INTRODUCTION

Je n'écris pas pour convaincre, mais pour informer ceux sur qui l'illusion n'a plus de prise.
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VÉRITÉS
Vérité ! Éternel sujet des discordes du monde ! cherchée par les uns, cachée par les autres, aimée passionnément, ou persécutée follement, mais revendiquée toujours par ceux qui ont voulu régner sur la terre, alors qu'aucun d'eux ne la possédait. Et si vous demandez pourquoi elle a ce prestige, on vous dira que c'est parce que tout au fond de l'histoire se trouva un temps où la VÉRITÉ était la base même du pouvoir. Celui qui SAVAIT enseignait et cela lui conférait une puissance sociale, une autorité. C'était l'âge d'or, l'époque bienheureuse où régnait le Droit naturel (Jus Naturale). Cela dura pendant une longue période de temps, toute la première jeunesse de l'humanité, et c'est pour cela que l'atavisme rend à l'enfance actuelle, quand elle n'est pas pervertie par le milieu social, la spontanéité du vrai instinctif. Le mensonge n'a été introduit dans le monde qu'avec l'usurpation et pour la justifier.

LA SCIENCE ANTIQUE
Quels étaient donc ces premiers instructeurs de l'humanité qui expliquèrent à l'homme la Nature et ses mystères, la vie et ses lois ? La tradition de tous les pays fait remonter cette première science à une « race divine ». Puis, quand vint la religion moderne qui résuma tous les Dieux en un seul, on déclara que « la Révélation vient de Dieu ». Mais ceux qui parlaient ainsi s'appuyaient sur une tradition altérée ; si nous remontons à sa source, nous ne trouvons pas un Dieu, mais des Dieux, et si nous cherchons quel était le secret de leur nature divine, nous devons remonter plus haut encore, et dans ce passé lointain, nous ne trouvons plus des Dieux, mais des Déesses, et forcément nous constatons que c'est cette primitive Divinité, la Déesse, la puissance supérieure (intellectuelle), qui a instruit les hommes. Nous comprenons alors que la source de toute vérité, c'est l'Esprit féminin.
Longtemps la science primitive régna sur le monde, elle fut la base des grandes civilisations de l'antiquité. En ce temps-là, on connaissait les lois de l'Univers, l'origine de la vie, les véritables lois de l'Evolution des êtres et tout ce qui fait l'objet des recherches des savants modernes.

LES PRIMITIFS ADOLESCENTS
La crise de l'adolescence, rapide dans la vie actuelle, eut une longue durée dans l'évolution de la primitive humanité. A partir de ce moment, des différences considérables se produisirent entre la vie psychique et mentale de la jeune fille et celle du jeune homme.
Chez lui, l'amour fait naître l'imagination, la poésie, qui réapparaissent à l'âge correspondant chez nos adolescents.
« Il se trouve dans les trois quarts des hommes un poète qui meurt jeune », a dit Sainte-Beuve.
Dans l'enthousiasme des premiers élans, des premiers désirs, il soupire, il chante, il exhale son âme aimante et joyeuse, sans entraves sociales, sans atavisme générateur d'une timidité annihilante, sans ennemis encore, il marche en avant dans ses passions naissantes sans savoir où elles le mènent, sans crainte d'un danger inconnu. L'enthousiasme poétique de la jeunesse le saisit tout entier. C'est le premier éveil des sentiments qui vont envahir le cœur de l'homme et bientôt jaillir comme un fleuve impétueux. Pendant que la jeune fille grandissait en beauté, en esprit, elle prenait aux yeux de l'adolescent primitif un prestige infini. Il voyait en elle un Etre très supérieur à lui, un Etre bien au-dessus de la nature masculine plus grossière. Elle était donc sur-naturelle à lui.
Il l'adorait, il l'admirait, un immense désir de se rapprocher d'elle le tourmentait, il lui semblait que près d'elle sa vie s'intensifiait, qu'aimé d'elle il allait oublier sa première honte sexuelle qui allait faire place à un sentiment de triomphe.
C'est ainsi que l'homme adolescent et la belle jeune fille vivaient au sein de la grande Nature, essayant le premier bégaiement d'amour et établissant entre eux le lien sacré qui devait les unir.
La jeune fille était resplendissante de grâce et de beauté, telles nos adolescentes modernes qui repassent par ce stade de la vie ancestrale. Elle entrait en possession d'une intelligence lucide, d'un esprit élevé ; la Nature la captivait, elle l'observait, son intuition féminine lui en faisait découvrir les lois, elle se perdait en contemplations célestes dans les belles nuits étoilées, elle arrivait à connaître le ciel et à comprendre le principe des forces universelles qui régissent les mondes.... Alors, dans les conversations du soir, elle versait dans l'esprit du jeune homme cette première science, en même temps qu'elle faisait naître en son cœur les premiers bonheurs.
Lui l'écoutait, il l'admirait, il l'adorait. Elle était SA DÉESSE. Elle fut la première forme de la suprématie intellectuelle et morale qui apparut à l'adolescent. C'est pour cela que l'homme porte gravé au plus profond de son cœur l'empreinte féminine, empreinte spirituelle, parce que la première femme qui a éclairé sa pensée ne représentait pas le sexe, mais l'esprit.

