalousie de l'homme a dénaturé leur rôle ; la haine que leur supériorité a engendrée les a couvertes d'opprobres, elles furent poursuivies par la méchanceté. Malgré cette malédiction, la tradition de leur puissance et de leur savoir s'est conservée en faisant de leur nom le nom divin.
Elles furent attaquées et vaincues par Gian.
Nous trouvons encore dans la tradition sacrée de l'Iran un nom générique pour représenter la Femme-Esprit : « les Izeds », qui sont ce que sont ailleurs les Génies, les Fées, les Muses ; il y en a 28, elles président à chaque jour du mois. De là l'usage du calendrier.

EXEMPLE DE SOUVENIR DU PARADIS PRIMITIF CHEZ LES IRANIENS
Le Minokhired (Manigou-khard), qui signifie Intelligence céleste, ou sagesse céleste est un ouvrage qui appartient à la nouvelle période littéraire, mais qui a été composé avec les traditions anciennes. Il s'occupe des destinées de l'âme annonçant une justice inflexible après la mort, idée moderne, mais qui contient un haut enseignement moral. La forme en est gracieuse.
L'âme franchit le pont fatal et ses bonnes actions viennent à sa rencontre sous la forme d'une belle jeune fille. L'âme lui demande : « Qui es-tu, jeune fille plus belle et meilleure que tout ce que j'ai vu dans le monde ? »
Elle répond : « Je suis le bien que tu as fait. Vois en moi les bonnes pensées, les bonnes paroles, les bonnes actions que tu as pensées, dites et faites. Et si Je suis glorieuse, Je te rends plus glorieux encore ; si Je suis brillante, Je te rends plus brillant encore ». (D'après Spiegel.)
Dans ce même Livre, la Sagesse apparaît à un Parsi pieux et, répondant à ses questions, lui dit : « L'intelligence vaut mieux que tous les biens du monde. La sagesse est une chose dont on ne saurait jamais se rassasier. La science et la vertu sont les trésors qu'on peut le moins enlever à l'homme. Il faut que l'intelligence et la vertu marchent toujours de pair. L'intelligence séparée de la vertu n'est plus de l'intelligence. Le savoir appartient en propre à Ormuzd. Ormuzd doit désirer que les hommes apprennent à le connaître de plus en plus ; il en résulte alors, tout naturellement, qu'ils marchent de plus en plus selon sa volonté. Ahriman, au contraire, doit souhaiter que les hommes n'apprennent point à le connaître sous sa vraie forme. C'est alors seulement qu'ils font ce qu'il désire ».
J'espère que l'on a compris le sens de cette dernière phrase qui renferme la loi psychique des sexes. L'être bon veut être connu. C'est le premier devoir qu'il impose à l'homme ; le « Connaître Dieu » des catéchismes modernes n'est que la traduction de l'ancienne prescription « Connaître la Déesse », savoir que sa nature est différente de celle de l'homme, connaître la polarité sexuelle qui engendre cette différence, afin que, connaissant « la Déesse », l'homme puisse s'unir à Elle.
L'homme doit savoir qu'il recueille les conséquences de ses propres actes ; les agissements qu'il croit secrets sont mis en évidence par le trouble de son esprit, par ses doutes, ses hésitations, son scepticisme, sa colère qui est la passion des insensés, et l'homme est insensé quand « sa cervelle a été rongée par le serpent de la luxure ».
La colère ne se rencontre pas chez l'homme sage.
Boehme, voulant expliquer la chute, c'est-à-dire le passage de la lumière de l'esprit aux ténèbres de l'erreur, dit : « Le serpent fit naître dans le cœur de l'homme l'amour de la créature, l'équilibre des pôles de la vie fut troublé, le principe de contraction s'engourdit peu à peu et celui de l'expansion devint chaotique ».
C'est le principe de contraction nerveuse dans le cerveau féminin qui s'engourdit. C'est le principe masculin qui devint chaotique. Et il ajoute, montrant qu'il est une voie de salut : « L'homme qui résiste absolument aux « moyens de retour » que lui offre la grâce est lancé pour jamais dans un orbite sans fin, hors du cercle de l'harmonie ».
C'est que, en effet, l'homme sans la Femme, seul en face de la Nature, dont il vient de violer les lois, qui régissent l'autre sexe, est saisi de terreur, il a peur de tout, de la solitude, de lui-même. Et, dans son inquiétude, il voit partout le châtiment.
Dans un premier mouvement de réaction et de remords, après le meurtre moral de la Femme, dont toutes les mythologies nous ont conservé le souvenir, il essaya bien de réparer son crime. « Il y avait, dit Sanchoniaton, quelque chose de magique dans l'ardeur avec laquelle les hommes se mirent à faire la guerre à la Nature (féminine) pour la contraindre à reprendre sa précédente fécondité, pour remettre dans leur monde l' « Etre qui les avait quittés », car depuis ce moment ils vivaient dans « la grande sécheresse » et cela jetait l'épouvante dans les esprits ». La femme revint, en effet, à la vie sociale, car les disputes ne sont pas éternelles. On fit la paix moyennant certaines conditions, et ce sont ces conditions qui furent la première « loi morale » ; les écritures qui la contiennent, les papyrus égyptiens, les olla indiennes, les carreaux assyriens, les rouleaux hébreux, racontent tous les luttes de sexes, d'une façon qui n'est pas favorable à l'homme, puisqu'il y est partout représenté comme le « père du mensonge », « le maudit », « le rejeté ».
Mais il restait dans le monde une espérance de salut ; l'homme pouvait rentrer dans la vie heureuse, dans la lumière de l'Esprit, par la Grâce que lui faisait la Déesse.

Si nous cherchons l'arrière-fond de la pensée des hommes sur cette théorie de la Grâce, vieille comme le monde, nous constatons que l'idée première est restée intacte, la substitution des mots seule a créé l'obscurité. Si nous remettons le mot « Déesse » où les modernes ont mis le mot Dieu (Diev), nous allons comprendre ce qu'était la « Grâce », et aussi ce que signifiaient les livres tels que le Minokhired ou le Livre des morts égyptien, et qui tous demandaient à l'homme l'aveu de ses fautes comme condition de la « grâce ».

LA DIVINITÉ PRIMITIVE EN ARABIE
La Femme-Esprit, chez les anciens Arabes, c'est l'Almée, en arabe Almet, d'Alam (savoir).
L'Almée, c'est « celle qui sait ». Elle représente l'âme, c'est-à-dire la vie, que l'on appellera plus tard Alma, et dans certaines langues l'homme parlera encore à la femme en l'appelant Alma mia, mon âme.
Nous trouvons aussi la Femme appelée Almageste (la très grande), mot dérivé du premier et dont on fera en grec Mégistê au féminin et mégistos au masculin, superlatif de Mégas (grand). Inutile de faire remarquer que c'est de ce mot qu'on fera Majesté. Après ce nom générique donné à la Femme, nous trouvons des désignations particulières telles que :
Allah-Taola, Divinité suprême adorée au Hedjaz.
- Al-Lat, (l'Alilat d'Hérodote), dont le sanctuaire était à Tayt (Taïf), près de la Mecque.
- Monat (Manat ou Manah), adorée à Codayd (Qudayd).
- Al-Ouzza (Al-Uzza ou Al-Ozzâ), adorée à Makhla (Nakhlah).
- Sawâha, Déesse adorée à Rohat, dans le Tihâma.
- Shams, Déesse du Soleil (en hébreu Shemesh).
Dans toutes les formes de la grande religion de la Nature qui régna si longtemps, dans l'univers tout entier, nous voyons à l'aurore de tous les cultes : la Femme.

DIVINITÉ PRIMITIVE CHEZ LES ÉGYPTIENS
D'abord, le nom Noutir ou Nuter, force, puissance, représente très anciennement les Divinités. Ce nom signifiera, plus tard, « renouvellement », et on en fera le symbole astronomique du renouvellement du jour par le Soleil. Mais avant que les religions deviennent astronomiques, elles furent terrestres et humaines, et alors Nuter signifiait : renouvellement de l'humanité par l'enfantement ; c'était la fonction maternelle. Il semble que c'est de Nuter qu'on a fait Nature. Nous trouvons aussi Nout ou Nouit, qui signifie « Femme céleste, protectrice de l'homme », et Maut, « Mère du ciel ». Neith ou Neit est aussi une personnalité féminine que les Grecs assimilent à Minerve ; elle symbolise l'espace céleste, elle est appelée « Mère génératrice du Soleil ». C'est d'Elle qu'il est dit : « Je suis celle qui suis », Nuk-pu-Nuk.
D'autres noms semblent avoir eu primitivement une origine féminine : ainsi Ra, dont on fait Rhéa en Grèce, en changeant sa signification, représente d'abord le Soleil. On la retrouve dans Ra-taoni et dans la Ritha de Champollion. C'est la manifestation la plus éclatante de la Divinité. Ra veut dire « faire, disposer », allusion au rôle primitif de la Femme. La racine Ra a fait ratio (la raison droite, non déviée). Radiation a la même origine : « les Radiations, les recteurs de l'Univers ».
Dans les idiomes orientaux, rou indique le rayon visuel et rad tout mouvement qui se détermine sur une ligne droite. Le recht (allemand) et le right (anglais), Droit, en sont dérivés, ainsi que le rectum latin (ce qui est droit).
On donne à Ra une fille, Jou-s-ass, qui recevait le titre de « Régente d'Héliopolis » ; on traduit son nom par ces mots : « Venue de Sa Grandeur ».
Il faut nommer encore, parmi les primitives Divinités égyptiennes, Ma qui est la Déesse de la Vérité et de la Justice, elle semble être la Mahâ ou Mâyâ de l'Asie, la Mâyâ supérieure, celle que les Égyptiens, plus tard, figureront par une statue voilée de noir, avec cette inscription : « Je suis tout ce qui a été, tout ce qui est et sera, et nul mortel n'a pu lever mon voile » (ce qui indique que la nature est cachée à l'homme). C'est la source d'où tout sort, la Mère mystérieuse de toute forme, lumineusement rayonnante, c'est elle que les hiérophantes d'Egypte nommeront « Isis », le principe du rayonnement de l'Esprit.
La Déesse Ma est coiffée de la plume d'autruche ; cette plume sert à écrire le mot « Vérité » et le mot « lumière », elle restera dans l'héraldique.

LA DIVINITÉ PRIMITIVE EN CHINE
Les historiens ne nous disent pas grand chose des temps primitifs de la Chine. Nous savons, cependant, qu'avant Confucius une religion a existé, qui avait été faite par des « Génies ». Inutile de dire que c'est le nom générique qui désignait les Femmes.
Les écritures sacrées qui nous restent et qui ont été revisées et altérées par Confucius, au profit de la cause masculine, nous laissent, cependant, apercevoir encore les idées primitives qu'elles renfermaient ; il faut seulement savoir les lire en tenant compte de l'intention qu'on a eue d'en supprimer les noms féminins. Cette précaution prise, voici ce que nous trouvons :
Le principe divin, appelé Chang-ti, est considéré (avant le règne de l'homme) comme l'Esprit supérieur, qui s'élève vers le ciel, et par extension on finit par en faire le ciel même, appelé Thien. Quant au mot ti, il indique la souveraineté suprême et a la même signification que le thé des phéniciens (1)
« Thien est redoutable, mais il est propice à ceux qui ont le cœur droit ».
On croyait au Chang-ti comme à un être réel et vivant, et on le faisait intervenir dans les événements de ce monde. Il représente l'action providentielle de la Femme, action collective et anonyme. On lui attribuait les plus hautes qualités qui se puissent concevoir. C'était pour les Chinois l'idéal de justice, de puissance, de sagesse, de perfection.
« Il est le maître du monde », dit le Chou-King.
« Lui seul est souverainement intelligent et éclairé, et l'homme parfait l'imite ».
Or, l'homme n'imite pas un principe abstrait qui est dans le ciel, il n'imite que l'être terrestre, réel, humain, et c'est cette imitation des qualités de la Femme qui fait progresser l'homme moralement.
Quoiqu'on donne à Thien des attributs humains, on ne le représente pas par des images ou des statues. « Il observe les hommes et veut qu'ils ne fassent que ce qui est conforme à la raison et à la justice. Ce n'est pas lui qui perd les hommes, les hommes se perdent eux-mêmes en transgressant ses lois éternelles ».
Il y a en ceci une justification qui prouve que cette phrase a été écrite à une époque où la Femme était déjà accusée de perdre l'homme.
« Il reconnaît le bien et le mal que nous faisons ; nos actions, quelles qu'elles soient, sont inscrites dans son cœur comme dans un livre de comptes ».
C'est la Femme qui lit ainsi dans l'esprit de l'homme : « ceux qui font le bien, il les comble de toutes sortes de bonheur : ceux qui font le mal, au contraire, il les afflige de toutes sortes de maux ».
De qui l'homme tient-il le bonheur ? N'est-ce pas de la Femme, dispensatrice des joies ? Mais d'elle aussi viennent les maux pour le méchant qui craint ses reproches et ses jugements. Dans le Chi-King, il est dit du Chang-ti, considéré comme la Divinité :
« Tout invisible qu'il est, il est près de nous ». C'est ainsi que la Divinité est devenue invisible, depuis qu'on n'a plus voulu la voir sur la terre, mais son action s'est toujours fait sentir.
Le Chang-ti, même pour les lettrés modernes, n'est pas une puissance céleste, c'est un Être, le premier des Êtres, l'auteur de tous les Êtres. Ils n'osent pas dire la « Mère » comme les disciples de Lao-tseu, plus près que les disciples de Confucius de la Vérité. C'est « le Suprême Seigneur qui gouverne le monde, qui perce dans le secret des cœurs, à qui rien n'est caché, qui élève ou abaisse ceux qu'il lui plaît, qu'on doit honorer ».
Tout cela est dit de la même façon dans toutes les religions théogoniques.
Les savants chinois enseignent que le mot Thien, qu'on traduit par « Ciel », n'est qu'une image employée en style noble et figuré, mais qu'il ne représente pas le ciel visible et matériel.
Le savant empereur Kang-hi (1662-1723), auquel les missionnaires jésuites demandaient des explications sur la Divinité adorée par les Chinois, répondit que par Thien les Chinois entendent, non le ciel matériel, mais le « Seigneur créateur de toutes choses », confondant dans son esprit l'action terrestre de la Femme, de la Mère qui crée l'enfant et organise la vie, avec l'action du principe cosmique, de la force radiante qui émane des astres incandescents et n'est pas un « Seigneur ». Et il ajoutait : « C'est par respect qu'on n'ose pas l'appeler par son propre nom, et qu'on a coutume de l'invoquer sous le nom de ciel suprême, de ciel bienfaisant, etc. »
Or, le respect n'empêche pas du tout de prononcer un nom ; ce qui l'empêche, c'est l'orgueil, puis la conscience d'une mauvaise action, c'est le remords. Là est le vrai motif qui fait qu'on ne nomme plus la Divinité sous son vrai nom, son nom primitif qui était féminin. Ce fait s'est produit partout. Nous le constatons ici chez un peuple qui, certainement, n'a eu aucun rapport, dans ces temps éloignés, avec le peuple hébreu, qui, lui aussi, n'osait plus prononcer le nom sacré de lahveh, la Femme, depuis qu'il l'avait renversée de sa suprématie morale.
Cette Divinité féminine, ce Thien des Chinois, supprimé du monde terrestre, est cependant resté gravé dans la conscience de l'homme qui n'a jamais cessé de sentir une « Providence » féminine agissant près de lui, l'éternel « Esprit féminin » toujours présent devant sa conscience, et qui le juge !
Les modernes Chinois ont fait de leur Chang-ti ce que tous les peuples ont fait de leur Divinité. La même évolution des idées s'est accomplie chez tous. Partis d'un même point de départ : la Femme, ils sont arrivés à la même idée : un Etre surnaturel.
C'est que, d'exagération en exagération, on lui a donné des proportions gigantesques, en même temps qu'on lui ôtait son sexe et sa réalité terrestre.
(1) La Déesse Dercéto, surnommée Istar ou Isthar chez les babyloniens, qui devient Astar chez les Phéniciens, a pour racine « Star » qui signifie astre ; on y ajoute la racine thé qui veut dire « parfait », et on fait Astar-thé la Reine des cieux, la Déesse des astres

LA DIVINITÉ PRIMITIVE EN GRÈCE
Le premier âge de l'histoire des peuples est résumé dans cette phrase d'Hésiode : Les Dieux mènent le monde ! Mais personne ne comprendrait la signification de cette phrase, si on ne rendait pas au mot Dieu sa première signification, si on n'expliquait pas que l'entité divine est, d'abord, exclusivement féminine. Le Dieu qui mène le monde, c'est la Déesse, c'est la Femme. Et Hésiode nous dit encore en parlant de ces êtres divins : « Les dieux interviennent en tout, l'homme doit leur obéir, car il est petit auprès des dieux, il doit se préoccuper de leur volonté, écouter leurs oracles, respecter leur puissance. Obéir aux dieux, c'est obéir à la loi qui domine la destinée humaine. Et cette loi dit à l'homme : « Connais-toi toi-même, n'oublie pas ta misère, c'est la moïra, la loi de la vie ». C'est parce que cette loi de la vie était à la base de la société, que la sagesse divine (Théosophie) fut le facteur de la grande civilisation qu'on a appelée l'Age d'or. Le sentiment religieux, si profond dans cette jeunesse humaine, répondait au besoin naturel d'adoration qui est dans le cœur de l'homme jeune.
Par la piété il s'efforçait de conformer ses actes aux désirs de la Femme Divine et de rendre à la Déesse ce qui lui est dû en respect, en soumission dévouée, en vénération. Par la foi l'homme s'abandonnait complètement aux décisions de la Déesse dont il reconnaissait la suprématie.
La religion était alors le lien moral qui unit l'homme à la femme sur le plan divin, c'est-à-dire spirituel. « Il existe sur la terre, dit Hésiode, trente millions d'immortelles chargées de veiller sur les hommes ».
Ces immortelles sont les Femmes, les Déesses vivantes, dont l'âme ne meurt pas dans leur longue existence féminine. Elles sont aussi « les Muses » appelées d'abord Moeses, terme générique qui a la même signification que le mot « Fée ». « Les Muses, dit Hésiode, chantent les lois de l'univers. » « Thétis donna le jour à ces Filles divines auxquelles les hommes sacrifiaient leur chevelure ».
Puis vient l'exagération symbolique et, pour dire que la mère enfante des filles et des garçons, on dit : « Theïa fut mère du Soleil immense, de la lune brillante et de l'aurore ».
La Grèce avait aussi des « Grâces » qui présidaient à la gaieté, à la joie, à tout ce qui épanouit l'âme. Eurynomie, mère des Kharites, symbolise la grâce dans la beauté. On est arrivé à réduire les Grâces à trois types : Aglaé (la brillante), Thalie (la verdoyante), Euphrosyne (celle qui réjouit l'âme).
On n'en adorait que deux à Sparte et à Athènes. L'Iliade en mentionne quatre. Elles sont couronnées de fleurs, elles chantent, elles dansent, auprès des sources. Puis après les noms collectifs qui indiquent  « toutes les Femmes » viendront plus tard les grandes personnalités. Mais, d'abord, les noms divins sont génériques, si bien que Divin est synonyme de Féminin.

CHEZ LES ANCIENS PEUPLES ITALIQUES
Nous avons une multitude de documents sur ces temps primitifs, qui sont bien réellement l'histoire de la Femme ; l'homme y a un rôle secondaire. Il ne faut pas oublier que pendant le temps de cette adolescence humaine la jeune fille est beaucoup plus avancée dans son évolution que le jeune garçon, elle a sur lui une avance si incontestable que personne ne pense à la discuter, et c'est la suprématie intellectuelle et morale qu'elle possède alors qui lui donne son caractère sacré (divin), universellement reconnu.
L'humanité primitive ne connaissait pas encore le mensonge sexuel, elle vivait suivant les lois de la Nature, et ce sont ces lois qui étaient la base de la Vie sociale, personne ne songeait à les nier et c'est ce qui donna une force si grande au Droit naturel.
Il faut aussi avoir toujours présent à l'esprit que ce sont les temps de la jeunesse de l'humanité, dans lesquels régnait la grande poésie, qui résulte de l'amour idéal de la femme, non encore possédée par l'homme, non encore assujettie à ses passions, qui, du reste, ne sont pas nées alors. Puis ces primitifs vivaient au sein de la Grande Nature, ne connaissant encore rien des préoccupations mesquines, nées plus tard de la vie difficile des grandes agglomérations humaines.

Au début de l'histoire sacrée, nous trouvons surtout des collectivités féminines, dont les attributs semblent bien représenter le rôle social que les femmes remplissaient pendant ces époques bienheureuses :
Ainsi, voici les Dryades et les Hamadryades, nymphes des bois, qui gardaient les arbres et empêchaient de les couper. Evidemment elles connaissaient l'origine végétale, l'Arbre de vie, et étaient chargées de le garder comme on garde un enfant, et d'en expliquer le développement.
Après celles-là, voici toutes celles qui s'occupent des eaux, les Néréides, les Océanides, les Naïades. Puis celles qui s'occupent de la Terre, les Oréades, nymphes des montagnes, les Napées, nymphes des vallons, les Mélies, nymphes des prés.
Ces entités collectives représentent les femmes des champs, des campagnes, des rivages, mais combien poétisées si nous les comparons aux femmes modernes !
Les Génies représentent l'Esprit féminin s'ingéniant à faire le bonheur des hommes. Ce sont les Divinités qui donnent l'être et le mouvement à tout. Chaque homme avait son génie tutélaire qui veillait sur lui. Il y avait dans chaque abri, dans chaque demeure, une Femme regardée comme le génie protecteur du groupe ; elles étaient considérées comme les auteurs de ce qui est agréable.
Par extension, les villes et les Etats auront aussi, plus tard, le leur, et c'est toujours sous la figure d'une Femme qu'il sera représenté.
Nous trouvons aussi dans ces temps reculés celles qui s'occupent de la nourriture et de la santé. On les appelle Sanitas, Hygie, on nous les représente comme des Déesses couronnées d'herbes médicinales. Eudémonie (Félicité) chez les anciens Latins tient une corne d'abondance, elle est assise sur un trône. Non moins importantes seront, un peu plus tard, celles qui s'occuperont des premiers échanges, des premières transactions commerciales. La plus grande fut Junon qui est surnommée Moneta (Juno-Moneta), parce que c'est elle qui inventa la monnaie, qui était frappée dans son temple.
Près d'elle nous trouvons Pécunia, Déesse de l'argent monnayé. J'arrête ici cette énumération, car il serait impossible de citer toutes les Déesses qui furent honorées sur cette terre d'Europe dont le nom est celui d'une femme.
Burnouf dit (Science des Religions, p. 17) : « La philologie comparée, qui remonte beaucoup plus haut que l'histoire dans le passé de l'humanité, prouve que la notion de Dieu se trouve représentée dans le langage le plus ancien par des termes vulgaires, compris de tout le monde, et, comme on dit en grammaire, par des noms communs, longtemps avant d'être exprimés par des noms propres. Athéna, etc., étaient des noms qui réveillaient dans la mémoire des Grecs le souvenir de certaines figures divines représentées dans les temples et auxquelles ils rattachaient certaines pensées religieuses. C'étaient pour eux des personnes divines, des noms propres ».
Il est certain que les noms des grandes Déesses qui ont surnagé lors de la défaite de la Théogonie, sont ceux des grandes femmes qui s'étaient particulièrement distinguées dans certaines localités et dans certaines familles.
Max Mûller dit aussi, à ce sujet, que les religions ont appartenu d'abord à des familles et à des sociétés extrêmement restreintes, c'est-à-dire que dans chaque famille on a gardé le souvenir et le culte des plus grandes, des plus aimées.

« Quelque grossière que soit l'idée qu'un homme se fait de son dieu, dit encore Burnouf (p. 23), chaque fois que sa pensée s'y arrête, il sent naître en son âme un mouvement de la sensibilité, qui ne se confond avec aucun autre ; ce sentiment réflexe, analysé avec tant de justesse par Spinoza, est double et se rapporte tout ensemble à l'idée qu'on a d'une puissance étrangère et surnaturelle et à celle de notre propre infériorité (c'est l'homme qui parle ainsi). Selon qu'on attribue à cette puissance la vertu de faire du Bien ou de faire du Mal, le sentiment qu'on éprouve à son égard est l'adoration ou la crainte (sentiment masculin vis-à-vis de la femme). Et comme les hommes attribuent toujours à leur dieu l'intelligence, leur adoration et leur crainte se transforment aussitôt en prières. La science n'a pas encore rencontré, jusqu'ici, une seule religion où la prière ne soit présentée comme un acte religieux essentiel ».

Relisons le magnifique chant de louanges adressé à Marie, dans les Litanies de la Sainte Vierge, et nous y verrons encore l'expression des premiers sentiments de l'âme masculine pour la Femme adorée et respectée. 
Toute l'antiquité, avant le catholicisme, a célébré la Vierge vénérable, la Vierge très prudente, la Vierge célèbre, la Vierge puissante, la Vierge clémente, la Mère très pure, la Mère sans tache, la Mère aimable, la Mère admirable, etc. On a appelé la Femme « Miroir de la justice », « Cause de notre joie », « Vaisseau spirituel », « Vaisseau insigne de la dévotion » (1), « Tour d'ivoire », « Etoile du matin », « Consolatrice des affligés », etc., etc.
Les attributs que l'homme de cet âge donnait à la Femme nous sont restitués par les étymologies des noms féminins qui tous au début ont été des qualificatifs.
— Nous trouvons Zoé, de Zoon (vie) parce que partout elle représente la plus grande intensité vitale.
— Il y a Sophie, de Sophia, sagesse.
— Lucie, de Lux, lumière.
— Pulchérie, de pulchra, sans tache.
— Félicité, bonheur.
— Héloïse, de Hélios, soleil. De ce nom on fera Loïse, puis Louise, puis Elise, puis Lise, puis Elisabeth.
— Coelimena, de coeli, ciel, et mens, du sanscrit manas, esprit. De ce nom on fait les suivants : Coelinie, d'où Céline, de Coelini, fille du ciel.
— Virginie, Virgo, femme pure.
— Nathalie, de natalité, nativité, naissance.
— Claire, Clarisse, sans ombre.
— Blanche, sans tache (ce nom vient du teuton « Blank », la brillante).
— Rose, Reine des fleurs.
— Hélène, le nom de la Grèce.
— Olympe, le séjour des élus.
— Victoire, Victorine, celle qui triomphe.
— Catherine, de cathartique (Kathartikos), purifier, pure.
— Adèle, Adélaïde, Delphine, de Adelphie, l'amour des autres, l'altruisme.
— Angèle, Angélique, l'ange gardien, celle qui en a la douceur.
— Flore, Flora, Florine, Florentine, de fleur.
— Laure, louée (de lauréate).
— Constance.
— Clémente, Clémentine.
— Placide.
— Reine.
— Athénaïs, de Athéné, un des noms de Minerve, qui veut dire sagesse.
— Véra, Véronique, de vérité.
— Psyché, âme.
— Valérie, qui a de la valeur.
— Estelle, de Stella, étoile.
— Cécile, bonne maîtresse de maison.
— Nelly, qui séduit les hommes.
— Marthe, la provocante.
— Julie, jeunesse.
— Zélie, zélée.
— Pauline, petite.
— Mélanie, brune.
— Flavie, blonde.
— Hortense, de hortus, jardin.
— Eudoxie, de Eudokos, qui est priée (euchos, prière et logos, discours).
— Euphémie, qui parle bien (de eu, bien, et phêmi, parler).
— Eulalie, aimable causeuse.
— Léonie, Léa, Léopoldine, intrépide comme des lionnes.
— Magdeleine, de Magdœ, la grande, magnifique.
— Suzanne, lis.
— Maximilienne, la plus grande.
— Noémi, la belle.
— Alphonsine, toute flamme.
— Amélie (en wisigoth), puissante entre toutes.
— Jeanne (en breton, Yvonne, Yolande), de Juna, Junon, pleine de grâce.
— Emma, la gracieuse (en hébreu).
Toute l'antiquité a célébré la Femme. Toutes ces figures, et bien d'autres, dont sont émaillés tous les livres sacrés de l'antiquité, étaient les louanges adressées aux femmes déifiées dans la première forme religieuse de l'humanité.

En même temps que l'homme adresse à la Femme sa prière, il lui offre des présents. L'amour le rend généreux, il est heureux de se dévouer pour celle qu'il aime et de lui offrir ce que la Nature produit de plus beau, des fleurs, des fruits ; et si, pour les atteindre, il doit faire un effort, accomplir un travail, cela n'aura que plus de prix.
A une époque où la culture de la terre et la domestication des animaux occupait surtout l'activité humaine, il est naturel que les offrandes faites à la Femme par l'homme aient été d'abord les fruits de la terre et les animaux capturés.
Suivant une tradition rapportée par Porphyre (Traité de l'Abst., L. II), les premiers hommes n'offraient sur les autels des dieux que des fleurs, des fruits et des touffes d'herbes.
La galanterie fut rustique au début, elle est toujours un peu pastorale, parce qu'elle rapproche l'homme de la Nature. C'est la générosité, le dévouement, l'abnégation de cette belle jeunesse primitive qui reparaît, par atavisme, dans le désintéressement de notre jeunesse actuelle, dans sa tendance vers l'idéal.
Ces beaux sentiments, antérieurs à l'invention de la monnaie, ont été altérés ou détruits par l'amour de l'argent qui a tari la source de la générosité primitive.
(1) Le mot dévotion, resté dans les religions, vient de Dévaïtê, qui vient de Dévâ. Dévotion voulait dire : « Culte pratiqué avec amour ». Les dévots étaient les fervents serviteurs et adorateurs de la Déesse. Le mot dévoué dérive de Dévaïté. Il est toujours employé par l'homme comme l'expression de son hommage.
Parmi les dérivés du mot « Dévaïté » se trouve vovere, d'où vouer, aveu, avouer, ex-voto, qui tous ont un peu, gardé leur signification primitive. En effet, vouer son amour, en faire l'aveu, avouer ses sentiments, ses désirs, les représenter par des objets (ex-voto), ce sont toujours là les phases diverses de l'adoration ; aussi le culte naturel est-il resté dans la vie de l'homme, son atavisme le lui restitue quand il traverse l'âge ontogénique, qui représente, dans sa vie actuelle, l'époque des temps primitifs.

LA COMMUNION
Ce chapitre de l'histoire des religions est celui dont on s'est le plus occupé et que l'on a le plus caché. Si on en parlait tant, c'est justement parce qu'on voulait en dénaturer la signification. On la connaissait mal du reste, cette signification ; elle est toujours restée pour l'homme le mystère des mystères.
Cette quatrième manifestation du culte, après l'Adoration, la Prière et l'Offrande, a eu deux interprétations dans l'évolution religieuse : La première féminine : elle signifiait l'union des Esprits. La seconde masculine : elle signifie alors l'union des sexes.
Pour la femme, la communion de pensée est le plus grand bonheur qui puisse exister, c'est cela qu'elle demande à l'homme parce que son opposition est ce qui la fait le plus souffrir.
Elle veut être aimée en Esprit et en Vérité.
Ceci demande une explication :
On ne sait pas assez qu'il existe deux amours : l'amour féminin et l'amour masculin, résultant de la psychologie inverse des sexes.
Ce qui aime en nous, c'est le système nerveux, qui contient notre principe de vie. Et l'amour est une manifestation de la vie.
Or, en vertu de la polarité sexuelle, ce Principe monte chez la Femme et descend chez l'homme.
Il est expliqué plus loin dans ce blog, mais il faut le considérer ici comme facteur de l'amour.
C'est parce que ce facteur a deux directions différentes dans les sexes, qu'il y a conflit dans l'amour.
Mais la femme étant arrivée plus vite que l'homme à la plénitude de ses facultés, pendant l'adolescence de l'humanité, c'est elle qui impose à l'homme ses conditions psychiques, donc son amour.
L'union des sexes fut au début l'union des esprits.
L'amour masculin, n'étant pas encore arrivé à s'affirmer, ne pouvait pas encore avoir de désirs ou d'exigences à imposer.
C'est cet amour spirituel, cette communion des esprits, qu'on appellera plus tard l'amour sacré, qui restera le fond des religions, car, quoique le développement de la sexualité masculine le déviera ou l'obscurcira, il laissera cependant sa trace dans l'atavisme de l'homme, qui en aura toujours, dans la jeunesse au moins, un vague pressentiment, et quelquefois même c'est cet amour idéal qui s'imposera à lui et qui triomphera de son amour bestial. 
Le premier hommage de l'homme à l'Esprit féminin, c'est la foi.
Car,si la Déesse accueille la prière de l'homme, elle lui demande, en échange, la foi. Elle veut qu'il croie à sa parole, à son Verbe qui est Vérité, et c'est Elle, sous le beau Ciel de cette époque heureuse, qui lui explique la Nature. C'est elle qui fait la première science, par son intuition, pendant que l'homme institue le premier culte par son amour.
— La Femme est le Saint-Esprit qui ne peut pas errer.
— Elle est le Logos, celle qui parle, le Verbe Divin qui enseigne.
— Elle est Sophia, la sagesse (sagesse antique).
— Elle est le feu sacré, l'amour pur.
Burnouf dit : « Agni, le feu de l'amour, reçoit l'hommage de tous les êtres, il est omniscient, connaît les origines, les races divines, les hommes et leurs secrets ».
S'il existe au fond du coeur de l'homme une aspiration vague vers le mystère caché dans l'antique RELIGION NATURELLE, c'est que sa conscience cherche, par atavisme, à reprendre le chemin du bonheur primitif que la jeunesse phylogénique connut dans une époque lointaine.

C'est pendant cette époque que l'homme connut le bonheur intense que donne la lucidité de l'esprit, la connaissance acceptée, c'est-à-dire la foi, cimentée par le renoncement volontaire aux entraînements des mauvais instincts, le sacrifice de l'orgueil fait à la raison et à l'amour. Car la Religion naturelle, c'est un lien moral qui unit l'homme dans un amour pur à un être moralement supérieur à lui.

L'AMOUR
L'Amour, c'est ce que l'humanité a toujours cherché, il est le but de l'homme et le rêve idéal de la Femme, il est la grande force qui régit l'univers, il peut tout, le bien comme le mal, il domine les temps et les âges, il se trouve à la source de toutes les religions, il est la religion même dans son principe ; toutes les philosophies l'ont discuté, il règne dans l'histoire des rois et dans les légendes populaires, il a été, tour à tour, béni et maudit, permis jusqu'à la licence et défendu comme le plus grand des crimes. Il est la source de mille préjugés religieux ou sociaux qui, presque toujours, résultent du malentendu qui règne sur cette question entre les hommes et les femmes, acteurs indispensables de cette idylle, mais qui ne la comprennent pas de la même manière.
L'homme, malgré l'expérience de l'histoire, n'a pas encore compris que l'amour de la femme est un phénomène qui a une réaction spirituelle : c'est ce qui le sanctifie.
La femme, malgré les désillusions de ses aïeules, ne veut pas encore savoir que l'amour masculin est un phénomène qui a une réaction brutale : c'est ce qui le condamne.
Pendant que chez la femme le fluide d'amour aspire à monter, chez l'homme il aspire à descendre. C'est sur cette différence que fut basée la grande lutte de sexes dans l'antiquité ; elle dure encore.
Faire luire sur cette question la lumière définitive de la science, c'est donner à l'humanité le moyen de sortir de l'état de malaise général que le malentendu sexuel a causé dans le monde. Il faut, une bonne fois, que chaque sexe sache comment l'autre aime et pense, afin d'éviter les heurts qui blessent l'amour-propre et finissent toujours par faire de deux amoureux deux ennemis irréconciliables.

PRÉLIMINAIRES
La Femme était la Déesse de l'homme jeune, la puissance supérieure devant laquelle il s'inclinait : c'est son image qui se gravait dans son cœur, elle était son idole. C'est pendant la période qui sépare le prélude de l'amour de sa satisfaction charnelle que l'amant a divinisé la Femme et, dans la vie actuelle, son atavisme lui rend le souvenir vague des impressions premières ressenties par ses ancêtres ; un regard, une parole douce ou tendre, une main qui touche la sienne, le silence de la nuit, sont empreints de mystérieuses saintetés qui pénètrent son âme sans qu'il en comprenne le secret.
C'est que la Nature fut le cadre des premières amours, des premiers dévouements, des enthousiasmes de la jeunesse phylogénique, et tout cela se réveille chez le jeune homme quand le lieu, l'heure, le milieu, lui rendent les conditions physiques qui accompagnèrent ses impressions premières. C'est ce qui crée le mystère, et rien ne captive comme les choses mystérieuses.
L'homme voit toujours dans l'amour un phénomène religieux ; la Femme qu'il aime est toujours Divine, les métaphores qu'il emploie pour parler d'Elle lui rendent tous les attributs de la primitive Divinité ; Elle est pour lui le Ciel, ses yeux sont des étoiles, ses dents des perles, ses joues des roses. L'hommage qu'il lui rend est un culte, c'est devant Elle qu'il se prosterne, à Elle qu'il adresse ses prières, qu'il apporte ses offrandes ; il est son dévoué, son fidèle serviteur.
Si, dans les discussions pour et contre la Religion, on a pu dire que le sentiment religieux est naturel à l'homme, c'est qu'on sous-entendait inconsciemment le sentiment que nous venons de décrire, mais on ne le définissait pas. Ceux qui le niaient ne considéraient pas le sentiment qui émane de la nature et ne voyaient dans les religions que l'adhésion réclamée par les ministres de tous les cultes pour les doctrines surnaturelles qu'ils enseignent.
Le sentiment naturel à l'homme (jeune surtout), c'est le sens de la vénération qu'il possède et veut exercer en adorant, en respectant toutes les perfections dans une Femme. On avait donné à ces perfections sept formes manifestées dans les Déesses primitives : la Justice, la Miséricorde, la Science, la Beauté, la Sagesse, l'Amour et la Force morale (le courage). Une multitude de noms de femmes sont restés attachés à ces attributs. L'histoire de la Religion naturelle, c'est-à-dire du culte rendu par l'homme à la Femme, c'est l'histoire de la vie morale de l'humanité.
C'est pour cela que la Religion est universelle, elle règne partout où les deux sexes se trouvent en présence. Aussi elle sera, éternelle et réapparaîtra toujours dans tous les lieux où l'humanité jeune recommencera l'évolution humaine, dans une vie ontogénique. Est-ce pour cette raison qu'on a dit que la Religion n'a pas d'histoire ? Est-ce pour cela aussi qu'on en a fait la base de la civilisation ? Peut-être, car sans le lien qui attache l'homme à quelque chose qui lui est moralement supérieur, qui lui crée un idéal à atteindre, un but à poursuivre, que resterait-il pour lui dans le désert des sociétés masculines ? La discorde, la jalousie, le néant, la mort !... 
Les croyances primitives, dans leur sincérité naïve, ne connaissaient pas encore les subtilités des prêtres. Le sentiment religieux qui pénétrait l'âme masculine, en présence des émanations divines, c'est-à-dire féminines, était un mélange de respect et de crainte, mais aussi de confiance et d'amour. Par la Foi, l'homme s'abandonnait complètement aux décisions de l'Esprit féminin, dont il reconnaissait la supériorité ; par la piété, il s'efforçait de conformer ses actions aux désirs de la Femme Divine aimée, et de rendre à la Déesse ce qui lui est dû en vénération et en soumission.
La « foi » est le secret de toutes les grandes choses, a-t-on dit, répétant cette espèce de dicton qui s'appliquait à la foi primitive ; c'est qu'en effet la première adhésion de l'homme à la parole de la Déesse a été le facteur des grandes civilisations de la haute antiquité. La foi a fait le monde parce que, lorsque l'homme a agi suivant la sage inspiration de la Femme, il a réalisé des prodiges. Chaque civilisation a été fille d'une religion théogonique donnant une impulsion sans cesse renouvelée à l'esprit humain.
« Ayez une âme d'enfant et la nature vous dira ses secrets ». En effet, la foi absolue n'existe que dans l'enfance. « L'enfant a des yeux de voyant ». Quand il devient homme, sa mentalité change, le doute l'envahit, s'impose, et il est, dés lors, partagé entre le désir et l'impuissance de croire. Triste état qui va lui donner des poussées de révolte et des heures de remords, qui va étonner la Femme et l'affliger, Elle dont l'esprit est inaltérable. Tant qu'il a aimé la Femme, il a été, le demi-dieu, la moitié de la Déesse ; quand il commence à changer, évoluant vers la révolte, il devient envieux et peu à peu naît en lui la haine qui lui inspire le mépris, mépris simulé, pour faire croire que la femme a moins de valeur que lui. Mé-priser, de , préfixe péjoratif, et priser, c'est-à-dire qu'il la prise moins, ne lui donne plus sa valeur réelle, et ce qu'il lui reprend en estime, il se l'attribue à lui ; c'est une balance dont il commence à renverser les plateaux, c'est pour cela que la Justice devient boiteuse.
L'impression de la Femme en face de ce mensonge manifesté fut terrible.
Mais le besoin d'aimer la Femme le reprend par moments, alors il se radoucit, recommence à adorer et à prier, sachant qu'il sera écouté parce qu'il sait assez que la Femme l'aime toujours.
Le Rig-Véda dit : « La prière domine les Dévas ». « La Déva, souveraine du Ciel, Indra, tremblait devant la redoutable piété du grand ascète Vishwamitra. » Voilà donc la Déesse qui a peur de l'homme, devenu une puissance adverse.
Dès ce jour, deux principes régnent dans le Monde : la Puissance du Bien qu'Elle représentera ; Puissance du Mal ou de la domination que l'homme va personnifier.
A l'âge poétique des religions, succède celui de la prose. L'homme n'aime pas, il raisonne, ou plutôt il déraisonne, fait des commentaires, des traités, invente une technique qui va remplacer la simple logique. Il arrête les règles des cérémonies qu'il va substituer aux libres impulsions de la Nature. Les anciennes vérités vont devenir des mystères sacrés ; on ne les enseignera plus, mais à leur place va s'élever le surnaturel, touffu, exubérant, envahissant et tenace.
Le Prêtre se perd en explications de ce qu'il ignore ou en justifications de ses fautes ; il se fait craindre, mais ne se fait pas aimer.
La Femme, près d'un tel homme, se laisse intimider. Elle a perdu l'audace de l'enfance, la confiance de la première jeunesse. Elle commence à connaître le Mal et à le redouter ; cela trouble sa vie et lui fait perdre l'expression franche de bonheur que possédait la jeune fille. Elle devient triste, abattue, craintive, et découragée. Cela l'enlaidit presque.

LA TRADITION ORALE
C'est la Tradition orale qui contient la véritable histoire de l'humanité. On peut détruire les livres, on ne détruira pas les traditions. C'est ainsi que l'histoire primitive est arrivée jusqu'à nous.
La tradition contient deux séries parallèles de faits :
1° Les faits du monde gynécocratique primitif qui forment la légende sacrée des premiers temps. Elle contient l'origine des langues, des sciences des croyances, de la vie morale, et de la vie sociale.
2° Les faits du monde androcratique qui constituent la légende profane. C'est, dans cette partie de la tradition que se trouve l'histoire des passions des hommes, de leurs luttes pour le pouvoir. C'est l'histoire des vices humains, elle commence à la luxure, passe par l'orgueil et l'égoïsme pour arriver au despotisme et au crime légitime qu'on appelle la guerre.
C'est cette seconde partie qui a été soigneusement conservée pour être donnée comme sujet d'études et d'édification aux jeunes générations. Quant à l'autre, on a employé tous les moyens possibles pour la faire disparaître.
Cependant, on n'y a pas réussi. La femme qui avait fait cette histoire là n'a jamais cessé de la raconter à l'enfant. Elle en a fait une collection de petits contes. Ils font toujours les délices des enfants ; c'est l'antique enseignement maternel, tenace comme une habitude religieuse. La Femme des premiers temps, c'est la fée qui peut tout.
Voici « La Belle au Bois dormant », où l'on retrouve un épisode du roman de Perce-Forest. Ce conte nous montre la femme endormie, c'est-à-dire hors la vie active, hors le monde pendant mille ans, l'âge de fer, mais réveillée par le Prince charmant, l'homme régénéré, qui lui rend sa place après ce long sommeil, avec le baiser de paix.
« La Belle et la Bête » représente l'histoire des luttes de l'homme et de la femme, Ormuzd et Ahriman, Vishnou et Civa, Isis et Osiris.
Dans le « Petit Poucet », nous voyons l'être petit (la femme est souvent représentée par un nain) poursuivi par l'être grand. C'est le souvenir des émigrations.
Dans « Le Petit Chaperon rouge », on nous montre l'enfant qui, rentrant au logis, trouve l'ogre (le Père) occupant la place de la Bonne Mère et, terrifié de cette substitution, exprime au géant son étonnement de le voir si grand.
« L'Oiseau bleu » est aussi une ancienne légende, car les Tagals, dont le Dieu Créateur est Bathala, adorent un oiseau bleu qui porte le même nom que la Divinité.
En général, l'oiseau est l'emblème de l'Esprit qui vole, de la radiation solaire qui fend l'espace.
« Barbe-Bleue » et « Riquet à la houppe » viennent de l'Orient.
Dans le « Chat Botté », on retrouve la « Chatte de Constantin le Fortuné » que Straparole avait empruntée du Pentanerone napolitain.
« Cendrillon », c'est la femme supérieure avilie, sa grandeur intellectuelle est cachée et employée à d'obscures besognes domestiques, tandis que ses sœurs, qui ne la valent pas, la méprisent, l'humilient (ce sont les femmes faibles et coquettes qui ont suivi les hommes dans leur vie de plaisir). Cependant, le jour vient où sa valeur morale est appréciée, sa nature supérieure reconnue, alors elle est rendue à sa vraie destinée, elle devient la Reine.
C'est la vieille histoire de la Vierge sage et des Vierges folles qui perdent l'homme. C'est une réminiscence de l'aventure de Rhodopis qui, pour avoir perdu l'un de ses petits souliers, épouse un roi d'Egypte.
« Peau d'âne », enfin, que la Fontaine entendait conter avec un plaisir extrême, seize ans avant les contes de Perrault, se reconnaît dans les vers latins de Godfried, qui pouvait en devoir l'idée moins à Apulée qu'aux fables indiennes dont il circulait en Europe des traduction latines depuis le XIème siècle. (Voyez Victor Lecler, Histoire littéraire de la France, t. I, XXIV).
Les contes de Fées ne sont pas des histoires sans signification, écrites pour amuser les paresseux, elles renferment en elles la religion de nos ancêtres.
Mythe veut dire une histoire fabuleuse exprimant une vérité importante, l'histoire de quelque personnage extraordinaire, à la biographie duquel l'imagination populaire a donné un développement excessif, grâce à la vénération d'une série de générations. Avec le temps, l'enseignement archaïque dévient moins clair, les nations perdent plus ou moins de vue le Principe supérieur, « la Déesse », et commencent à transférer ses attributs à son adversaire.
La Déesse, l'unique divinité, devient alors l'incompréhensible. Chez tous les peuples on trouve une tradition orale passant de Mère en Fille et perpétuant les idées primitives.
On a trouvé une tradition de ce genre dans les îles de la Mer du sud, sous forme d'anecdotes rimées servant à conserver le souvenir des événements et leur date. L'humanité jeune parla et chanta avant d'écrire. (Voir Ellis, Polynesian Researches, Londres, 1831).

ANTAGONIE
C'est dans la première période humaine que naquit la Théogonie, les Divinités féminines, et que se constitua la science primitive.
Loti appelle cette époque lointaine « la pure grandeur de la précoce civilisation ».
C'était l'Age d'Or. Mais il ne devait pas durer.
Ovide dit : « L'Age d'argent succède à l'Age d'or. A ces deux Ages succède l'Age d'airain : l'homme, plus féroce, est plus prompt à prendre les armes qui sèment l'effroi ».
C'est l'époque du Polythéisme qui commence. Nous allons y voir régner des Déesses et des dieux se disputant le pouvoir.
C'est le commencement de l'Anta-gonie : la lutte de sexes.
Antagonie vient de anta-gonismos, de anti (contre) et gonos ou gonia (la femme), donc : contre la Femme.
Nous allons, dans la suite de ce blog, montrer des siècles de luttes du prêtre contre la Femme. Les grands Livres sacrés avaient jeté un tel éclat sur l'esprit féminin que cela avait fait naître un sentiment de jalousie terrible contre les grandes Déesses qui en étaient les auteurs. Une caste sacerdotale va s'en emparer, les altérer, les masculiniser ou les détruire. C'est l'origine du mensonge religieux que nous allons voir se dérouler. C'est toute l'histoire que l'on a cherché à nous cacher derrière la Fable.
Partout la femme va être cachée ou plagiée. Lui prendre ses idées, porter sa robe, va être la principale occupation de ses envieux.

AGE VIRIL DE L'HUMANITÉ
Nous sommes en pleine vie humaine. Toutes les, passions sont déchaînées. À l'amour va succéder la haine, l'envie s'est emparée du cœur de l'homme et va lui dicter l'injustice ; les crimes et les forfaits vont se multiplier. L'histoire va nous les raconter, car ceux qui auraient dû les cacher en ont eux-mêmes écrit le récit.
Les caractères physiques de l'humanité se modifient peu à peu ; le ravage des passions va creuser son empreinte sur le visage de l'homme. Sa physionomie va révéler son état mental. Les modifications de son caractère sont profondes, la prédominance de sa personnalité s'accentue de plus en plus, son orgueil grandit et lui donne une confiance en lui-même qui lui dicte les résolutions les plus hardies et les plus irraisonnées ; il devient impulsif. C'est l'époque des grands emportements, de la confiance en soi et des affirmations aventureuses. Sa sensibilité primitive est en décroissance. L'assimilation morale et intellectuelle qu'il possédait dans les âges précédents s'émousse ; il devient entêté et affirmatif pendant que son cerveau engendre l'erreur.

ORIGINE DE L'ANDROCRATIE
LE ROI
C'est par la révolte contre le pouvoir gynécocratique et divin que commença l'anarchie ; mais la guerre commencée contre les femmes continua entre les hommes.
Après avoir vaincu la Déesse, méconnu la Soffet, outragé la Sophia, l'homme fort écrasa l'homme faible, l'intellectuel, il nivela l'humanité en prenant pour étalon la bête humaine.
C'est ce que nous enseigne la légende de Procuste qui raccourcit les étrangers pour les faire entrer dans son lit de fer.
« La force déchaînée écrasa partout l'esprit et institua le règne des tyrans. La Grèce se hérisse de Républiques, les Celtes marchent de divisions en divisions ; une démocratie brutale monte et force toutes les intellectualités à se démettre. Ce sont les masses incultes qui veulent dominer. Toutes les lignes de démarcation disparaissent. On ne distingue plus, parmi les peuples, que des hommes libres et des esclaves selon qu'ils sont vainqueurs ou vaincus. Il semble que l'espèce humaine, emportée par un mouvement général de folie orgueilleuse, venait de perdre tout ce qui avait existé en elle de raison.
« Tous voulaient, commander, aucun ne voulait obéir ; chaque fraction voulait le pouvoir, l'anarchie était partout. Les noms qu'ils se donnaient exprimaient leur désir d'indépendance : c'étaient les Alains ou All-ans, les égaux en souveraineté ; les Allemands, égaux en virilité ; les Vandales, ceux qui s'éloignent de tous ; les Free-sons (Frisons), les fils libérés ; les Cimbres, les ténébreux ; les Swabes, les hautains ; les Allobroges, les briseurs de tous liens ; les Scandinaves, ceux qui errent sur leurs navires ; les Saxons, les enfants de la Nature, etc., etc.. » (Fabre d'Olivet).
C'est que, le joug de la Femme brisé, il n'en restait pas d'autre. L'homme avait bien pu se soumettre à celle qu'il aimait, ou à celle qui avait été sa Mère, mais pourquoi se serait-il soumis à un autre homme ? La première autorité qu'il voulut prendre est celle que représente l'Etat. La Religion appartenait encore à la Femme. Par sa révolte, il créa la séparation des pouvoirs, il inaugura la séparation du trône et de l'autel. La révolution masculine amena une corruption générale qui, bientôt, fit des progrès effrayants dans toutes les classes de la Société. Du haut des trônes de l'Asie qu'elle avait d'abord envahis, elle se glissait dans les sanctuaires. La réaction des Femmes ne pouvait plus contenir le mouvement désorganisateur ; elles cherchaient néanmoins à en ralentir le progrès.
L'esprit de l'homme errait dans les ténèbres qu'il s'était créées lui-même ; il cherchait à étouffer ses doutes, ses terreurs ou ses remords dans la jouissance à outrance et, au lieu d'un remède, il y trouvait une cause d'aggravation de son mal.
Enfin l'instinct triompha... et l'homme alors se servit de sa puissance pour s'affranchir de tous devoirs et pour affermir sa volonté, à laquelle il prétendit soumettre les autres.
Les mœurs qui résultèrent de cet état de choses furent caractérisées par une débauche à outrance et une guerre désordonnée, dans laquelle on cherchait, autant que des victoires, des satisfactions de l'instinct batailleur de l'homme. C'est que, lorsque sa force musculaire augmente, il a besoin de l'exercer, et c'est ce besoin qui le pousse au pugilat, à la lutte, à tous les exercices violents. C'est alors qu'il fit de la force une supériorité ; singulière logique, car avoir une chose en plus que les autres n'est pas un avantage si cette chose n'est pas une qualité qui élève. Si la force se développe aux dépens de l'intelligence, c'est une qualité négative, c'est-à-dire menant à un mal, non à un bien.
Se glorifier d'avoir plus de force qu'un autre est aussi logique que si l'on se glorifiait d'avoir plus de laideur que les autres. Il y a des superlatifs qui infériorisent.
Néanmoins la Force fut glorifiée ; les plus forts furent les plus honorés et les plus faibles furent méprisés. Chez les Grecs, l'homme bon, Agathos, c'est l'homme fort à la guerre ; Arïstoï, les meilleurs, ce sont les plus forts, les plus aptes à combattre. On se rappelle que les Lacédémoniens allaient jusqu'à jeter au barathre (sans le consentement des mères) les enfants mal venus. Chez les Romains, le mot Virtus signifie la force par excellence (vir).
Ces nouvelles idées servaient de prétexte pour avilir la Femme, pour l'asservir et la réduire en captivité ; tous ses droits furent violés, on ne lui en laissa qu'un : plaire à l'homme.
Mais cela ne fut pas sans de formidables luttes entre les partisans de la force et ceux de la Justice.
Comme on demandait à Agésilas qui l'emportait de la Justice ou de la vaillance, il répondit : « Si tous les hommes étaient justes, ils n'auraient pas besoin d'être vaillants »,réponse hypocrite qui faisait croire que la vaillance servait à défendre la Justice, premier sophisme d'où sortit tout le système moderne, ce régime qui a fait dire à Schiller : « En attendant que la philosophie sache régir le système du monde, le mécanisme de l'Univers se maintient par la faim et par l'Amour ».
Les hommes s'étaient libérés du lien qui les attachait à la Femme, mais ce ne fut que pour tomber sous un autre joug : celui de la domination des hommes sur les hommes, c'est-à-dire l'exercice de la tyrannie de quelques-uns au préjudice de tous les autres.
Ceux qui avaient le plus d'audace, le plus de résolution, le plus de cynisme, instituèrent la puissance du Mal, en prenant la direction des nations. Et les foules s'inclinèrent devant « la Force », et la « Force » se fit « autorité », et cette autorité devint la main de fer qui étrangla l'humanité.
Il faut à l'homme un esclavage. Aussitôt qu'on lui supprime son esclavage naturel, celui qui l'asservit à la raison, il s'en, procure un autre.
C'est dans le millénaire qui précéda le Christianisme que l'homme fit des lois.
Mais ces lois n'avaient pour but que de comprimer les esprits ou d'empêcher les révoltes, afin d'assurer aux chefs le libre exercice de leurs passions. Entre hommes, cela se supportait par réaction contre la Femme, par solidarité de sexe, mais à la longue, le joug devenait trop lourd ; alors on changeait de chef, c'est-à-dire de tyrannie. Et les rois n'étaient guère plus heureux que leurs sujets, vivant dans une crainte continuelle et de la Femme qui cherchait toujours à reprendre ses droits, et des autres hommes dans lesquels ils ne voyaient que des rivaux cherchant à prendre la place qu'ils occupaient. Du reste, ils avaient presque tous une triste fin, la preuve en est donnée par la statistique qui est aussi implacable qu'effrayante par ses constatations ; celle-ci par exemple : Jusqu'en 1886, il y a eu sur la Terre 2.550 empereurs et rois, qui ont gouverné 74 peuples. Il n'est question, bien entendu, que des vrais monarques ayant eu des royaumes de réelle importance. Voici quelle a été leur destinée : 300 ont été chassés du trône ; 64 ont été obligés d'abdiquer ; 28 se sont suicidés ; 23 sont devenus fous ; 100 ont été tués à la guerre ; 123 ont été capturés ; 25 ont été torturés ; 151 ont été assassinés ; 108 ont été condamnés à mort et exécutés.
Pour justifier son pouvoir, l'homme prétendait qu'il avait toujours existé. C'est la réponse que faisaient les femmes quand on les attaquait. Les hommes se l'appropriaient, la répétaient en l'appliquant à leur règne, mais comme c'était un mensonge, ils ne pouvaient le justifier que par d'autres mensonges.
C'est ainsi que plusieurs peuples anciens, pour prouver la haute antiquité de leur origine masculine, montraient des listes interminables de rois dont les règnes, ajoutés ensemble, formaient des milliers d'années, et toujours le premier de cette série était Hélios (le soleil) (en Egypte, en Colchide, à Rhodes, à Cusco).
La science historique des hommes a accepté ces listes, n'a pas discuté ces monuments ; elle en a fait la base de l'enseignement classique.
D'autres hommes, les prêtres, les mages, se prolongeaient dans le passé par des documents de fabrication aussi facile.
La révolution masculine, née de la révolte contre le pouvoir gynécocratique, basa sa puissance sur la force, sur la conquête. C'est le conquérant qui se déclara roi.Ce n'est donc pas le meilleur, c'est le plus fort. C'est ce qui fait que le monde masculin fut représenté comme le chaos aux cent têtes, aux cent bras, bataillant, rivalisant, gesticulant. Période de désordre et de discorde, où l'Etat devint l'image de la famille sans femme. Les rois assassinés étaient remplacés par des hommes de la plus basse extraction. Partout régnait la terreur, partout, on voyait le meurtre, le crime et la débauche.
Au milieu de ces luttes formidables, le parti gynécocratique essayait de sauver le pouvoir de la Femme qui s'effondrait et allait bientôt sombrer dans le Droit romain, dans la Loi de l'homme.
Au milieu de ce chaos, on ne pouvait faire qu'une chose : essayer de conserver le dépôt des traditions antiques et le principe des sciences en les cachant dans le secret.
Une aristocratie mâle gouvernait partout des troupeaux d'esclaves, de femmes et d'enfants. A la fois propriétaires, prêtres et juges, les chefs de la nouvelle famille allaient exercer un pouvoir sans limité sur le bétail humain qu'ils exploitaient et décimaient à merci. Et tout cela, ils le justifiaient en disant : Les dieux l'ont voulu.
L'Androcratie devait être une époque de terreur et de misère, car l'homme qui règne, c'est l'homme qui prend, alors que le règne de la Mère avait été la Providence qui donne.
La femme avait régné par l'Amour, l'homme va régner par la terreur.
Partout, du reste, le pouvoir despotique donne de tristes résultats.
Dans Athènes, un oracle avait forcé Codrus, son dernier roi, à se dévouer à la mort ; à Lacédémone, Lycurgue abdiqua la royauté et forma le projet de régulariser le mouvement anarchique en faisant de Sparte un couvent de soldats. Il avait institué sur un seul point de la Grèce une sorte de congrégation guerrière, mélange de despotisme et de démocratie, en apparence consacrée à la liberté, mais destinée, au fond, à combattre ceux qui ne se soumettaient pas au pouvoir nouveau. Cette formidable institution renversa la supériorité intellectuelle à Athènes et prépara le triomphe d'Alexandre.
Ce législateur guerrier était un esprit peu élevé (il tira sa doctrine et ses lois d'un philosophe nommé Talétès). Ce n'est plus du Temple de la Sagesse que sortent les lois, c'est du Prytanée, édifice où résidaient les Prytanes ou Sénateurs chargés de l'administration de la République.
Le régime militaire renverse le règne de l'Esprit.
Corinthe chasse ses rois. Ceux qui résistent au torrent de l'opinion déchaînée contre eux sont obligés d'employer des moyens tyranniques pour se maintenir. Ils sont appelés des Tyrans.
En Perse, en 228 ans, depuis Cyrus qui monte sur le trône en 559 jusqu'à la mort de Darius détrôné par Alexandre en 331, quatorze rois, presque tous assassins ou assassinés, se succèdent sur le trône.
Et cependant tous ces hommes se donnent des titres magnifiques : tel Çyaxare (Kai-Assar), suprême monarque ; Xercès (Shir-Shah), le vaillant roi, le roi Lion ; Cyrus (Kai-Kosrai), qui prend le surnom de Théos (Dieu).
Cependant Khan, titre de l'autorité masculine, en Tartarie, est l'origine du nom de Caïn.
On représenta par les deux serpents du caducée les deux aspects du pouvoir de l'homme : le Roi, le Prêtre. Ensemble, mêlant la force à la ruse, ils vont torturer l'humanité.
L'Empire d'Assyrie, qui dura près de sept siècles, de 1314 à 625, nous donne une idée de ce que fut le régime de terreur que la royauté avait inauguré.
Adra-melech fut l'idole des Assyriens. On croyait l'honorer en exposant aux flammes et en faisant brûler des enfants sur ses autels.
« Les rois d'Assur ne calculaient leur puissance que par le nombre des villes ennemies qu'ils avaient incendiées et par celui des guerriers qu'ils avaient cruellement égorgés après la bataille.
« Le monarque, le sceptre en main et la tiare sur la tête, se plaisait à contempler les ruines fumantes des forteresses prises d'assaut, les prisonniers garrottés, les cadavres des ennemis décapités.
« On le voyait, après la victoire, debout sur son char de guerre, insulter aux vaincus.
« Aucun peuple dans l'antiquité n'apporta dans ses cérémonies du culte des pratiques aussi cruelles. Leurs dieux mâles semblaient avoir soif de sang humain.
« Les jours de fêtes principales, au pied de la statue de Baal, on allumait un grand bûcher. Les parents venaient alors, portant au cou un de leurs enfants nouveau-nés. On plaçait la pauvre petite créâture sur les mains étendues du dieu, puis les bras, qui étaient mobiles, s'abaissaient lentement, au moyen d'un mécanisme, et l'enfant tombait au milieu du brasier »
La cruauté était le résultat des passions masculines déchaînées, d'un débordement de débauches, qui devait en même temps obscurcir l'esprit de ces hommes.
C'est pourquoi Midas, roi d'Assyrie, est représenté avec des oreilles d'âne.
A propos de Cyrus, Hérodote dit que les Perses avaient pour roi un mulet. Tel est le régime qu'on allait opposer à la Gynécocratie.
Nous allons dans ce blog passer en revue les grands événements qui s'accomplirent dans le millénaire précédant l'ère actuelle, dans l'Inde, la Perse, l'Egypte, la Chine, la Grèce et Rome, et nous allons montrer que partout une profonde révolution religieuse changea l'orientation du monde.

LE PRÊTRE
Comment la Prêtrise exercée par l'homme commençât-elle ? Quelle est l'origine du sacerdoce ? Quelles furent les premières phases de son évolution ?
L'histoire réelle nous montre que les premiers hommes investis de ces fonctions, dans l'antique Théogonie, sont des officiants mis au service de la Déesse et qui portaient le nom de « Prêtres domestiques ».
Renan,dans Le Peuple d'Israël, dit (p. 149) : « Le clergé est d'origine égyptienne. Les Israélites eurent probablement de ces sortes de ministres que chaque famille nourrissait pour les services qu'ils rendaient ; c'est ce qu'on appelait un adhérent, un aubain, un adjoint à la tribu ».
Et il explique que le mot ministre (en latin minister) veut dire serviteur ; il vient de minor (moindre), et c'est de là qu'est venu le nom minime donné à des ordres religieux.
Dans la Bible (Juges, 17, 9), nous voyons Milca dire à un jeune homme lévite (passage interpolé puisqu'il n'y a pas de lévites du temps des Juges et masculinisé puisque de Milca on fait un homme) :
D'où viens-tu ?
Je suis lévite et je voyage pour chercher une demeure.
Reste avec moi, tu me serviras de Prêtre et je te donnerai dix sicles d'argent par année et des vêtements pour ton entretien.
Et Milca consacra le lévite.
Mais les Prêtres ne se contentèrent pas de ce salaire et de cette position dépendante, ils voulurent prendre près de la Déesse une situation de plus en plus prépondérante et c'est ce qui amena la discorde.
D'abord la Déesse et le prêtre ne s'excluaient pas, ils se confondaient en une sorte de couple, tel Hermès et Aphrodite dont on fera le mot « hermaphrodite ».
Aux Indes, le Brahmane apparaît à côté de la Brahmine.
En Perse, le Mage s'élève à côté de la Magicienne ; le Druide à côté de la Druidesse qui régnait chez les Celtes depuis une haute antiquité et qui avait fondé partout des centres d'enseignement qu'on appelait « Collèges de Druidesses ».
Le Druide ne fut pas longtemps un collaborateur utile, puisqu'on le compare au gui, plante parasite, pour indiquer qu'il vit aux dépens des autres.
Le Prêtre est un homme mis en dehors du régime familial, un homme qui a quitté le domaine de sa Mère, qui est sorti de sa tribu, c'est pour cela que l'ordre lévitique chez les Israélites est appelé « Gerson » (étranger en tous lieux) (1).
C'est parce que le prêtre n'a été qu'un serviteur au début que l'on dit encore : « Le prêtre n'est qu'un serviteur des âmes ».
C'est par une grande déviation qu'ils ont substitué l'idée de puissance à celle de service.
La place toujours plus grande qu'ils prirent, alluma contre eux des colères. La prophétesse Hulda déclare impie le Grand-Prêtre Helkya.
En quoi consiste leur impiété ? Elle vient de ce que le Prêtre veut intervenir dans l'enseignement donné, il oppose à sa Maîtresse des doutes outrageants, des négations aventureuses, discute ce qu'il ignore, avec des affirmations audacieuses, parle sans connaissances et sans raisonnements des choses sacrées, commence à la tromper, emploie la ruse pour dominer, le mensonge pour se justifier.
Le résultat de cette conduite, c'est qu'il fut mis hors du Temple, éloigné des choses sacrées parce qu'il les avait profanées.
(Le mot profanati voulut dire en latin mis hors du Temple parce que les Prêtres renvoyés s'installaient en face du sanctuaire ; de là on fit le mot profanum : pro, devant, fanum, Temple).
C'est alors qu'animé d'un désir de vengeance, il employa le sarcasme pour ridiculiser, avilir, salir tout ce qu'Elle faisait. En face des anciens temples il éleva des autels et y érigea des dieux nouveaux qu'il fit à son image.
Mais cette parodie ne fut pas prise au sérieux d'abord ; il fallut du temps, des siècles avant qu'on acceptât cette idée nouvelle : l'homme devenu Dieu comme la Déesse. C'est lentement que le Prêtre escalada les échelons du Panthéon pour y prendre une place que la conscience publique lui refusait.
(1) En celtique, l'homme qui entre dans une famille à titre d'allié est appelé Eedom, c'est un enfant d'adoption ; Eedom devient Eydom, Eedhem, qui veut dire gendre (Darsy, Dict. Flammarion).

LA PROFANATION
Le Prêtre va être le destructeur de la Religion. II va remplacer la Foi (la bonne foi) par la mauvaise foi.
La Religion primitive, la Théogonie, était un ensemble de doctrines et de pratiques résumant les rapports de l'homme avec la Divinité qu'il adorait et à laquelle il rendait un culte. Cette Divinité, la Déesse, exigeait de lui la foi, c'est-à-dire l'adhésion à la Vérité absolue qui émanait de son esprit droit, la croyance aux lois de la Nature et la soumission à la loi morale. Tout cela constituait « la Religion », c'est-à-dire le lien moral qui devait relier l'homme à l'Esprit Féminin.
La communion de pensée est, pour la Femme, le plus grand bonheur qui puisse exister ; c'est pour cela que c'est la première condition qu'elle demande à l'homme lorsqu'il s'approche d'elle pour lui demander ses faveurs.
Mais, par une sorte d'ironie de la Nature, l'amour qu'elle lui inspire peut créer la perversion mentale de celui qu'elle aime.
Cependant, tant qu'il lui reste attaché, il garde sa foi, mais aussitôt que le lien se relâche, le désaccord surgit, il manifeste sa pensée renversée qui est la contradiction de celle de la Femme. En face d'Elle il garde l'apparence du serviteur fidèle, mais ses paroles prennent une expression nouvelle, c'est l'ironie, le sarcasme, il semble toujours affirmer sa foi, mais le ton qu'il y met est un démenti donné à ses paroles, c'est la mauvaise foi qui commence ; elle est d'abord cachée dans la ruse, plus tard elle deviendra cynique dans le mensonge.
Alors, tout, pour lui, prend un caractère nouveau, il dénature les idées spirituelles et en fait des idées sexuelles ; c'est un langage spécial qu'il crée en changeant la signification des mots qu'il ne comprend plus comme la femme les comprend.
Et à cette impulsion se mêle un peu d'envie et beaucoup d'ignorance, il veut croire que la femme descend comme lui dans les abîmes du sexe où, s'il ne le croit pas, il feint de le penser. C'est ainsi que les langues se transforment et qu'un nouveau langage apparaît. Le Prêtre donne aux mots une interprétation nouvelle dans laquelle il sous-entend que ce qui était spirituel est sexuel.
C'est ainsi que des mots qui servaient à désigner l'Esprit Féminin deviennent la racine de mots qui désignent le sexe de la Femme et ce qui en dérive.
Théogénie deviendra Theogonia (gonia, gaine, allusion au vagin).
Les noms des Déesses tant glorifiées par l'homme adolescent dévinrent des noms ridiculisés, on en changeait la terminaison en les retournant : Théà devint aeth par le retournement des lettres et Astar-thée devint Astaraeth ou Astaroth, et Istaroth, la grande Déesse Istar, va devenir une femme guerrière et voluptueuse.
La Vénus Uranie qui porte le flambeau de l'Esprit : Lucifer, devient la Vénus Callipyge, la femme-sexe.
Le mot Euménide voulait dire propice. Quand vint l'heure de la réaction, on représenta, par antithèse, les Euménides comme des furies.
L'étymologie des mots nous rend compte des idées primitives, elle nous fait retrouver le sens propre qui précéda le sens caché et le sens malpropre.
Ainsi le Bien et le Mal étaient représentés dans les sanctuaires par les emblèmes de la lumière et des ténèbres. On y donnait à l'initié le spectacle formidable du combat de ces deux principes opposés, et, après plusieurs scènes de terreur, on faisait insensiblement succéder à la nuit la plus obscure le jour le plus brillant et le plus pur. Mais ce symbolisme devait être, comme tant d'autres, détourné de sa signification, et de la lumiére, c'est-à-dire du feu de l'Esprit, on fit le feu de l'amour, plaçant en bas ce que la femme plaçait en haut, et Agni, l'amour sacré, devint Ignis, le feu.
De tout cela devait résulter une profonde confusion. C'est pour cela que cette époque fut appelée l'âge Kali (4ème du monde), âge de ténèbres et de souillure, âge noir et fatal, âge des causes et des effets sinistres.
De ce mot Kali on fit en latin Caligo et en français Gali ; on y ajoutait le mot mathias (discours), ce qui voulait dire : discours ténébreux. C'est ainsi qu'on désignait la parole des esprits enténébrés s'agitant dans l'ombre des erreurs et du mal.
Les choses sexuelles prenant, dès lors, la place des choses spirituelles, le prêtre créa un culte nouveau, obscène.
Pour lui, la femme est un organe. Cet organe devient la coupe du plaisir ; il est représenté par le calice de la fleur qui devient le vase sacré des Mystères.
C'est alors que les femmes outragées rappellent les hommes à la vérité et les somment de parler proprement, c'est-à-dire suivant le sens réel des mots ; et ces expressions « à proprement parler », « employer l'expression propre », sont restées dans les langues et sont opposées au langage malpropre et figuré qui avait été inventé pour vexer les femmes.
Ce ne fut d'abord qu'une taquinerie, cela devint une habitude, puis cela devint un dogme, celui qui est à la base de toutes les religions modernes.

LE PRÊTRE CRÉE LE DIEU
Ce sont ces pro-fanes, mis hors du Temple, qui s'en vont créer ailleurs un autre culte et de nouveaux dieux.
Le rôle du Prêtre fut double. Il fut le destructeur de la première religion, la Vraie, et le créateur des faux dieux. Car les divinités qu'il va instaurer, ce sont les types masculins qui avaient été considérés jusque là comme personnifiant le principe du Mal, ceux que la Femme combattait et appelait « les dieux étrangers ».
Nous étudierons dans les différents pays cette nouvelle forme de la religion.
Rappelons seulement avec quelle ardeur on combattait le Bel des Babyloniens, qui devint le Baal des Phéniciens et dont les multiples aspects représentaient l'horreur qu'il inspirait.
Le nom de Baal (ou Bel) reste dans l'histoire associé à des qualificatifs infamants :
Baal-Berith (la honte) ; c'était l'idole phénicienne. Les défenseurs de l'androcratie en feront le « défenseur de l'alliance » ;
Baal-Gad (jouissance). On en fera le dieu du bonheur ;
Baal-Péor (le pire) ;
Baal-Ram ;
Baal-Phégor, ou Bel-phégor : divinité infâme des Moabites. C'est le Priape des latins ;
Baal-Samin ;
Baal-Tsephon (dieu sentinelle), celui qui surveille les femmes ;
Baal-Moloch (le destructeur). Les magiciens d'Egypte avaient mis cette idole dans le désert comme une barrière qui devait arrêter les Israélites et les empêcher de fuir ;
Baal-Zebi, dit Belzebut ; Zebi signifie renard ;
Baal-Itan, etc., etc.
A côté de lui se trouvait Ophim, l'homme serpent, qu'on appelait par corruption surnubel, serpent de Baal.
Mais ces révoltes, quoique troublant profondément l'ordre ancien, n'étaient pas acceptées par les masses ; c'étaient des tentatives, qu'il fallait longtemps recommencer avant que les générations nouvelles arrivassent à s'y rallier.
C'est lentement que le Prêtre imposa son dieu, puis pour le consacrer créa un dogmatisme dont il prit la garde et qu'il scella de sa propre consécration, déplaçant ainsi l'autorité morale en créant l'erreur ; puis il donna à sa caste la mission de la propager et de la conserver afin d'arriver à posséder la maîtrise universelle.
Pour faire accepter les Dieux, on en faisait une imitation de la Déesse dont les noms furent masculinisés (Baal Tammouz, Baal Thomar). 
Mais ils se multiplièrent, grandirent, devinrent immenses en puissance et en mérites. Nés de l'imagination des Prêtres, on pouvait les amplifier sans limites. C'est ainsi que, parti de l'humanité vivante, l'on arriva à créer une Divinité infinie régnant dans l'univers insondable, et plus l'idée devenait absurde, plus on exigeait pour elle de vénération de la part des peuples crédules.
Tous les instincts de l'homme apparaissaient dans cette forme nouvelle de la religion ; aussi les dieux sont souvent des hommes vulgaires. L'homme est orgueilleux, il met son sexe le premier dans le panthéon qu'il crée, même dans le couple divin : Hermès-Aphrodite ; il est dominateur, il arrive à faire de sa nouvelle divinité le « Maître des Dieux et des hommes », il dépasse considérablement la puissance accordée aux Déesses qui étaient toujours restées limitées à la vie morale, aux choses terrestres ; elles avaient des attributs divers, mais n'étaient pas confondues avec les forces de la Nature qui les avaient elles-mêmes créées comme elles avaient créé l'homme à côté d'elles. Le Panthéon antique avait des degrés et ce ne fut que lorsque l'homme en escalada les échelons, pour prendre la première place, qu'il se fit si grand que l'on vit des Divinités telles que Jupiter accaparer toute la puissance céleste et terrestre et la résumer tout entière dans la personne de l'homme.
Deux causes ont déterminé cette amplification extrême : la puissance de son imagination, qui le porte à exagérer toutes choses ; le besoin de se justifier. Jupiter, le Père, avait pris la place de Déméter, la Mère ; il fallait exagérer sa grandeur pour justifier son usurpation et intimider les faibles et les récalcitrants par la terreur.
Mais c'est une erreur de croire que la terreur a été au début des religions, elle n'apparaît qu'avec la décadence du premier culte. Si la bonne Déesse est devenue un objet de crainte morale, c'est parce qu'on l'avait tant outragée qu'on redoutait sa vengeance. 

ORIGINE DES DOGMES
Les Déesses et les Prêtresses qui s'étaient adonnées surtout à l'étude de la science, avaient su arriver à soumettre la pratique de la vie aux lois qui découlaient de leurs admirables conceptions de l'harmonie du monde.
Elles avaient dirigé, avec leur esprit clairvoyant et leur sagesse, les institutions sociales. Tout leur gouvernement découlait de leur science de la vie. Les Prêtres voulurent changer tout cela. Ne comprenant pas les lois qui avaient dicté le savant échafaudage Théosophique, moral et social, et ne cherchant dans le pouvoir que l'intérêt immédiat et personnel, ils ne s'occupèrent que des choses concrètes, ils accommodèrent leurs croyances et leurs institutions, non plus à la Vérité, mais à leurs besoins ou à leurs caprices, et de la science primitive firent « la Théologie », pendant que de la savante organisation matriarcale, les rois faisaient « la Politique ».
Les Femmes avaient fait une Doctrine (de docere, instruire, enseigner) ; les hommes firent des dogmes (de dokein, sembler).
Triste transformation qui amena la chute de la paisible et féconde Gynécocratie, détruite par le mensonge du prêtre et par la fougue guerrière du conquérant portant partout la dévastation.
Ce fut un effroyable malheur pour la Terre tout entière, puisque ce fut le commencement de l'ère de cruauté, de servitude, de barbarie, qui devait durer aussi longtemps que l'anthropocratie.
Les Femmes faisaient tout venir de la Vérité, de la Justice, du Droit.
Le verbe aryen Vasa (racine du mot Vérité) signifiait établir, fixer, on reconnaissait que c'est la Vérité qui crée la fixité, la solidité. La Théogonie (règne du génie) avait engendré la Théodicée (règne de la Justice, de Dikê, Justice), et la Théosophie, la sagesse qui préside à la vie sociale.
Les hommes firent tout venir de leurs instincts, de leurs sentiments, ou de leurs caprices, ils rapportèrent tout à eux. De là les deux formes de l'autorité : la forme féminine, la première exercée, qui créa des pouvoirs sociaux correspondant aux pouvoirs naturels, et la forme masculine qui vint créer une religion qui appropriait des Dieux aux intérêts des hommes et cachait dans des mystères les Vérités devenues gênantes.
C'est toute cette antique splendeur du règne de la Femme que le régime nouveau vint abattre, quand l'homme, se présentant en face d'Elle, en conquérant, en vainqueur, s'empara de tout ce qui venait d'Elle ou de son influence et le dénatura. Il sut cependant donner, au monde qu'il fit, une apparence de grandeur qui a pu tromper les esprits, mais qui n'avait pas de fondements durables.
L'homme ajoute à l'oeuvre de la Femme des choses matérielles, des pierres, de l'or, du marbre, il construit de somptueux temples, mais la Vérité n'y est pas manifestée, l'idée y est amoindrie, et c'est l'idée qui fait vivre les nations.
On peut mesurer la valeur morale des peuples à leur architecture. Quand des monuments magnifiques sont édifiés pour loger une pensée qui s'égare, la décadence n'est pas loin.
Les nations primitives étaient parvenues au plus haut degré de l'état social, leur empire avait embrassé la terre entière, mais, après avoir jeté leur plus grand éclat, les lumières commençaient à s'obscurcir.
Cependant le gouvernement Théogonique et Gynécocratique florissait encore, grâce à la forte impulsion qu'il avait reçue des lois naturelles dont il était l'expression, mais son calme primitif avait été troublé et les principes de vie qui l'animaient ne se réparaient plus dans leur intégrité, la crainte du danger devenait une préoccupation nouvelle, la fatigue arrivait, quelquefois l'abattement succédait à la première ardeur de la lutte.
Tel était l'état des esprits quand le Prêtre, usurpant les fonctions de la Prêtresse, introduisit dans le monde les Dieux mâles qu'il mit dans des temples édifiés en face ou à côté de ceux des Déesses.
L'ancien système avait eu ses fondements dans la nature des choses, dans ce que nous appelons aujourd'hui « la science » ; le nouveau système allait violer les lois naturelles.
La domination sociale et sacerdotale de l'homme, qui commençait, est regardée par les Brahmanes comme étant le quatrième âge du monde. Ils en font un grand éloge, puisque c'est de cette époque que date leur puissance.
Cependant l'homme sentait qu'il n'était pas à sa place, chargé des honneurs dus à l'autre sexe ; il se faisait craindre, ne sachant pas se faire respecter ; la vérité qu'il voulait enseigner lui échappait.
Il ne comprenait plus la science des premiers temps, il voyait tout à rebours, mettant ses impulsions sexuelles où la Femme avait mis ses vues spirituelles. Il rapetissait l'Univers, l'abaissait, créait le monde d'en bas alors qu'Elle avait créé le monde d'en haut.
Cependant le Prêtre, qui s'était assimilé ce qu'il avait pu des connaissances acquises, faisait valoir les idées reçues, se les appropriait, si bien qu'on a pu, dans la suite des âges de l'humanité, le donner comme étant l'auteur de toute la grande œuvre féminine des premiers temps. Mais lui ne créait rien, que l'erreur, il faisait seulement valoir le capital intellectuel de la Femme révélatrice ; mais il y mettait une ardeur extraordinaire, pour se grandir en même temps que pour justifier son usurpation des fonctions sacerdotales. Si les reproches lui arrivaient, il niait le passé, déjà lointain, faisait de la tradition une légende, cachait ce qui le gênait, amoindrissait ce qui glorifiait la Femme, grandissait sa personnalité et celle de ses Dieux.
C'est ainsi que le Prêtre arriva à jeter un voile épais sur toutes les origines, à briser le système primitif et à faire déchoir l'humanité de sa grandeur originelle.
Il voulut désormais tout faire par lui-même, sans le concours des « génies », essaya de créer un monde sans l'esprit féminin, et n'aboutit qu'à la discorde, soufflant partout le vent de la destruction, renversant ce que la femme primitive avait édifié.
Et c'est sur ces ruines de l'ancienne religion qu'il aspirait à établir son pouvoir sacerdotal alors discuté. C'est au milieu de ces luttes que de prétendus réformateurs qui n'étaient que des despotes ambitieux surgissaient, prétendant gouverner pour améliorer une situation qu'ils ne faisaient qu'empirer.
Les hommes allaient secouer le joug moral de la Femme, si doux cependant à porter ; ils voulaient marcher sans elle, croire qu'elle n'existait plus, la faire disparaître du monde !... Vains efforts, elle était là, toujours là, comme une Providence cachée cherchant sans cesse à réparer le mal, à remettre partout la vérité, l'ordre et la paix.
Mais les hommes voulaient un maître au lieu d'une maîtresse, des Dieux au lieu des Déesses. Ils eurent des Papes et des Césars.

Alors, repentis, ils les tuèrent. Mais c'en était fait : l'Eglise, et le Césarisme étaient fondés, ils devaient durer et briser la vie humaine.

LA MYTHOLOGIE
Le Prêtre, de cette première révolte religieuse, allait donc créer un système nouveau d'enseignement fait d'allégories, de paraboles, de symboles, de métaphores. Il allait créer des images, des comparaisons qui signifient autre chose que ce qu'elles expriment.
Le feu fut mis pour l'esprit et pour l'amour, l'eau pour l'ignorance et l'erreur, le ciel pour le bonheur, etc., etc.
Tout cela devint le vaste système qu'on appela la Mythologie.
C'est un tissu d'imagination bizarre, un amas confus de faits destinés à cacher, en les embrouillant, les vérités de l'époque antérieure. Comme tout ce qui est fait par l'homme dans un but de justification, il y règne le plus grand désordre, on n'y trouve aucune chronologie, souvent le même fait est présenté sous différents noms. Dans son ensemble, c'est un assemblage de contes misérables, presque toujours destitué de vraisemblance et digne de mépris. C'est ainsi que les anciennes croyances se perdirent dans les fables du polythéisme.
Cependant on sait que sous le voile de l'allégorie quelque chose est caché. Ainsi il faut connaître la science primitive pour comprendre le symbole représentant un aigle à tête d'homme ou armé d'une faulx. Pour comprendre aussi le symbole représentant une femme avec un croissant ou une tour sur la tête.
La Religion qui avait élevé les hommes, purifié les cœurs, nourri les intelligences, ne servit plus qu'à donner à ses ministres une arme de despotisme, une occasion de mensonge.
Ce sont les premiers pontifes de la Religion, ainsi transformée, qui prirent le nom de « Hermès », mot qui signifie « cacher ». Le Prêtre cacha, c'est-à-dire voila ce que la Prêtresse avait dévoilé. Il revoila, et c'est de ce mot que, par antithèse, on fit révéler. Les Hermès cachèrent la vérité sous des paraboles et des allégories : c'est ce qu'on appela la « Fable ».
Mais cette histoire faite par l'homme ne fut jamais considérée comme la réalité.
La Mythologie fit de la Fable elle-même une divinité allégorique, fille du sommeil et de la nuit. On dit qu'elle épousa le mensonge et qu'elle s'occupait continuellement à contrefaire l'histoire. On la représente avec un masque sur le visage et magnifiquement habillée.
En même temps, on représentait la Fraude avec une tête d'homme à physionomie agréable, et avec un corps de serpent et la queue d'un scorpion.
On fit de tout cela une science : l'Homologie, qui est l'art de représenter les êtres de raison par des emblèmes, ou par des figures allégoriques. Cette science s'étend à l'explication des images et des monuments antiques.
Les Prêtres ne veulent plus entendre parler des lois de la Nature que les Femmes ne cessent d'invoquer.
Ils déclarent que la Nature, c'est le rêve. Maya, qui la représente, qui l'explique, va devenir le symbole de l'illusion. Ce qui est naturel est déjà condamné, le surnaturel va apparaître.
Le Prêtre va expliquer la Nature par différents systèmes :
- Le système astronomique qui mettait tout dans le ciel ;
- Le système psychique qui mettait l'âme hors du corps et la faisait agir immatériellement ;
- Le système anthropologique qui mettait le féminin dans le masculin, confondant les deux sexes.
Et tout cela fut entouré de mystères parce que ces dogmes nouveaux soulevaient des protestations.
Deux partis étaient en lutte : des philogones et les antigones, c'est-à-dire les féministes et les antiféministes.
Les Hiérophantes (prêtres) faisaient du phallicisme une science secrète qui leur appartenait exclusivement.
C'est cette science qui était le fruit de leurs études et sanctionnait leurs erreurs.
Quant à l'antique science théogonique, elle était si adroitement et si audacieusement dénaturée qu'il fallut la cacher pour en sauver les principes. Son idéal était trop haut pour ces hommes. Du reste, peu nombreux étaient ceux qui en découvraient la signification.
La plupart n'arrivaient pas à comprendre la nature de la Femme, si différente de la leur ; ils ne savaient pas démêler le féminin du masculin et, mêlant le tout, ils en faisaient une dangereuse Anthropogonie.
Les mystères cosmogoniques des Prêtres ne furent qu'une série d'absurdités et n'ont été inventés que pour voiler la science primitive, surtout les mystères de la vie sexuelle et les luttes de sexes qui faisaient le fond de l'enseignement des Déesses. Dans la Cosmologie masculine, l'homme devint l'Ether ou le Soleil, la Femme fut la Lune.
La science réelle, devenue occulte il est vrai, a survécu ; elle est éternelle, et les cosmogonies des Prêtres ont sombré dans le ridicule.
Aussi il ne faut pas prendre les superstitions de cette cosmolâtrie pour les origines des religions, mais pour le point de départ de leur décadence.
Quand le Prêtre, d'abord serviteur du Temple, voulut intervenir dans l'enseignement pour le dévier de la voie droite, pour contredire, opposer des doutes outrageants, des négations audacieuses, il fut mis hors du Temple parce qu'il profanait les choses saintes. Alors il se vengea en conspirant, mot qui fut composé de cum, préfixe, et spirare, souffler (souffler la discorde, l'erreur, dicter l'opinion contre la Vérité).
Le Prêtre fut le destructeur de la Religion, puisque c'est lui qui vint rompre le lien qui unissait l'homme à la femme.
Et ceci nous explique pourquoi on nous parle si souvent de la vengeance divine. Il ne s'agit pas de l'intervention capricieuse de dieux offensés, il s'agit de la violation des droits naturels de la Femme Divine, des outrages faits au sexe féminin.
Combien cette histoire est claire quand on l'explique en termes clairs, en termes propres, combien elle est obscure si on change la signification des mots, si on change le sexe des personnages en cause... 
Quand on vous parle de la Femme Divine qui est offensée, vous comprenez très bien, mais si le Prêtre met le mot Dieu à la place de Déesse et vous parle d'un Dieu offensé, vous ne comprenez plus rien.
Dans la lutte des Déesses contre l'orgueil de l'homme les prêtres sont comparés aux corbeaux, on les appelle ironiquement Hiérocoraces, c'est-à-dire corbeaux sacrés. C'est ainsi que sont appelés les ministres du culte de Mithra.
Ils se justifieront en disant que c'est à cause de la couleur de leurs habits. Non, c'est parce que l'erreur et l'ignorance sont représentées par la couleur noire. Chez les Grecs, le prêtre est appelé Iereus (de Ureus, serpent).
Augure, le nom des prêtres romains, vient d'une racine qui signifie vautour (geier en celtique, agur en hébreu, guira en garamis).
Les emblèmes des fleuves qui versent de l'eau, des jarres qui déversent, symbolisent de mille façons le Prêtre qui cache.
Les Pontifes des Mongols s'appellent Lama, mot qui signifie Mer dans la langue de ce peuple.
Pontifex vient du Celte (de Pond, mer).
Enfin, les Prêtres n'ont jamais été que des sous-prophètes, des Hypophètes (interprètes-messagers), ceux qui annoncent au peuple la parole des vrais prophètes.
Quand au lieu d'être des interprètes ils veulent parler par eux-mêmes, ils imitent la Divinité intuitive (pour connaître la volonté des dieux, disent-ils) et du Divin féminin font le Devin masculin.
Les eubages sont des prêtres divinateurs, des devins, ceux qui devinent pour imiter la Divine, « celle qui sait ».
Si bien que la mystique des femmes devient la mystification des hommes.
Le nom des Prêtres, en latin calx, vient du sanscrit Kalki qui signifie ruade de cheval (le coup de pied de l'âne).
En espagnol, on dira coz. Cela signifie reflux chez les Celtes.
En celtique, nous trouvons Schalk que les Prêtres feront signifier Divin et que les poèmes homériques écrivent Calchas.
Le cheval qui rue est aussi appelé Nizeien, Comme nous l'apprend Hérodote.

On sait que l'Inde a prédit que Vishnou, l'Esprit féminin, reviendra sur Kalki, le cheval blanc, comme dernier Avatar, au milieu du feu de l'Esprit, pour rétablir la connaissance.

LA LOI MORALE ÉCRITE
Nous sommes au seuil de l'histoire, non pas de l'histoire connue, mais au contraire de celle qu'on nous a cachée... 
Dans cette période qui commence, ce ne sont plus les mythes que nous allons consulter, ce sont des documents historiques. On va écrire des Livres, des œuvres géniales, : le Sèpher, l'Avesta, les Védas, les Poèmes Homériques. Nous allons pouvoir donner des dates, sinon fixes, du moins approximatives.
À la suite des nombreuses révoltes contre le pouvoir gynécocratique qui parsèment l'histoire antique et engendrent d'immenses désordres, et pour en éviter le retour, on va formuler la Loi Morale et l'imposer comme base de la vie sociale. 
Cette époque a une importance considérable dans l'histoire. La création, c'est-à-dire l'organisation sociale des premiers temps, menacée, attaquée, détruite par des agitateurs inconscients, va renaître, c'est une re-création que nous allons voir se produire ; elle déterminera une réconciliation, un repos, une vie nouvelle : de là, le mot récréation.
Les Livres que nous allons voir apparaître nous rendront les idées que la tradition orale propageait, celles qui avaient surgi dans l'esprit de la Dêvâ, au sein de la vie calme et contemplative des premiers jours, lorsque, émerveillée des splendeurs de la Nature, elle en avait chanté les lois, elle avait exhalé son âme dans des hymnes qui furent les premiers vagissements de l'esprit humain, et le jeune homme lui avait répondu par son premier chant d'amour. Les chants de la Déesse avaient été l'expression de sa pensée spontanée, primitive, simple, féminine, la libre expansion de son esprit, dans cette vie pure, sans guides qui entravent, sans parents qui réprimandent, sans antécédents qui intimident, sans atavisme qui trouble.
La jeune Femme qui avait ainsi chanté n'avait pas écrit ses hymnes ; Elle les récitait et les transmettait par la parole. Ainsi s'était créée la tradition orale, la plus sûre, celle qui se grave le mieux dans le cerveau, celle que nulle altération ne peut atteindre, cette espèce de photographie de la pensée des ancêtres laissée dans les cellules cérébrales de la descendance qui en garde fidèlement le secret, procédé immuable, indestructible comme le cerveau humain, sans cesse reproduit dans sa forme et ses fonctions, procédé qui rectifie les erreurs écrites, et c'est ce qui fait que, quoi que fasse l'homme pour altérer le fond de vérités primitives, elles reparaissent toujours, et toujours nous rendent des vérités simples, qui se mettent en contradiction avec les erreurs régnantes. C'est par la tradition orale que se sont perpétuées les idées, malgré la destruction des Livres qui, plus tard, en contenaient le dépôt. Et c'est par l'intuition des Femmes de toutes les époques que les vérités primitives nous sont rendues ; c'est par elles seulement que l'antiquité se dévoile au philologue dans toute sa beauté et dans toute sa vérité. Ce sont leurs aperceptions si lucides qui faisaient prévoir l'avenir, non parce qu'un Dieu surnaturel le révélait (ce sont elles qui sont les Déesses), mais parce que l'évolution humaine devait répondre à un enchaînement logique de faits que ces primitives inspirées apercevaient très clairement. 
Les Livres qui vont surgir vont expliquer l'Univers et ses lois, la création de l'homme et son évolution, la différence des sexes et sa cause, puis, entrant dans l'histoire, ils vont raconter les premières luttes de l'humanité.
« Les Muses, dit Hésiode, chantent les lois de la Nature ». Mais elles chantent aussi le triomphe de Zeus (l'esprit) sur les Titans (l'homme fort), et c'est cette partie de leurs chants qui va allumer de nouvelles colères, provoquer de nouvelles luttes. Aussi, quand, plus tard, le Prêtre triomphera, il changera tout cela, rectifiera toute cette histoire primitive et refera le récit de ces temps lointains dans des Mythologies grossières (officiellement enseignées), qui portent la marque de son esprit obscurci et des idées régnantes de son temps.

Prenons comme exemple la Grèce, qui, dans ces récits classiques, nous rend les Muses. Ces primitives inspirées deviennent les filles de Mnémosyne (la mémoire). Elles ne sont plus des créatrices, Elles transmettent des idées acquises. Elles sont neuf parce que sur certain monument on trouve neuf Femmes, les neuf Déesses qui écrivirent les neuf grands Livres sacrés. Mais ceux qui rappellent leur histoire à l'époque de la décadence de la religion grecque leur donnent, comme attributs, les préoccupations de leur temps, le théâtre, les formes alors régnantes de la littérature. Mais les Muses sont antérieures à Hésiode qui chante leurs louanges et le théâtre ne vient qu'après lui. Il y a donc à rectifier tout cela, en même temps qu'il y a à dénoncer le système de ces singuliers historiens.
Les Muses sont représentées sur un sarcophage du Louvre, dans des attitudes qui indiquent, pour quelques-unes, d'autres attributs que ceux qui sont classiques. On y voit :
-CLIO, qui lit un manuscrit (on en fait la personnification de l'histoire et cela peut être).
-THALIE, qui tient un masque et un bâton de Pasteur. Le bâton représente l'autorité morale, le masque la nécessité de se cacher pour éviter les persécutions. On en fait la comédie et la poésie pastorale. C'est bien si l'on entend par là la comédie sociale, celle qui se joue dans le monde, non sur la scène.
-ERATO n'a pas d'attributs, alors on en fait la Muse de la poésie erotique. Pourquoi ?
-EUTERPE tient une flûte ; on en fait la Muse de la poésie lyrique, alors que c'est évidemment de la musique qu'il s'agit.
-POLYMNIE a une attitude méditative ; elle s'appuie sur un rocher, le menton posé sur son bras nu (on en a fait la Muse des Hymnes).
-CALLIOPE tient un style et des tablettes : c'est l'écriture. On en fait la poésie lyrique.
-TERPSYCHORE tient une lyre et un plectrum, elle est ceinte de lauriers, elle chante la victoire. On en fait la Muse des chœurs, quelquefois de la danse.
-URANIE, armée d'une baguette, suit sur un globe la course des astres. C'est l'astronomie.
-MELPÔMÈNE, chaussée de cothurnes, vêtue d'une longue robe, médite comme Polymnie. On en fait la Muse de la Tragédie, alors que c'est bien plutôt la royauté, l'autorité morale qu'elle représente.
Donc, on donne à toutes les Muses des attributs qui représentent l'état intellectuel de la Grèce du VIème au IVème siècle. Voilà une date et une lumière.
Que cela nous serve de clef pour comprendre ce que nous allons avoir à dire des Livres écrits dans les divers pays et de leurs auteurs.
On ne pourrait trop prémunir le lecteur contre l'enseignement classique qui ne nous donne jamais que la dernière forme des ouvrages antiques, celle qui a été la plus défigurée par les altérations successives.

LA RÉVÉLATION
Toutes les traditions nous disent que les Livres sacrés ont été écrits « du doigt de Dieu ». Donc, Dieu écrivait avant l'homme, mais « Dieu », c'est la Déesse d'abord ; c'est donc à la Femme primitive qu'il faut faire remonter la composition des premiers poèmes qui expliquaient la Nature.
Diodore de Sicile dit : « Les Muses ont reçu le don de l'invention des lettres ».
Chaque peuple a vu dans ses Écritures Sacrées le rayonnement de la pensée divine. Par la Femme Déesse, la Vérité se répandit sur la Terre. L'Ecriture Divine, c'est l'Ecriture féminine.
C'est par le voile jeté sur toutes les manifestations de l'Esprit féminin qu'on a obscurci l'intelligence des religions.
Comment comprendre ce que fut la « Révélation » (1), si on nie ou méconnaît le révélateur ?
Les sectateurs de toutes les religions sont convaincus que la leur est absolue et remonte à la jeunesse de l'humanité ; ils n'y mêlent pas l'idée d'évolution, de tâtonnement, de perfectionnement. C'est la « Vérité » simple et entière, dite « une fois ». Et ils accordent une confiance absolue à la parole qu'a manifestée « l'Esprit féminin », exempt d'erreurs ; donc, celui qui y croit est exempt de doute.
C'est du cœur de l'homme qu'est sorti le sentiment religieux, et c'est de l'Esprit de la Femme que sont sorties les Écritures sacrées, comme en sont sorties toutes les institutions primitives.
La Femme, c'est la « réalité suprême », l'être ignoré, mais certain, compris seulement par les hommes d'un esprit élevé, pressenti par le vulgaire, nié par les sceptiques qui sont des inférieurs, outragé par les fous.
Nous possédons aujourd'hui les « Livres » de toutes les religions (tout au moins, ce qu'il en reste) ; nous connaissons la loi morale formulée par les Femmes des diverses nations, mais non écrite d'abord.
Et si nous cherchons à nous rendre compte de la forme de la littérature orale du monde primitif, qui s'interpose entre la création de la langue et l'origine des livres écrits, nous reconnaissons qu'il y règne une simplicité grandiose, en même temps qu'une science surprenante. Le mythe est l'histoire des temps antérieurs à l'écriture, celle que la tradition orale a roulée à travers les âges.
« On peut dire que la littérature non écrite de chaque race est ce qu'elle a produit de plus parfait ; les compositions réfléchies et littéraires (postérieures) n'égalent jamais les éclosions littéraires spontanées et anonymes ». (Renan, Le peuple d'Israël, livre I, page 305).
Les religions nous parlent toutes de la « première Révélation ». Cette affirmation a été l'origine d'interminables discussions, qui durent encore, et ne pourront cesser que lorsque l'histoire de l'évolution de l'idée divine sera connue et bien comprise.
Comment, en effet, comprendre la Révélation, cette parole de vérité donnée par « une voix » à l'homme, si l'on confond la divinité toujours humaine et vivante au milieu des hommes, à l'origine des sociétés, avec le Dieu moderne fondu dans le Principe cosmique qui règne dans l'Univers et n'a jamais parlé à qui que ce soit ?
Pour discuter la possibilité de la Révélation, il faut d'abord connaître la personne divine qui donna aux hommes cet enseignement primitif des lois de la Nature ; il faut ensuite savoir en quoi consistait cet enseignement. Quand ces deux questions seront bien comprises, on verra qu'il n'y avait rien de contraire à l'ordre général de la Nature dans la Révélation à laquelle croyaient les anciens, qu'il n'y avait, au contraire, que l'expression d'une loi psychique : la Pensée féminine communiquée à l'homme.
A la Femme revient l'honneur d'avoir formé nos idées primitives, nos croyances fondamentales. Révélatrice des lois de la Nature dont la connaissance s'imposa à son esprit, Elle fut, par cela même, la fondatrice de la première science humaine, base de la Religion naturelle, première, unique et éternelle, car rien ne l'a remplacée.
La Révélation primitive est la parole de la Femme donnée à l'homme. La Vérité révélée par Elle est la lumière qui éclaire, élève, vivifie, qui crée le sentiment religieux ; c'est le splendide soleil qui illumine le désert de la vie masculine, car l'esprit de l'homme n'a pas d'initiative, c'est une terre fertilisable, mais sur laquelle pèsent d'éternelles ténèbres s'il est laissé à lui-même. Si cette terre est fécondée par l'Esprit féminin, elle peut voir germer une magnifique moisson de sublimes pensées, de sentiments profonds, de louables actions, mais l'homme laissé à sa solitude est néant.
Lamennais, de Bonald, Eckstein, Frédéric de Schlegel, la plupart de ceux qui ont écrit sur la Religion, affirment la nécessité d'une révélation primitive, parce qu'ils trouvent que ce n'est pas dans l'homme qu'est la lumière, et ils la cherchent en dehors du monde ; ils créent un Dieu qu'ils mettent au-dessus d'eux pour avoir un Être à qui ils puissent rendre hommage sans s'humilier, car ces religieux sont de grands orgueilleux, un Être qu'ils font mâle pour ne pas avouer que c'est la Femme qui mérite le culte et les hommages qu'on lui rend, que c'est Elle qui s'éleva si haut au-dessus de l'homme. Et une fois enfoncés dans ce système, ils ne peuvent plus en sortir. Comment définir cette révélation divine ? comment l'expliquer ? C'est alors que naissent les discussions, les chicanes d'hommes à hommes ; les uns l'affirment dans son expression la plus ridicule, la plus grossière, les autres la nient, d'autres l'expliquent, mais pas un ne signale la cause du malentendu : l'orgueil de l'homme.
Toutes ces luttes, toutes ces chicanes, toutes ces injures qui ont rempli la vie des théologiens et des savants, sont la juste punition que se sont infligée à eux-mêmes ceux qui n'ont pas voulu reconnaître le vrai rôle de la Femme, la grandeur de son inspiration, et lui ont refusé ce premier hommage que la Religion naturelle impose : la Foi.
La foi, c'est la confiance dans le décret de l'Esprit féminin ; la mauvaise foi, c'est l'affirmation du décret opposé à cet Esprit.
Pas de vie sociale et morale sans la foi en la parole de Vérité !
La révélation ne fut pas une clarté brève, passagère ; ce fut la lumière de toute la jeunesse humaine, qui l'illumina pendant toute sa vie, qui donna un sens à ses actes, une direction à ses pensées. L'amour fut, pour l'homme jeune, l'initiation à la connaissance de l'Univers et de ses lois, « son union sublime avec la sublime essence ».
La Vérité ainsi dévoilée reste intacte tant que règne la divinité féminine, mais, lorsque arrive la persécution et la dispersion des féministes, l'enseignement ne peut plus être donné. Alors, chaque tribu, chaque famille, chaque femme emporte avec elle la Vérité proscrite. Et alors, sous des influences diverses, ces vérités ne tardent pas à s'altérer. Cependant, malgré les travestissements plus ou moins grotesques de cette primitive révélation, on la retrouve chez tous les peuples, même chez les plus sauvages ; les dogmes primitifs ont partout laissé leur empreinte. Et leur altération a fait naître dans tous les pays l'espoir d'une renaissance scientifique, la venue d'une nouvelle Dêvâ libérant le genre humain de ses erreurs...
(1) Le mot révélation, bien qu'impropre ici, est utilisé parce que c'est le mot consacré par les religions, mais ce mot a une signification contraire à celle qu'on suppose. En effet, il veut dire re-voiler et n'a été employé que par les Hermès (voir article sur l'Égypte)  qui ont caché la science, qui l'ont voilée, puis re-voilée sous de nouveaux symboles, et c'est alors qu'ils l'ont imposée au peuple. Le mot propre, que nous devrions employer, est dévoiler, ainsi que le font les Théosophes qui disent « la Science dévoilée », « Isis dévoilée », mais alors le public habitué aux luttes théologiques ne nous comprendrait plus.

RÉACTION : LA RÉVÉLATION SUIVANT BÉROSE (1)
Le prêtre Bérose, en voulant expliquer les Origines, c'est-à-dire les conceptions de l'Esprit féminin, qu'il ne comprenait pas, leur donna une forme absurde. De ce qui était expliqué naturellement, il fit un surnaturel fantastique. Du reste, il fait de la Femme une sorte de monstre, pendant qu'il met sur le trône de la Divinité Bel, le Dieu de la guerre. C'est dire que cette histoire fut écrite pendant les luttes de sexes, en pleine décadence de la religion primitive, et par un prêtre qui cherchait surtout à flatter Alexandre qui voulait renverser le vieux monde. Nous ne reproduirons pas sa version de la Genèse ; elle est grotesque, mais voici, comme document curieux, ce qu'il dit de la Révélation primitive. Pour en comprendre le sens, il faut savoir que c'est la Femme qui est cette révélatrice dont il va parler :
« Dans la première année du monde apparut, sortant de la mer Erythrée, un animal doué de raison, qu'on appelle Oannès ; ce monstre avait tout le corps d'un poisson, une seconde tête qui était celle d'un homme, des pieds d'homme sortant de sa queue, et une parole humaine. L'animal en question passait toute la journée au milieu des hommes, sans prendre aucune nourriture, leur enseignait les lettres, les sciences et les principes de tous les arts, les règles de la fondation des villes, de la construction des temples, de la mesure et de la délimitation des terres, les semailles, les moissons, enfin l'ensemble de ce qui adoucit les moeurs et constitue la civilisation, de telle façon que, depuis lors, personne n'a plus rien inventé de nouveau. Puis, au coucher du soleil, ce monstrueux Oannès rentrait dans la mer et passait la nuit au milieu de l'immensité des flots, car il était amphibie. Par la suite, il parut encore d'autres animaux semblables (2).
« Oannès écrivit sur l'origine des choses et les règles de la civilisation un livre qu'il remit aux hommes ».
Oannès devint le terrible Aun, puis Ana, puis Anne, nom qui reste comme étant celui de la Mère primitive.
Bérose donne une énumération des rois antérieurs au déluge tout aussi fantaisiste ; ce qui le prouve, c'est la durée de leur règne. Il y en a un, Alorus, qui règne 36.000 ans.
(M. Oppert a montré que ces chiffres ne signifient pas ce qu'on leur attribue.)
Si nous mentionnons cette énumération, c'est parce que sous un de ces rois apparaît un second Oannès, une seconde Femme monstre, c'est-à-dire expliquant les Lois de la nature. C'est sous le roi Amménon de Pantibilla. Sous le règne de son successeur Davonus, on vit encore sur la terre quatre êtres de ce genre, le genre monstre, la Femme-Esprit.
Sous le monarque suivant, Edoranchus, en apparaît encore un. Tous ces Êtres, dit Apollodore qui reproduit les fragments de Bérose, exposèrent en détail et chapitre à chapitre les choses qu'Oannès avait révélées sommairement. Il y eut donc six manifestations, ou Théophanies, de l'Esprit féminin.
Des noms leur ont été donnés par deux auteurs ; l'un est Apollodore, l'autre Abydène. Apollodore a appelé les sept premières révélatrices :
Annédota 1ère, 2ème, etc.. et la septième Odakos (3)
Abydène les appelle :
1. Oannès.
2. (Point de nom spécial).
3. Eudokos.
4. Eneuganos.
5. Eneuboulos.
6. Anementos.
7. Anodaphos.
Le déluge a été représenté par « la descente d'Istar aux Enfers », c'est-à-dire dans le monde de la douleur.
Les eaux du déluge symbolisent l'Enfer sous une autre forme. C'est pour cela qu'on fait de la Déesse un être amphibie, passant la moitié de sa vie dans l'Enfer, ou dans l'eau, et l'autre moitié sur la Terre.
Le déluge tient une grande place dans les traditions phéniciennes. Un déluge, c'est, dans le symbolisme, une persécution, parce que l'eau (symbole de l'ignorance) éteint le feu de l'esprit.
Ce sont les prêtres de Bal qui ont déchaîné le déluge phénicien, c'est-à-dire la grande persécution contre la science de la Déesse.
C'est pendant cette époque que Dercéto est ridiculisée sous le nom d'Astaroth, que l'on trouve à chaque instant dans la Bible, car l'histoire des Phéniciens et celle des Hébreux sont souvent mêlées.
Les Phéniciens parlaient la même langue que les Sémites et, comme eux, vivaient sous un gouvernement gynécocratique.
C'est à cause de la couleur phénicienne appelée ponceau, que la pourpre a été l'emblème de la souveraineté féminine. Un oiseau rouge, le Phénix, du nom même des Phéniciens, était l'emblème du parti gynécocratique (4). En même temps, la Yoni prenait la forme de la fleur de violette et était consacrée à Junon.
« Les Phéniciens, adorateurs de la faculté féminine, dit Fabre d'Olivet, étaient appelés les rouges, par opposition aux sectateurs masculins qui étaient les blancs, tels les Argiens, les Albains ».
C'est à la faveur de ces noms traduits dans diverses langues, dans les temps anciens, qu'on peut se rendre compte de la lutte des féministes et des masculinistes dans les diverses contrées de l'Asie et de l'Europe. Les Phéniciens furent, plus tard, divisés en un grand nombre de sectes.
Ils sont souvent appelés Philistins ou Pharusiens, nom d'une de leurs sectes.
Tous ces noms sont utiles à connaître pour se faire une idée exacte des luttes qui remplissent toute l'antiquité et qui n'ont jamais d'autre motif que le déplacement de la Femme par l'homme qui usurpe son trône et ses fonctions.
(1) F. Lenormand, Essai de Commentaires des Fragments de Bérose.
(2) M. Leblois fait remarquer que le terme que Lenormand traduit par animal signifie proprement être vivant.
(3) La racine Ana, en grec, vient du phénicien et signifie origine, ce qui vient du temps éloigné et s'est étendu (la Mère).
Anagnostès (de ana et gnômai) voulait dire connaître. Anagogia, Anagogikès (d'ana, préfixe, et agein, conduire) indiquait le gouvernement féminin, la gynécocratie.
Anagramma était celle qui, la première, a écrit (de ana et gramma, lettre).
Du nom de la première révélatrice Annédota, on a fait le mot Anekdotos (histoire non écrite) (an, privatif, et ek, de, didomi, donner).
Plus tard, de ces apparitions de femmes qui venaient donner la parole de vie, sont venus les mots date, data, pluriel neutre de datus, participe passé passif de dare (choses données à époques fixées).
Les choses données étaient l'Histoire sacrée, Hiéros (sacré). De ces deux mots réunis, Hièra data, choses sacrées données, l'on fit par la suite un nom, Hérodote.
(4) On a vainement cherché le mollusque appelé Murex qui, disait-on, produisait la pourpre de Phénicie. C'est qu'on avait fait une légende, confondant l'emblème moral avec le produit de teinture qui aurait été spécial au pays. 

LES GRANDS LIVRES SACRÉS DE L'ANTIQUITÉ ÉCRITS PAR DES FEMMES
Les Livres sacrés sont les grands monuments scientifiques et historiques de l'antiquité.
Les hommes qui ont écrit l'histoire des religions ont toujours fait remonter les connaissances primitives à une puissance surhumaine, c'est-à-dire au-dessus de leur nature masculine.
Cette puissance révélatrice que les théologiens, plus tard, attribueront à la parole d'un Dieu mystérieux, c'est l'Esprit féminin incarné dans les Grandes Déesses qui ont érigé le monument grandiose de la pensée divine qu'on appelle la science primitive.
Par la Déesse, la Vérité brilla et se répandit sur la terre ; longtemps vivante, longtemps féconde, elle déposa dans le cœur et dans l'esprit des générations successives les connaissances qui furent l'origine de toutes les grandeurs de l'humanité.
La pensée primitive de la Grande Déesse atteignit une splendeur incomparable ; elle sonda les mystères de l'Univers, de la vie, des évolutions, et celui, si important, des sexes.
Ce qui prouve la féminité des antiques révélations, c'est que la science des premiers temps n'est pas analytique comme celle des savants modernes, elle est synthétique comme celle qui émane de l'Esprit féminin ; elle établit des lois, donne des idées générales trouvées par l'intuition (qui est la faculté divine) et les formule avec la précision et l'audace de la certitude.
Les procédés de l'Esprit féminin sont si différents de ceux de l'esprit masculin que les hommes n'ont pu expliquer la science primitive qu'en y introduisant le surnaturel.

LES SIBYLLES
Les grandes femmes qui avaient écrit les Livres sacrés étaient considérées comme les hypostases ou incarnations divines (C'est de cela qu'on a fait les incarnations de Vishnou) ; Elles étaient douées du « Verbe Divin », le Logos (la raison divine manifestée par le discours).
De la « Hadad » des Phéniciens, on avait fait « Hagios ». qui veut dire saint et, en y ajoutant « logos » (legein), on fit Hagio-logie, expression de la raison pure. Ces femmes étaient considérées comme ayant la divina notio (notion divine), d'où le mot « divination », qui change de signification quand leurs facultés intuitives deviennent, pour les hommes, un état merveilleux qui dépasse les limites de leur propre mentalité.
La science des grandes Déesses était enseignée par les Sibylles, qui y ajoutaient leurs commentaires.
« La Sibylle prophétisait par une vertu qui lui était propre, et l'oracle s'exhalait du sein de la Pythie comme l'odeur s'échappe de la plante » dit M. Baissac. Mais, pour comprendre ceci, il faut savoir que le mot « pharaï » (parler), dont on fait prophète (celui qui parle), a la même signification que le mot logos. Ce sont les discours et les sentences des Sibylles qui sont désignés par le mot logos.
Ce sont elles qui représentent la raison et l'intelligence, elles qui chantent la Nature dont elles expliquent les phénomènes.
Ce sont elles aussi qui, dans les moments de luttes et de désordre, osèrent élever la voix pour raconter les méfaits des hommes, flétrir leurs vices et leur despotisme, combattre leurs erreurs et réclamer la justice.
On les considérait comme de grandes inspirées parce qu'elles parlaient suivant l'inspiration de leur intuition féminine. C'étaient de vraies femmes, des femmes fortes ne craignant ni la raillerie, ni la colère des hommes. Elles avaient une grande autorité dans le monde grec ; leurs prédications étaient écoutées avec le plus grand respect, leurs livres considérés comme sacrés.
La plupart des noms de ces grandes femmes ne sont pas arrivés jusqu'à nous. Les unes ont été tout à fait livrées à l'oubli, d'autres nous sont présentées sous une forme allégorique, beaucoup ont été masculinisées quand les historiens ont écrit l'histoire pour glorifier leur sexe.
Parmi les noms qui couvrent des symboles (lesquels avaient eux-mêmes couvert d'anciennes femmes), Fabre d'Olivet cite le poète Linus, qu'on regardait comme l'auteur de tous les chants mélancoliques du monde ancien, et qui n'est autre chose que la poésie lunaire (quand la lune devient le symbole de la Femme), détachée de la doctrine d'OEtolinos. Après cela, on comprend l'histoire qui nous raconte que Linus est tué par Hercule.
Le poète Amphion, dont les chants étaient puissants, dit Fabre d'Olivet, n'est autre chose que la poésie orthodoxe solaire (quand le soleil représente encore l'esprit féminin). Le nom d'Amphion signifie la croix orthodoxe ou nationale de la Grèce, (du phénicien am, une nation Mère, une métropole, une bouche, une voix, et yon, un des noms de la Grèce, l'Ionie ; de Yoni, emblème féminin). C'est de là que les Grecs ont tiré « une voix mère », c'est-à-dire légale, sur laquelle tout doit se régler (la voix de la Mère).
Thamyris est aussi un nom symbolique ; il signifie « la lumière jumelle des Dieux », du phénicien tham, jumelle, aur, lumière, et ish, être.
Fabricius porte à 70 le nombre des poètes allégoriques qui ont précédé Homère.
Nous avons tout lieu de croire que ces noms, devenus des allégories, représentaient les premières Sibylles.
Les oracles, paroles divines, furent donc, au début, spécialement féminins ; mais les hommes plus tard voulurent les imiter. Ils commencèrent d'abord par se faire l'écho des paroles sibyllines, le porte-parole de la Femme.
Le législateur de Sparte puise sa force, dit-on, dans la parole d'une Sibylle ; celui de Rome est inspiré par la nymphe Egérie.
Si nous supprimons la Femme et son influence des sociétés antiques, nous supprimons tout ce qu'elles avaient d'intellectuel, nous supprimons surtout la hardiesse de l'initiative des choses de l'Esprit, car c'est timidement que l'homme s'en mêle ; il se méfie de lui, il n'ose pas d'abord. L'audace lui viendra avec l'inconscience de ses actes.
Les prêtres catholiques, pour donner plus de force à leurs affirmations, firent prédire leur doctrine et la légende de leur fondateur par les Sibylles de l'antiquité. Dans un livre intitulé Chronologie Collée, on nous représente les portraits de douze Sibylles tirés de médailles antiques, avec l'abrégé des prédictions qu'on met dans leur bouche pour donner de l'autorité à ce qu'avançaient les hommes. Et le même ouvrage, publié en 1622, ajoute : « Les Sibylles qui n'ont pas prophétisé sur le Messie sont :
Colophonie, nommée Lampusia.
Cassandra, fille de Priam.
Epirotique, fille de Thesprotie.
Manta, fille de Tirésias.
Carmenta, mère d'Evandre.
Fauna, sœur de Faunus.
Elissa. »
Voilà des noms que nous enregistrons.

LES RÉVÉLATRICES
La tradition antique personnifia toujours la science et les lettres par neuf femmes qui furent les neuf grandes Révélatrices. Les sociétés secrètes, qui continuent les Mystères antiques, ont gardé fidèlement le souvenir de ces grandes Déesses qu'elles symbolisent par neuf sœurs.
Quelles étaient en réalité ces neuf Déesses ?
Les voici : 
1- TOTH en Egypte, auteure des 42 livres sacrés.
2- SARASVATI aux Indes, auteure du Véda.
3- YAO en Chine, auteure des King.
4- La VOLUSPA chez les Celtes, auteure de l'Edda.
5- DERCÉTO, surnommée ISTAR ou ASTARTHÉ, en Phénicie, auteure de la Cosmogonie Phénicienne.
6- L'auteure anonyme de l'Avesta en Perse, probablement appelée ARIANE ou ARIADNE.
7- KRISHNA aux Indes, auteure de la Bhagavad Gitâ.
8- HEMOERA en Grèce, auteure des livres attribués à Homère.
9- MYRIAM HATHOR en Egypte, auteure du Sépher qui servit à faire le premier livre du Pentateuque, la Genèse biblique.
Nous allons, tout au long des articles de ce blog, passer en revue l'oeuvre de ces grandes femmes dont plusieurs ont été supprimées de l'Histoire ou ont été masculinisées.

DES TABLETTES DÉCHIFFRÉES
M. Stephen Langdon, qui était professeur d'Assyriologie à l'Université d'Oxford, et peut-être le plus expert des lecteurs de textes religieux sumériens à l'époque, a édité et expliqué, dans l'ouvrage intitulé Sumerian Epics, etc., une tablette importante ramassée autrefois dans les fouilles de Niffer, nommée également Nippur, Nippour ou Niffar (le P n'existant pas en arabe) et conservée précieusement au Musée de Philadelphie.
Il ne s'agit en effet de rien moins que d'un résumé, selon la tradition de Niffer, de l'histoire du premier âge de l'homme : gains considérables de notions, qui viennent s'ajouter à celles que nous avions déjà par le fait de précédentes découvertes sumer-accadiennes.
Comparé avec les traditions hébraïques, le nouveau document présente une variante des plus curieuses, celle d'une autre ordonnance des faits. Le document est intitulé : Le relèvement de l'homme déchu

Le relèvement de l'homme déchu
Sous le sceptre de la Déesse Nin-ella (qui est certainement la Nehal-Ennia des Celtes), les hommes coulent les jours les plus heureux. (Description de l'âge d'or.) La Déesse Nin-Tud, qui avait créé notre race, est avertie de la chute de l'homme (dans le péché), qui va être suivie d'un cataclysme, un déluge (ce qui signifie révolte et persécution).
Une fatalité s'attache à la plante Kasû ; sur l'heure, l'homme y porte la main. La Déesse s'écrie éplorée : Il ne verra plus la face de la vie jusqu'à ce qu'il meure, c'est-à-dire il ne connaîtra plus le bien-être jusqu'à sa mort. La déchéance de l'homme, par le fait matériel d'avoir consommé le fruit fatal, est réparable seulement par l'intervention des Divinités Créatrices.
La Déesse Nin-Harsag se lamente amèrement sur ces événements ; elle s'écrie : Quel profit pour moi d'avoir créé des enfants ? Les Déesses se concertent pour remédier au triste état de choses, non qu'elles puissent ramener la nature humaine à son premier état, mais parce qu'elles veulent en adoucir les épreuves par le secours d'êtres supérieurs. La Déesse semble consoler l'homme et s'excuser elle-même de l'avoir fait si défectueux : « Mon frère, en quoi souffres-tu ? » dit-elle.
Et il répond, énumérant huit souffrances qui vont accabler l'homme. Ce sont autant de maux physiques qui réclament autant de remèdes, qui sont présentés par la Déesse Nin-Harsag (1).
Et alors on institue huit Déesses pour veiller sur lui :
1. Abu, règne sur les pâturages ;
2. Nin-tulla ;
3. Nin-ka-utud ;
4. Nin-Ka ;
5. Nazid ;
6. Dazima ;
7. Nin-til, la Dame des mois ;
8. Ensagné.
Ce document, abrègé ici, a été lu à l'Académie des Inscriptions, par le P. Scheil, le 24 décembre 1915. Le compte rendu en a été publié dans le Bulletin.
(1) Nin fera Nina dans les langues modernes. Les masculinistes en feront Ninus. Chez les Celtes, la grande Déesse s'appelle Nehal-Ennia.

L'HISTOIRE DE « L'AGE D'OR » INSCRITE DANS LES TEMPLES
Les palais et les temples de l'ancien régime (gynécocratie) étaient évidemment construits à la gloire des Déesses. C'est là qu'on inscrivait les actes de ces grandes Femmes, les Aïeules (ou, plus exactement, les anciennes), leur gloire, leurs luttes, leurs triomphes, leurs légendes rendues sacrées par de longs souvenirs.
C'est l'origine du culte des ancêtres.
En Amérique, tous les grands monuments avaient été faits par les anciens Toltèques, et la gloire des anciennes héroïnes se lisait en hiéroglyphes sur les murs des temples.
Diodore de Sicile dit qu'Isis fit construire des temples tout en or, et que Sémiramis fit construire les merveilleux palais de Babylone.
L'histoire fabuleuse d'Isis que nous raconte Hérodote était copiée des temples.
Dans les temples Kaldéens, comme dans tous les temples du monde, les légendes inscrites étaient celles des âges primitifs et les mystères de Babylone étaient ceux des autres nations.
Toute l'histoire de Sémiramis a été trouvée sur des inscriptions.
C'est ainsi que nous savons que c'est elle qui a fait construire Babylone.
Alexandre trouva chez les Scythes son nom sur une inscription qui rappelait ses grands travaux.
De la Syrie à Babylone, on trouve une chaîne de noms divins féminins, qui dénotent une même Religion naturelle. On trouve d'abord la ville syrienne de Bambyce, avec la Déesse Atergatis (Derceto), (que les masculinistes représenteront avec une queue de poisson comme Sémiramis) ; puis Charroe, que l'on adorait à Méni. Puis Mygdonie (Myg-don, de Magd-bourg). Cette Déeses est appelée Anthémusie par les Grecs.
Dans l'Inde, tout ce qui avait été fait de merveilleux dans la vie des primitives familles féministes était inscrit sur les murs des temples : les sources qu'elles avaient fait jaillir, les rochers qu'elles avaient fendus, portent des inscriptions qui attestent cette origine matriarcale.
Chez les Grecs, Phidias a écrit sur les marbres du Parthénon toute l'histoire de Minerve qui, dans des temps fort reculés, avait fondé Athènes.
Cette coutume devait être copiée par des hommes qui, plus tard, s'attribueraient les mérites des femmes.
C'est ainsi que nous savons qu'on mit à la gloire de l'homme,, représenté par Osiris, tous les exploits de Seth.
Diodore de Sicile a copié sur les murs des temples égyptiens l'inscription suivante : « Je suis Osiris, roi ; j'ai parcouru tout l'univers jusqu'aux extrémités des déserts de l'Inde,et ensuite d'autres parties du monde, jusqu'à l'Océan, jusqu'aux sources de l'Ister (1), j'ai visité toutes les nations pour leur apprendre tout ce dont je suis l'inventeur ».
(1) L'Ister est au pays des Celtes, d'après Hérodote.

LE SYMBOLISME DES NOMBRES
On a dit du « mystère des nombres » qu'il renferme les moyens d'opération des forces secrètes de la Nature, et que d'abord l'ellipse, la parabole et l'hyperbole trouvent leur synthèse dans l'ovoïde, en forme d’œuf. Tout le monde sait que l’œuf était un symbole sacré dans tous les Mystères de l'antiquité, parce qu'il représente l'action maternelle, donc le commencement de la vie, la virtualité, l'existence potentielle, le commencement de toute échelle numérique. (Existence en état de possibilité, comme la semence d'un arbre.) Il est représenté dans les chiffres par le zéro, qui, dans l'ancien système de numération des Kaldéens, commençait les nombres.
Le zéro est un cercle sans centre (1) : en hébreu, Kether, « la couronne ».
Le nom divin de Kether est Eheieh : « Je suis », c'est-à-dire le principe de l'existence même. C'est le caché des cachés. Comme symbole, c'est le cercle placé au-dessus de la tête pour représenter la lumière de l'esprit qui monte, cercle lumineux, dont on fera la couronne des saintes.
Un poème admis dans la liturgie hébraïque est intitulé : La Couronne royale. C'est la lumière sacrée, Kether, qui engendre la sagesse, Hokmah, et l'intelligence, Binah.
La sagesse et l'intelligence sont en équilibre, comme les deux plateaux d'une balance ; c'est la couronne suspendue par les mains de l'Absolu au-dessus de l'univers, comme la formule de toute existence.
Deux idées sont à dégager de ce symbolisme. L’œuf, qui vient de la Mère, commence toute vie. En même temps, par l'ascension de l'esprit qu'il opère, il crée dans son cerveau l'immutabilité, qualité de l'unité.
C'est pour indiquer cela que le zéro ne peut pas admettre la faculté d'addition, il est la cime et la couronne. Il n'est susceptible ni de doute ni d'incertitude, tandis que la qualité masculine peut former l'eidolon (idole, en grec), la duplicité ou l'image (l'imagination).
La couronne restera une espèce de coiffure portée par des souverains, des empereurs, des nobles, etc. ; sa forme a varié, mais sa représentation la plus ancienne est un cercle. Du métal dont elle était faite sortaient ordinairement des rayons en forme de pointe. C'est l'hiéroglyphe du soleil rayonnant, car, tandis que les êtres divins, sur cette planète, touchent la terre avec leurs pieds, leurs têtes sont dirigées vers le ciel où brillent le soleil et les étoiles. Ainsi la couronne qui entoure la tête des souverains est le symbole du pouvoir de rayonnement des êtres terrestres.
Les figures géométriques, représentant les nombres extériorisés, ont une signification symbolique :
0 - Zéro, l’œuf du monde, le sexe féminin.
1 - L'être divin, considéré dans son unité.
2 - L'homme à genoux devant l'être divin.
3 - L'enfant.
4 - La femme assise, le siège (saint-siège, chaise curule), l'inactivité.
5 - Le mouvement, la marche, la course.
6 - Le pôle sexuel.
7 - L'esprit qui monte (les étoiles, le septénaire).
8 - Éternité, lien éternel.
9 - Le pôle spirituel.
La signification du chiffre 2 nous explique pourquoi, dans toutes les religions, on a gardé l'habitude de s'agenouiller devant la Divinité.
Le symbolisme des nombres est considéré comme base des opérations de multiplication et de division.
La table de multiplication, dite de Pythagore, a été empruntée aux Chaldéens.
Les chiffres dits « arabes » ont été apportés d'Espagne à une époque où on appelait « arabe » tout ce qui en venait. Mais nos chiffres ne sont pas ceux des Arabes, qui en avaient d'autres. On les a attribués à Pythagore et ils en ont même porté le nom, parce qu'on mettait sous ce nom tout ce qui était très ancien.
Les chiffres servant à expliquer les mystères restèrent longtemps secrets.
(1) Zéro vient, dit-on, du mot céfra, qu'on a d'abord attribué à ce caractère d'après l'arabe « sifr » (vide, rien, néant).
On dit aussi que le zéro a été introduit dans le système de l'abacus sous le nom de « sipos » avant de prendre le nom de « cifra », et que l'étymologie de sipos est selon l'hébreu « psiphus » (jeton à compter, rond, cercle), ou selon le grec « psephos » qui a la même signification.

LE SYSTÈME DUODÉCIMAL ET LE SYSTÈME DECIMAL
Dans le système duodécimal, l'unité divine est représentée par le chiffre 1 et la dualité masculine par le chiffre 2. On réunissait ces deux chiffres 1 et 2 pour symboliser l'Union qui est la base même de la société, et cela faisait le nombre 12.
C'est là l'origine du système duodécimal qui fut généralisé dans les temps anciens et appliqué à la division de l'année, des heures du jour, des signes du zodiaque, des achats à la douzaine, etc.
« Cette application du nombre 1-2 à l'Univers n'était point une invention des Pythagoriciens, elle était commune aux Chaldéens, aux Egyptiens, de qui ils l'avaient reçue, et aux principaux peuples de la terre ; elle avait donné lieu à l'institution du zodiaque dont la division en douze astérismes a été trouvée partout existante de temps immémorial » (Fabre d'Olivet).
Mais le symbolisme des nombres fut profané, comme tout ce qui était secret, et les hommes instituèrent un autre système en donnant aux chiffres d'autres significations.
Ils firent de 1 le symbole mâle et de 0, qui précède la numération, le symbole féminin. Et alors leur union fut 10, que l'on prit pour base du système décimal, qui remplaça le système duodécimal primitif, quand l'homme prit la direction du monde.
Dans ce système, la femme fut représentée par un signe qui signifie rien, et mise après celui qui représente l'homme. Elle fut, dès lors, personne, après avoir été les trois personnes formant la triade sacrée, les Avasthases divines.
Dans la numération du système duodécimal, les chiffres sont précédés d'un point, qui indique rien. C'est, pour cela que l'on dit encore chez les peuples qui ont conservé l'ancienne tradition : Je n'ai point, pour je n'ai pas.

ORIGINE DU SYMBOLISME DE L'OURS
Chez les peuples du Nord, l'homme bestial est comparé à l'Ours.
Le mot « barbare » ou « berber » (de baer-bor) signifiait chez les Boréens ceux qui portent l'ours, les hommes chasseurs, les insociables, doués d'une grande force musculaire.
Par extension, on arriva à appeler ces hommes des ours, ce qui voulait dire des gens non policés, vivant entre eux, loin des autres, et ne sachant pas se conduire dans la société des femmes (1).
Cette épithète, d'abord mal prise, fut plus tard acceptée, et l'homme par réaction s'en para, comme d'un titre glorieux.
Dans le blason armorial commun des temps primitifs, l'ours figurait, et son nom bor (ours dans les langues Scandinaves) devint la racine du mot Boréen.
Quand vint la grande lutte de l'homme contre la Femme, c'est l'Ours, l'homme barbare, qui devint le lumineux ; l'homme se déifia et se fit si grand qu'il se compara au soleil.
On retrouve l'ours comme symbole archaïque d'Ouranos (Uranus), l'éjaculateur, le projecteur de lumière.
C'est à ce moment que les constellations astrales du nord furent appelées des ourses : la grande et la petite.
Dans l'écriture primitive, la lettre R est le signe du mouvement, c'est l'emblème de l'homme ; la lettre S est le signe de l'Esprit, c'est l'emblème de la Femme. Ces signes ont la forme d'un chariot. Le signe féminin représentait le grand chariot, la grande lumière ; le signe masculin représentait la petite lumière, le petit chariot.
Plus tard, l'homme donna son emblème : l'ourse aux deux chariots, supprimant l'emblème féminin, car l'homme ne partage pas, il prend tout.
Par la suite, les idées et les symboles des peuples méridionaux arrivèrent jusque chez les Boréens ; alors ceux-ci adoptèrent les idées régnantes qui divisaient le monde en lunaires et solaires. Ils firent de leur petit chariot le symbole des lunaires, et de leur grand chariot le symbole des solaires.
Mais, avant de connaître les luttes des autres peuples, ils avaient soutenu les mêmes disputes et avaient aussi pris des emblèmes astronomiques.
L'aurore boréale fut aussi regardée par les hommes comme un symbole de lumière masculine. 
Mais on ne détruit pas ainsi toutes les anciennes idées, basées sur les lois de la nature, par des imputations contraires. Si le mensonge a des partisans, la vérité en a aussi. On vit, à la suite de ce renversement des sexes, tout le monde septentrional se diviser en deux camps : les Tour-an (Bers cheminant) qui étaient les masculinistes qui suivaient l'Ours, et les Ku-an, les féministes qui ne suivaient pas l'ours (les Bers sédentaires ou Barons), les nobles.
(1) « La ville de Berne, de temps immémorial, entretient des ours ; on raconte, pour expliquer cet usage, l'histoire d'un grand ours tué au IXème siècle près de Berne par un chasseur dont on dit même le nom. Cette histoire, comme beaucoup de fables antiques, a été inventée de toutes pièces pour expliquer à la fois le nom de Berne (Ours, en allemand, se dit Bàr) et le respect traditionnel des Bernois pour les ours. En réalité, la cause de cette sorte d'alliance est bien plus ancienne ; la preuve en a été faite de notre temps. Tout près de Berne, on a découvert un groupe en bronze, datant du Ier ou du IIème siècle de l'ère chrétienne, qui représente un ours de très grande taille s' approchant, comme pour lui rendre hommage, d'une déesse assise ; l'inscription gravée sur la base du bronze nous apprend que c'est une offrande pieuse, un ex-voto à la déesse Artio. Artio est un nom celtique qui est apparenté de très près au nom grec de l'ours, arktos ; la déesse Artio était alors une déesse ursine, une déesse ayant l'ours pour attribut ou pour compagnon.
Donc, avant l'époque des divinités à figure humaine, Artio était une déesse-ourse, une ourse sacrée ; le souvenir du culte de l'ours s'est maintenu dans la ville de l'ours (Berne) à travers les siècles, et c'est seulement en 1832, à Muri en Suisse, qu'une découverte heureuse a permis d'y reconnaître une survivance du totémisme préhistorique » (Salomon Reinach, Orpheus, p.23).

LE SERPENT DANS LE SYMBOLISME ANTIQUE
L'antiquité a donné un grand rôle au serpent dans les luttes de sexes.
Cet animal rampant est l'emblème de ce qui est bas, lâche, vil.
Il mord la femme au talon, image de l'homme qui l'attaque « par en bas ».
La Femme est la Déesse trempée dans des eaux qui la rendent invulnérable, excepté au talon, où le serpent pourra la mordre et où elle sera blessée. Belle allégorie qui montre qu'elle ne peut pas être attaquée de front, loyalement, franchement, mais seulement par la bassesse qui la mord par en bas.
(Mordre la Femme au talon, l'attaquer par en bas, c'est l'attaquer dans son sexe, en lui imputant les péchés de l'homme.)
Nietzsche compare le méchant à une grappe de serpents enlacés, sifflants et toujours prêts à mordre.
Le serpent, l'homme vil, a mille noms.
En Egypte, c'est Typhon.
En Syrie, c'est Nahash. C'est celui-là qui est le héros de la légende d'Adam et Eve.
Chez les Perses, le méchant est représenté par le serpent Ophinéus.
Au Louvre, on peut voir Minerve assise et menacée dans sa sagesse et dans sa dignité par des serpents qui s'élèvent autour d'elle.
Dans la mythologie égyptienne, le serpent est enroulé autour d'un vase d'eau qu'il anime de son souffle. Le vase est un symbole sexuel. L'eau représente l'élément qui éteint le feu (l'esprit).
D'après Eusèbe, les Egyptiens représentaient le soleil, qui symbolisait la Déesse Isis, traîné dans un vaisseau que le crocodile dirigeait en qualité de pilote. Allusion au gouvernement du prêtre (de l'homme) conduisant la Femme.
Dans la mythologie de Créuzer, nous trouvons une représentation de Vishnou dormant sur Ananta-Shesha, le grand serpent de l'éternité. Elle l'aime, lui prête ses vertus, ignore sa méchanceté.
Cependant, les sept têtes du serpent, les sept manifestations de l'esprit du Mal, sont sur sa tête. D'elle part un cordon, un lien, qui porte un lotus dans lequel sont, des hommes sages qui lisent ses livres, qui étudient sa science.
Le grand serpent repose sur l'eau, d'où émergent des fleurs de lotus. Dans l'eau, on aperçoit des poissons, représentant ceux qui vivent dans le mal et l'ignorance.
Les serpents sont des charmeurs, ils hypnotisent du regard l'oiseau (qui symbolise l'esprit qui s'élève), c'est-à-dire qu'ils séduisent la Femme.
C'est sans doute pour cela que nous trouvons en Grèce un Apollon Pythien séducteur, mais perfide.
N'oublions pas l'Hydre de Lerne, espèce de serpent polycéphale, dont chaque tête représente un des vices de l'homme, comme l'Ananta-Shesha des Hindous.
Quoique les prêtres aient cherché à donner un sens nouveau aux antiques symboles (pour eux, le serpent représente la prudence), ils ne purent pas effacer l'idée primitive qui s'y rattachait et qui persista toujours.
Les peuples sauvages, qui sont dégénérés, ont fait du serpent une divinité qu'on adore.
Toute la tradition antique, propagée par la Femme, est pleine de la légende du serpent, et c'est Elle qui doit lui écraser la tête.
Il est des peuples qui remplacent le serpent par le Scorpion, lequel blesse la Femme au pied.
Chez les Slaves et les Allemands, c'est le crapaud qui est l'emblème du Mal.
Dans la gageure avec le forgeron Sindri, Loki, le Mal, sous la forme d'un taon, pique trois fois douloureusement « l'Etre petit », le nain (manière de désigner la Femme), qui devait souffler le feu sans interruption, comme plus tard les Vestales.
Quand ce même Loki infernal voulut tromper Freya, la Déesse, il se métamorphosa en une mouche.
Chez les Grecs et les Latins, le mâle inférieur, c'est-à-dire sexuel, c'est le Faune, le Satyre qui n'a de l'homme que la moitié du corps, la partie inférieure est celle de l'animal.
Enfin, celui qui manque d'intelligence est comparé à l'âne et ce symbole, qui est dans la Bible, se retrouve à l'origine du christianisme, où la tête d'âne joue un grand rôle et se trouve dessinée sur les murs des catacombes de Rome.
Les peuples dégénérés, devenus sauvages, ont gardé les antiques symboles, mais ont glorifié et déifié ce qui représentait le sexe mâle, le masculinisme ayant triomphé parmi eux pendant la longue évolution que ces peuples ont accomplie.

LE SYMBOLE DU POISSON
Quand les hommes se virent comparés par les femmes à un océan d'erreurs, un déluge éteignant toutes les lumières de l'Esprit, continuant eux-mêmes ironiquement le symbolisme, ils se comparèrent à des poissons.
Et ce nouveau symbole ichtyologique va jouer un grand rôle dans les mythes religieux. On mettra le poisson dans le Zodiaque et dans les constellations. (Le poisson astral.)
Hygin dit : « que les hommes sont nés du poisson astral. » Et n'est-ce pas là le premier germe de l'idée que l'homme vient de la mer et qu'il a passé d'abord par la forme du poisson ? Ce poisson devint par la suite un monstre marin, représentant le grand persécuteur, le grand oppresseur de la Femme.
C'est le grand Léviathan de la Bible avalant les Yonijas (les féministes).
Puis le symbole, après avoir subi l'amplification de l'imagination orientale, s'amoindrira dans les esprits vulgaires, et le monstre deviendra une baleine et les Yonijas deviendront Jonas.
Pendant que les Féministes deviennent « un homme », les hommes, changeant, dans un autre sens, le sexe de la Femme, arrivent à la symboliser, elle, par le poisson. C'est ainsi qu'on arrive toujours à renverser les rôles. Il était difficile, cependant, de ne pas mettre la Femme sur l'eau, elle qui avait toujours été l’Émergente. Cette figuration était trop avancée dans les esprits pour disparaître complètement. On arrangea les choses, on en fit une amphibie, une Déesse dont la partie supérieure du corps émerge, mais dont la partie inférieure plonge dans l'Océan, et c'est un symbolisme qui représente dans la Femme l'Esprit en haut, la vie animale en bas.
Tout l'Orient a représenté la Femme sous cette figure bizarre : un corps de Femme terminé en queue de poisson.
La Derceto des Phéniciens, la Vénus d'Aphaca et toutes les Vénus orientales sont ichtymorphiques, l'Oannès des Phéniciens aussi, ainsi que Vishnou s'incarnant en poisson.
Les sirènes étaient aussi des femmes émergeant de l'eau et dont la moitié inférieure avait le corps d'un poisson. Peut-être parce que, dans la lutte de sexes, l'homme les avait attirées à lui et plongées avec lui dans l'océan de l'erreur. C'est peut-être pour cela que, dans le langage vulgaire, on garde cette expression « se terminer en queue de poisson » pour indiquer une chose qui finit mal, comme a fini la puissance féminine.
La sphinge des Egyptiens, forme ridiculisée du sphinx, se termine aussi en queue de poisson. C'est donc à tort qu'on a dit que les Egyptiens n'avaient pas de déluge dans leurs traditions, seulement, ils ne l'expliquent pas par un cataclysme physique, mais lui laissent sa signification symbolique d'un bouleversement moral.
Le sphinx avait représenté l'Esprit féminin dans son plus pur rayonnement, « l'influx d'Isis », symbole qui, d'ailleurs, ne resta pas exclusivement égyptien, mais devint universel. Nous le retrouvons en Assyrie, où on lui donne des ailes colossales. C'est la pensée qui vole.
Il est chez les Hellènes, où nous le retrouvons dans la légende d’OEdipe.
Il est avec les Hébreux pour protéger l'arche d'Israël sous la forme des Kéroubim.
Mais la réaction qui profane tout en fit la sphinge représentant la femme avilie par les mauvaises passions masculines qu'on lui attribue ; on lui donne des yeux rutilants de curiosité malsaine, de rêves obscènes, et des griffes fouillant la chair humaine.Toutes les passions de l'homme féminisées.

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COSMOGONIE PHENICIENNE
PAR LA DÉESSE DERCÉTO, SURNOMMÉE ISTAR OU ASTARTHÉ
Jusqu'au moment où on a entrepris des fouilles en Asie pendant le XIXème siècle, on ne connaissait guère la Cosmogonie phénicienne que par les absurdités que Bérose, prêtre de Bel, en avait rapportées au IIème siècle avant notre ère, donnant à son auteur Oannès la forme ridicule d'un homme à queue de poisson.
Mais depuis on a signalé d'autres sources. Ainsi, l'historien Josèphe a identifié la Déesse Dercéto avec Oannès. D'autre part, on sait que c'est cette Déesse qui est surnommée Istar ou Astarthé.
Salomon Reinach dit (Orphéus, p. 63) :
« La Déesse syrienne d'Hiérapolis, nommée Atergatis, ou Dercéto, est digne d'attention à cause de la description détaillée que le Grec Lucien, au IIème siècle, nous a laissée de son culte.
« La statue de la Déesse était couronnée d'une colombe, animal sacré en Syrie. Dercéto était à la fois poisson (Oannès) et colombe.
« Le culte était célébré par des hommes habillés en femmes, qui voulaient ainsi s'assimiler à la Déesse. Cette assimilation est le but principal des cultes primitifs. Si les légendes humanisent les dieux, les rites tendent à diviniser les hommes. »
Plus loin, il dit encore (p. 63) :
« À Ascalon, en Philistide, Atergatis (Dercéto) était honorée sous la forme d'une femme à queue de poisson ; son époux, Dagon, était figuré de même. Ces dieux poissons rappellent l'Oannès Babylonien et la légende de Jonas.
« L'Istar Babylonienne devient l'Astarthé des Grecs (1).
« C'est l'Aphrodite Ourania (céleste), particulièrement honorée à Carthage, où les Romains l'appellent Virgo Coelestis. La « Tanit » de Carthage a été assimilée à l'Arthémis grecque. »
Cette entrée en matière nous a permis de pousser plus loin les recherches, et nous avons trouvé que Dercéto était la mère de Sémiramis et que c'est cette reine qui lui fit élever un temple magnifique à Ascalon.
Nous avons trouvé aussi que c'est le Livre Sacré qu'elle écrivit, la Cosmogonie Phénicienne, qui fut l'origine de la grande science des Chaldéens.
Le surnom de cette Déesse, Istar ou Isthar, qui devient Astar chez les Phéniciens, a pour racine « Star » qui signifie astre ; on y ajoute la racine thé qui veut dire « parfait », et on fait Astar-thé la Reine des cieux, la Déesse des astres. Par abréviation et par corruption, on fera d'Astar-thé « Tannith », qu'on appelle à Carthage « Notre-Dame Tanit ».
Enfin, de Astar-thé, on fera aussi Ar-Thémis, la Vierge Mère, la Mère Divine. Eschyle appelle Arthémis « Aien-Admeta », Vierge non domptée par l'amour.
De Tannith, nous remontons à Tammouz, fille de la Vie, nom pro-chaldéen de la beauté et du génie créateur.
Nous avons vu que les Grecs appellent Hiérapolis (ville sacrée) la ville où réside Dercéto. Mais ce ne serait là qu'une copie de ce qu'avaient fait avant eux les Celtes.
Fabre d'Olivet nous dit :
« De Isthar, on fait Istha-Kar, qui devrait être écrit Isdhan-Khair et veut dire « ville divine ». Isdhan signifie « divinité » ou « génie » dans l'ancienne langue de l'Iran, comme encore en « hongrois ».
Ce mot Kar, dans Istha-Kar, qui signifie la primitive demeure, la maison ou la ville divine, se retrouve chez les Celtes. Les Bretons disent encore « Maria-Ker ». Il est probable que le nom du mont Carmel, montagne sacrée de la Phénicie, s'écrivait primitivement Kar-Mel.
Théophile Cailleux, qui nous a montré que la première religion eut pour berceau les bords du Hélion (la Meuse) et fut l'oeuvre d'une femme qu'il appelle Nehal-Ennia, voit dans le mot Oannès, employé par Bérose, une altération de Ennia. C'est plutôt une masculinisation, « O » étant l'article masculin en grec, et l'S final étant la terminaison masculine que les Grecs mettaient aux noms féminins.
Il y aurait donc eu communication entre les anciens Celtes et les Phéniciens, ce qui est certain, et communauté de doctrine.
Les Assyriens et les Kaldéens, au moment où l'histoire nous les montre comme de grands peuples, avaient déjà une « histoire ancienne » ; ils avaient hérité d'une civilisation acquise avant eux et qui leur avait été léguée par les générations qui les avaient précédés. C'était un peuple gynécocrate qui avait fondé de sages institutions en même temps qu'il avait fait des découvertes importantes, telles les lois de l'astronomie. Les Kaldéens parlaient une langue antérieure à l'assyrien et avaient créé l'écriture cunéiforme. Un certain nombre d'ouvrages, découverts dans la bibliothèque d'Assourbanipal, étaient écrits dans cette langue et avaient été traduits en assyrien. Tantôt l'original et la traduction ont été trouvés ensemble, tantôt l'original est resté seul. Ceci est de la plus haute importance, car il est bien certain que c'est dans le passage de ce monde primitif au régime postérieur que se firent les altérations des croyances et des mythes. C'est parce que tout fut altéré par la suite qu'on ne sait plus aujourd'hui que c'est à leur Déesse Dercéto que les Phéniciens et les Assyriens doivent la plupart de leurs connaissances mathématiques et surtout leur science des astres, appelée Asataro, mot que les Grecs traduiront par Astrologie.
Callisthène, au temps d'Alexandre, trouva à Babylone des observations astronomiques remontant à 1.900 ans. Entre autres découvertes, on doit à la grande Déesse Astarthé la chronologie, c'est-à-dire l'année de 365 jours 6 heures 11 minutes, et le système duodécimal dont nous avons reçu la division de l'année en 12 mois et celle du jour en 24 heures.
Voilà plus de cent dix ans que Boeckh et Brandis ont démontré que toutes les mesures de grandeur, de poids et de capacité dont se sont servis les anciens doivent être rapportées à une même échelle et qu'on retrouve partout le système duodécimal des Babyloniens.
L'Astronomie, dès une antiquité prodigieuse, apparaît comme une science déjà constituée en Kaldée, alors que les Grecs en savaient bien peu de chose avant les conquêtes d'Alexandre. Aristote parle des observations des Kaldéens, mais ce n'est que plus d'un siècle après la conquête de Babylone que les fameuses tablettes archéologiques furent utilisées par Hipparque.
Hérodote parle de la Tour de Bélus qu'il a vue à Babylone, monument composé de sept étages couronnés par une plate-forme régulière, d'où l'on faisait des observations astronomiques.
Cette tour était un monument symbolique. Pour en comprendre la signification, il faut connaître la cosmogonie phénicienne. Un résumé rapide se situe à l'article du blog intitulé « COSMOGONIE ». Il est suivi par un long développement sur la Nouvelle Science.
(1) Aphrodite, dont la légende est asiatique, c'est Istar. Homère l'appelle « Cypris », ce qui lui donne une origine chypriote. Elle était adorée à Paphos et à Amathonte, villes bâties par les Phéniciens.
Ses attributs sont la colombe qui représente l'Esprit saint, le Myrte et la Rose qui symbolisent l'amour et la beauté. Elle est représentée riante sur une conque marine, sur un char traîné par des colombes ou sur une tortue.

ORIGINE DU SEPTÉNAIRE : LES ÉLOHIM
Les sept fluides subtils, qui constituent les radiations des multiples soleils de l'espace, s'arrêtent à la surface des planètes et là se superposent en formant des octaves de couleurs comme les sons se superposent en formant des octaves musicaux.
Cette superposition de zones colorées, mais invisibles pour nous, parce que la lumière blanche du soleil nous empêche de les voir, forme le cercle primordial qui existe autour des planètes et de leurs satellites. C'est ce que la science moderne appelle les rayons chimiques. Ils sont visibles dans les halos et dans l'arc-en-ciel.

ORIGINE DE L'ARGENT ET DE L'OR
Une des formes de passage du substractum organique des champignons et la Kérargyre, qu'on appelle aussi « argent corné ». C'est une substance demi-transparente se coupant au couteau comme la cire ou la corne. Elle renferme 75% d'argent.
Les couches anciennes de Kérargyre sont devenues des filons d'argent.
La Kérargyre se trouve en légers enduits à la surface des pierres mélangée à des matières terreuses. C'est à la place même où apparaissaient les champignons qu'elle s'est formée de leur résidu organique. Il en existe une grande quantité au Mexique et au Pérou.
L'argent se trouve à l'état natif sous la forme de filaments contournés ou de réseau pénétrant les substances pierreuses qui portaient la Kéragyre. On le trouve quelquefois en masse et en bloc. Il est souvent recouvert d'un enduit noirâtre organique.
L'or semble avoir la même origine générique et végétale que l'argent, mais provenir d'une autre modification que celle qui a produit ce métal. En effet, les champignons sont blanc d'argent ou jaune d'or.
(Plus de précisions au sujet de ces deux métaux à l'article consacré à la Cosmogonie, et dans partie relative à la chimie).


LE SYMBOLISME PRIMITIF
Comme les idées abstraites pénètrent difficilement dans l'esprit des peuples, on en fit des représentations matérielles : c'est l'origine du symbolisme.
Nous trouvons le septénaire symbolisé de mille manières.
En Chaldée et en Assyrie, les temples avaient la forme d'une immense tour carrée à sept étages. Chaque étage superposé était moins large que celui qui le précédait, si bien que ces tours ressemblaient de loin à d'énormes pyramides. Un chemin montait en spirale autour du monument.
Chaque étage était consacré à l'étude d'un des Elohim, une des sept lumières qui éclairent le monde, et étaient peints d'une des couleurs de ces lumières, de manière à ce que l'ensemble figurât l'arc-en-ciel. Au sommet se trouvait le sanctuaire de la Déesse Istar (Astarthé/Dercéto), l'auteure de cette science cosmogonique. Le chandelier à sept branches des synagogues est destiné à perpétuer cette science perdue.
Cette science primitive fut appelée la Magie blanche. Une autre science faite par les Prêtres-Mages s'éleva en face de celle-ci, ce fut la Magie noire.
La science féminine avait fait descendre le Ciel sur la Terre, la radiation solaire dans la plante, dans l'homme ; la Magie noire va faire monter l'homme dans le Ciel. Ne comprenant plus la doctrine cosmogonique, ne l'ayant jamais bien comprise du reste, elle n'en retint que le symbolisme concret, qui lui avait montré des zones colorées superposées. Le Prêtre en fit sept cieux. Puis, comme le sanctuaire de la Déesse couronnait l'édifice, il mit au-dessus des sept zones colorées sa propre image dont il fit un Dieu mâle. Non seulement voilà l'Homme divinisé, mais le voilà projeté dans le ciel où il va devenir aussi grand que son orgueil, c'est-à-dire grand comme l'Univers.
Puis il avait retenu qu'un cercle coloré existe autour des planètes et de leurs satellites ; mais, ne comprenant plus la science cosmique, il crut que c'étaient les Planètes qui avaient un pouvoir mystérieux, qui s'exerçait sur la vie terrestre, et fit un nouveau septénaire, composé des six planètes connues dans l'antiquité et de la lune, ce qui est absurde, puisque les planètes sont des astres obscurs qui n'émettent pas de radiations.
Le septénaire est appelé l'Heptagone en Grèce. Il a été consacré par toutes les sociétés secrètes. La Franc-Maçonnerie lui a consacré un grade intitulé Chevalier d'Orient et d'Occident. C'est le 17ème degré du rite écossais.
La haute culture des Kaldéens faisait d'eux une race supérieure qui remplissait dans le monde une sorte de sacerdoce scientifique. Ils ont laissé une riche littérature. Aussi ils sont restés longtemps considérés comme le phare qui éclaira et guida l'esprit, et leur langue est restée la langue de la religion et du savoir.

NOS ORIGINES
L’immense essor que l’étude des sciences naturelles a pris semble n’avoir qu’un but : découvrir l’histoire positive de l’évolution de l’homme et des animaux.
Il est dans l’esprit de tous que la solution de cet immense problème ouvrira de nouveaux horizons à la science, que l’histoire définitive du développement primitif sera le premier mot d’une ère scientifique nouvelle.
Cette idée règne depuis longtemps dans l’esprit humain. Elle a été formulée par Socrate lorsqu’il disait aux philosophes qui cherchaient à pénétrer les secrets de la Nature : Avant tout connais-toi toi-même.
L’histoire de l’évolution n’est plus, aujourd’hui, une question philosophique ; elle ne peut plus être traitée autrement que sur le terrain des sciences positives. Les hypothèses n’ont plus de place dans la science. Pour avoir le droit d’appeler l’attention des savants sur une nouvelle doctrine il faut apporter des faits et des preuves ; il est donc indispensable de suivre une méthode rigoureusement scientifique, l’importance de la question ne permet pas qu’il en soit autrement.
Pour que l’histoire de l’évolution soit complète il faut la diviser en trois parties :
La première doit comprendre l’Évolution anatomique, c’est-à-dire l’histologie et la morphologie qui en est la conséquence.
La seconde comprend l’Évolution physiologique, elle s’occupe de l’apparition et du développement des fonctions organiques.
La troisième comprend l’Évolution chimique ; c’est la plus difficile à faire. Pour y arriver il faut suivre pas à pas les combinaisons diverses qui se forment dans le corps vivant aux dépens du protoplasma originaire.
Deux méthodes seulement ont été considérées jusqu’ici comme pouvant être employées pour arriver à faire l’histoire de l’Évolution : l’Embryologie et la Paléontologie. Comme la Vérité est une, il faut forcément que les mêmes données historiques résultent de ces deux ordres de recherches, il faut que l’Évolution, dans ces trois divisions, aboutisse aux mêmes conclusions par la paléontologie et par l’embryologie. Si, cependant, nous nous trouvions en face de contradictions apparentes, quelle est, de ces deux sciences, celle à laquelle nous devrions accorder le plus de confiance ? C’est, sans aucun doute, l’Embryologie. Le développement de l’ovule est continu et sans lacunes, les données fournies par la paléontologie sont incomplètes. Il faut donc, en dernier lieu, recourir à la méthode infaillible.
De larges extraits consacrés à cette nouvelle théorie de l’Évolution de l’homme et des mammifères démontrée par le développement embryonnaire se trouve à l’article « NOS VÉRITABLES ORIGINES ».
Il est conseillé à ceux qui, en général, liront cette nouvelle doctrine d’une grande hardiesse parce qu’elle est d’une grande simplicité, et à ceux qui se livrent à l’étude, si intéressante, de notre origine, de mettre en pratique, dans cette occasion, la méthode de Descartes, de faire table rase, dans leur entendement, de toutes théories existantes, de se mettre dans la situation d’esprit d’un homme qui n’aurait aucune notion des hypothèses émises sur ce sujet et d’examiner, avec cette liberté d’esprit, les diverses phases traversées par l’embryon pour devenir soit un homme soit un animal quelconque, c’est-à-dire de regarder la Nature telle qu’elle est.

QUELQUES MOTS SUR L'ORIGINE DES CONSTRUCTIONS

Les premiers essais de construction de la jeune humanité ont été retrouvés partout. Ce sont les Dolmens (chambres de pierre) et les Menhirs, monolithes enfoncés en terre isolément, en allées ou en cercles, de dimensions parfois colossales.
La destination des Dolmens et des Menhirs de l'époque néolithique a beaucoup préoccupé les savants, qui cherchent toujours dans l'humanité jeune des causes semblables à celles qui font agir l'humanité vieille. Pour retrouver la signification des choses matérielles, comme pour comprendre le sens des symboles, il faut apprendre à contempler le monde avec la naïveté de l'enfance et l'esprit de la jeunesse. On comprendra alors que les dolmens n'ont aucun rapport avec les sépultures, attendu que la jeunesse pense à la vie, non à la mort qui était un phénomène nouveau pour cette jeunesse primitive.
Si les dolmens sont enfoncés dans le sol, ce ne fut pas pour y cacher les défunts, comme le font les modernes, c'est parce que la terre s'est élevée depuis qu'ils ont été construits ; ils étaient d'abord sur le sol, et non sous le sol, et les tumulus qui les recouvrent sont d'origine postérieure. La profondeur de leur enfouissement peut donner des indications sur la date de leur édification si l'on arrive à calculer de combien la terre s'élève dans un temps donné.
On dit que le Men-hir druidique vient de Man-herr (homme seigneur) et le Dolmen de Doll-man (homme Seigneuresse), indication précieuse qui nous fait comprendre que les uns étaient destinés aux hommes et les autres aux femmes (1).
En effet, les dolmens qui sont composés d'une ou de plusieurs chambres, généralement précédées d'un vestibule ou d'un couloir d'accès, sont la première ébauche des maisons et ont certainement été édifiés pour abriter la première famille, la Femme et l'enfant. C'est le premier nid de l'humanité, le nid de pierre, le Mégalithe. Sur les parois intérieures, on a trouvé de naïfs et bizarres dessins.
Non seulement la femme s'abrite, et abrite avec elle ses petits, mais elle cherche à les protéger contre les dangers du dehors. C'est pour cela que souvent les dolmens sont précédés d'une allée couverte, une sorte de galerie d'une certaine étendue.
Le dolmen de Mané-Croch, près du village de Cracuno, en Bretagne, avait quatre chambres.
Dans le même village de Cracuno se trouve un superbe dolmen dont l'une des pierres supérieures a six mètres de long sur cinq de large et un mètre cinquante d'épaisseur au centre ; cette pierre repose sur onze dalles debout et la hauteur sous voûte est d'un mètre quatre-vingts centimètres. Le tumulus de Rondossée contient trois dolmens avec leurs allées couvertes. L'un d'eux contient une petite chambre supplémentaire. Quant aux menhirs destinés aux hommes, ce n'est qu'une pierre levée derrière laquelle ils s'abritaient ou se cachaient, c'est là que se pratiquait l'eummaïra. Dans les menhirs perforés de l'île de Chypre, on avait pratiqué des ouvertures par lesquelles on voyait venir de loin les témoins gênants. L'un d'eux avait deux mètres dix centimètres de hauteur sur 70 centimètres de largeur.
On en a trouvé sur lesquels était représentée une main, ce qui les faisait appeler iad, et, au lieu d'y voir une indécente représentation qui joue un grand rôle dans le symbolisme antique, les savants modernes aussi naïfs que prudes, ont vu dans les pierres un cippe dressé à la mémoire d'un fait.
Les menhirs sont tantôt isolés, tantôt réunis en nombre plus ou moins considérable. Ce qui indique bien l'instinct de l'homme qui, d'abord, fait sa vie seul, puis peu à peu se réunit à ses frères en humanité pour évoluer ensemble vers un avenir confus.
On a trouvé aussi des cromlechs, qui sont des enceintes composées de blocs décrivant des figures variées, des cercles, des ovales, des carrés, des rectangles, circonscrivant des espaces enclavés dans ces espèces de barrières, qui semblent être les terrains que les hommes ou les femmes se réservaient et dans lesquels sans doute ils ne laissaient pas pénétrer l'autre sexe. Les deux sexes ont eu dès la jeunesse une tendance à se séparer.
Cependant, les impulsions sentimentales les réunissaient. Alors ils se cherchaient, erraient ensemble loin des autres et finalement allaient s'abriter dans des lieux écartés. Ce sont ces endroits qui furent plus tard appelés des « Lieux secrets » ou « Lieux saints ».
On a trouvé des Mounds, tertres élevés que l'on suppose avoir été destinés aux « sacrifices » (Unions).
C'était l'époque où de magnifiques adolescents cherchaient à dépenser le trop-plein de leur force. Mais ils avaient encore la franchise, la spontanéité, la confiance que donnent l'inexpérience et l'amour naissant.
(1) Menhir a formé minaret.
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LE RESPECT DE LA FEMME
Un changement social est attendu par les habitants de la Terre tout entière.
Partout on cherche une orientation nouvelle de la pensée, une Direction Spirituelle qui sorte l'humanité du cauchemar que le vieux régime du mensonge, de l'erreur et de la ruse a créé.
On attend une résurrection de la vie de l'esprit, qui refasse à l'homme désorienté une nouvelle vie morale, et on aperçoit clairement que la reconstitution mondiale ne peut se faire par la politique et la diplomatie.
L'immense crise des besoins humains a pour point de départ le besoin de vérité.
Avant de pouvoir dire : Voilà ce qu'il faut, il faut pouvoir dire : Voilà ce qui est.
Il y a donc une science à faire, la science des réalités.
Barbusse a dit :
« Nous avons besoin des Maîtres qui savent tout ce que nous ne savons pas. »
« Mon éducation m'a rempli, comme les autres, de siècle d'ombre, d'humiliation et de captivité. »
« Nous avons tous eu une jeunesse qui a été un temps perdu pour notre progrès moral, le temps pendant lequel nous aurions pu tout et nous n'avons rien fait parce que nous ne savions pas. »
L'époque à laquelle nous sommes arrivés est, de l'avis de tous ceux qui comprennent la signification des événements, une ère de révision générale.
On remet en discussion toutes les questions qui ont été agitées par l'esprit humain depuis les temps les plus reculés, avec l'espoir que, de cet examen, sortira la vérité sur laquelle on posera les bases d'un régime nouveau qui donnera à tous une vie meilleure.
Or, la base de toute réforme sociale c'est la reconstitution de la vie morale, c'est à dire des mœurs.
Pour rétablir les relations de l'homme et de la femme il faut, d'abord, remettre les deux sexes à leur place, les faire rentrer dans le rôle que la nature leur a assigné, respecter les facultés de chacun et assurer leur plein développement.
Si les bonnes relations de l'homme et de la femme ont été rompues, c'est parce que chacun d'eux n'occupe pas sa vraie place dans la société, ne vit pas suivant ses facultés.
La femme est un être avili, placé dans la vie sociale à un rang inférieur à celui que la nature lui a assigné. Son autorité est nulle, sa parole n'est pas écoutée, ses œuvres ne sont pas estimées à leur réelle valeur, tout ce qui vient d'elle est déprécié.
Or, le féminisme doit avoir pour but, avant tout, de remettre la femme à la place qui lui est due, dans la vie sociale et dans la vie familiale.
Pour y arriver il faut diriger l'opinion de façon à ce que justice lui soit rendue devant l'esprit public.
Pour que les droits sacrés de la femme soient reconnus, il faut d'abord les formuler. Et pour cela il faut commencer par étudier les conditions qui déterminent la valeur réelle des êtres et leur assigne une place dans la hiérarchie humaine.
Ce n'est pas avec des formules vaines, répétées au hasard, avec des mots vides de sens qu'on résoudra cette grave question. Ce n'est pas non plus par vanité de sexe que la femme doit parler d'elle (ainsi que les hommes l'en accusent, supposant qu'elle se met, comme eux sur le terrain de l'intérêt personnel), c'est dans un esprit de suprême justice que la femme, laissant de côté toute modestie imposée et trop facilement acceptée doit étudier les conditions qui différencient les deux sexes, au point de vue anatomique, physiologique, psychologique et moral.
C'est à elle qu'incombe la tâche de faire connaître la valeur de l'être humain qu'elle représente et l'étendue des facultés dont elle est douée.
Tant qu'elle n'entrera pas résolument dans cette voie, définissant elle-même les différences qui existent entre les deux sexes, l'ignorance qui règne en ces questions perpétuera les conflits, prolongera les luttes.
Le grand devoir de la femme est de sortir de sa passivité docile, de faire acte d'indépendance intellectuelle en commençant par étudier sa réelle nature. Elle serait coupable si elle continuait à accepter les enseignements et les conclusions humiliantes des hommes qui l'infériorisent et à s'incliner devant eux comme devant des maîtres.
C’est à cette condition seulement qu'elle saura diriger sa vie, faire l'éducation morale de ses enfants, jouer un rôle utile dans la société.
Mais cette science acquise lui impose de grands devoirs, car alors elle comprend que son intervention est nécessaire pour éclairer les autres.
Quand la femme saura quelle est sa propre valeur, c'est elle qui rétablira « LE RESPECT DE LA FEMME » et en imposera, à l'homme, le devoir.
Pour se faire respecter, il faut, avant tout, se respecter soi-même.
Cet auto-respect, c'est la dignité, sentiment qui consiste à se mettre soi-même à sa vraie place afin que les autres reconnaissent notre valeur.
Et comme la valeur intellectuelle et morale de la femme, généralisée, doit s'étendre à tout le sexe féminin, il faut que les femmes les plus éclairées, les premières initiées à cette science nouvelle, fassent respecter les autres femmes ignorantes des lois psychiques de leur féminité afin que les hommes comprennent enfin les devoirs qu'ils ont à remplir vis-à-vis de l'autre sexe, c'est aux Femmes de leur dicter l'attitude qu'ils ont à prendre envers Elles.
La femme est l'éducatrice de l'homme, et son premier devoir, pour remplir cette mission, c'est de diriger l'opinion, qui est la reine du monde, de manière à rétablir « le respect » qui disparaît de toutes les nations où la femme ne sait pas se mettre elle-même à sa vraie place.
C'est l'opinion qui règne dans le milieu ambiant qui fait le respect ou l'irrespect. Elle est mal dirigée presque partout. C'est pour cela qu'on a pu dire : « L'opinion, c'est l'erreur du plus grand nombre. » Pourquoi les femmes qui sont le nombre, et même le plus grand nombre, ne réagissent-elles pas, chacune dans sa sphère, contre tout ce qui avilit la femme : les affiches indécentes, la littérature scandaleuse, les publications pornographiques, le théâtre démoralisant, les propos malveillants tenus sur chacune pour diviser le féminisme?
Pourquoi permettent-elles que « l'opinion » soit la sanction de tous les mensonges, la force de toutes les erreurs, la ressource de tous les fourbes ?
Je ne sais pas ce qu'il y a de plus dangereux pour notre avenir moral : les hommes qui inventent les erreurs ou les femmes qui les propagent ?
Il faut s'appliquer à changer l'opinion, à la diriger dans le sens de la vérité et de la justice, et tout le reste viendra sans efforts.
Et il n'y a pas seulement à faire l'opinion dans la vie présente. Pour rétablir « le respect de la femme », il est nécessaire de remonter dans le passé, pour chercher dans l'histoire (ou à côté de l'histoire) comment elle a été avilie, quelles furent les phases de Cette évolution lente qui la firent descendre de la Déesse antique à la prostituée moderne.
C'est toute l'évolution des passions de l'homme et des faiblesses de la femme.
En fouillant dans le passé nous trouvons que la femme a été discréditée de générations en générations, par le mensonge :
On a caché ses œuvres ;
On les a mises à l'avoir des hommes ;
On a mis des noms masculins sur des personnalités féminines ;
Des époques toutes entières ont été effacées de l'histoire pour cacher sa gloire ;
On a calomnié les grandes femmes en leur faisant une légende avilissante. Et si des hommes consciencieux cherchent eux-mêmes à rectifier l'histoire et à leur rendre l'auréole de gloire qu'elles avaient méritée, des femmes ignorantes continuent à discréditer leur propre sexe en propageant les récits mensongers. Elles se font injustes elles-mêmes pour les femmes calomniées.
Elles se montrent sévères pour celles qui veulent les réhabiliter, comme si elles craignaient de se faire complices des vices que des imposteurs ont attribués aux grandes femmes jalousées.
Elles ne savent pas que c'est leur premier devoir de s'instruire afin de ne plus jamais permettre la flétrissure de leur sexe.
Nous savons aujourd'hui que les grands mensonges historiques ont été inventés pour nous cacher l'ancienne puissance de la femme, sa position suprême dans la religion, son grand rôle dans la société, son droit maternel, base de la primitive famille.
Dès qu'elle fut vaincue dans les héroïques luttes de sexes de l'antiquité, on s'appliqua à justifier la domination de l'homme en donnant au sexe mâle toutes les supériorités et en affectant de croire à l'incapacité de la femme.
Ce système a prévalu, il règne encore. Nos savants modernes s'occupent surtout de la femme pour lui chercher des tares afin de la déclarer inférieure et de dérouter ainsi ceux qui cherchent à définir, par la science, sa véritable nature. Et dans cet ordre de choses nous voyons encore des femmes faibles s'unir aux hommes fourbes et propager leurs allégations intéressées, sans aucune vérification, avec la même foi aveugle de celles qui ont propagé les mensonges de l'histoire.
Or, nous devons avoir le respect de la vérité si nous voulons arriver au respect de la femme.
Tant que le mensonge ne sera pas extirpé de la société, la justice n'y pénétrera pas.
Ce travail est fait. Et c'est cette grande rectification de l'histoire, en remontant aux sources les plus anciennes et les plus sûres, en comparant les différentes altérations des textes qui est reproduite dans ce blog. Il est une complète réhabilitation de la femme, en même temps qu'il fait connaître les luttes de sexes dans toutes leurs manifestations, leurs origines et leur évolution dans toutes les nations.
L'humanité est arrivée à une phase de son évolution où de grandes choses vont se décider.
Les hommes, actuellement, sont encore indécis sur le parti à prendre vis-à-vis de la femme.
Il dépend des femmes de les amener à faire, avec elles, la brillante rénovation dont elles ont rêvé, et de conjurer la crise morale qui s'accentue de jour en jour, en marchant avec franchise et résolution dans le Bien, en ayant toutes les audaces contre le Mal. L'ère des concessions est passée, elles ont fait sombrer l'humanité dans la dégénérescence des peuples. Il faut maintenant, aux femmes, un effort de volonté pour remonter la pente descendue par leurs aïeules ; il faut qu'elles renoncent aux anciens systèmes qu'employaient les femmes faibles, qu'elles renoncent aux petites ruses, aux obliques détours, aux équivoques.
Il n'est plus temps de tergiverser, il faut aller droit au but, sans hésitations et sans défaillances.
Et ce but c'est : la vérité absolue et la justice intégrale.
Ainsi, sera réalisé ce que Victor Hugo, ce grand poète, a annoncé quand il a dit :

Temps futurs ! Vision sublime !
Les peuples sont hors de l'abîme.
Le désert morne est traversé,
Après les sables la pelouse ;
Et la terre est comme une épouse,
Et L’homme est comme un fiancé.
Dès a présent l'œil qui s'élève
Voit distinctement ce beau rêve
Qui sera le réel un jour,
Car la femme dénouera toute chaîne,
Car le passé se nomme haine
Et l'avenir s'appelle amour


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L'histoire, qu'elle soit enseignée par des Prêtres ou par des laïques, n'est qu'un tissu de mensonges. C'est ce que Michelet a compris quand il a dit : « L'Histoire tombera et se brisera en atomes dans le courant du XXe siècle, dévorée jusque dans ses fondements par ceux qui rédigent ses annales. »
Dans son ouvrage intitulé « Origines gauloises » (1797), Théophile-Malo de La Tour d'Auvergne a écrit :
« L'histoire n'est que les ruines d'un grand édifice que chaque génération d'hommes a cherché à détruire, en le masquant sous des mensonges, entassant des décombres sur des décombres, des ruines sur des ruines ».
Aussi, il est temps de faire toute la Lumière sur notre passé, et de réveiller les mémoires, en déblayant, une à une, décombres et ruines.

À suivre : RÉVOLUTION RELIGIEUSE EN ÉGYPTE