LES PRIMITIVES DIVINITÉS
LA DIVINITÉ PRIMITIVE CHEZ LES HINDOUS
Si nous cherchons dans chaque pays comment fut représentée la Divinité dans le monde primitif, nous la trouvons toujours sous une forme qui symbolise la jeunesse féminine et l'esprit.
Les Femmes, dans l'ancien Véda, sont des sages qui travaillent à la formation du monde (monde matériel, monde spirituel). La Femme seule peut créer, elle seule enfante.
Un nom générique que toutes les mythologies ont conservé la désigne, c'est Hébé, qui se prononce aussi Hévé ou Héva. Chez les Hindous, en ajoutant devant ce nom l'article démonstratif D, on fait Dêvâ ou Dèvî ou Diva ou Dêvani ; plus tard, ce nom deviendra Daïva ou Dieva.
C'est cet ancien nom, qui a traversé les siècles et plusieurs religions pour arriver jusqu'à nous, qui est l'origine du mot « Dieu ». Longtemps il fut écrit Diev. C'est au moyen âge seulement que le V fut remplacé par un U et que l'on écrivit « Dieu ». Dêvâ a fait Dea, qui, masculinisé, est devenu Deo, Deus. Ce nom signifie au propre « la Dame », mais allégoriquement « la lumière », « l'esprit » (celle qui fait la lumière).
Dêvâ vient de Div (briller), c'est un être brillant, et longtemps on dira : « Dieu veut dire celui qui brille ». On mettait ce titre après les noms propres de femmes, on disait aussi Mahâ-Dêvî, grande Déesse.
Ce mot se retrouve dans certaines langues européennes ; ainsi, en russe, on appelle encore la jeune fille Diévâ. Mais il y a d'autres noms. Dans les lois de Manou, on appelle les Femmes « Sâdhyas » ou parfaites.
- Aryâ : l'Aryenne, la noble.
- Çoumbhamathanî : la, destructrice du démon Çoumbha.
- Dourgâ : difficilement abordable.
- Gaourî : la claire, la brillante.
- Içvarâ : la Maîtresse.
- Koumârî : la princesse.
- Mahâdêvî : la grande Déesse.
- Mahishamathanî : la destructrice du démon Mahisha.
- Mainâkrasvasri : sœur de la montagne (la grande).
- Niçoumbhamathanî : la destructrice du démon Niçoumbha.
- Parvatî : Déesse de la montagne.
- Sarvamangalâ : celle qui est riche en bénédictions.
- Satî : la bonne ou la chaste.
- Sati-Saras : femmes vertueuses.
- Sarasvatî : Déesse de l'ordre, de l'harmonie, de la poésie, de la parole, de l'éloquence, de la musique et des arts. Celle qui a inventé la langue et les caractères sanscrits. C'est elle qui inspire les poètes et a écrit le Véda. Nous retrouvons son nom « Sarah » dans la légende hébraïque, où Brahmâ deviendra Abraham.

LA DIVINITÉ PRIMITIVE CHEZ LES PERSES
Les souvenirs lointains de l'histoire de l'Iran nous disent qu'il y eut autrefois dans ce pays une race de créatures appelées Dives. Cette race était regardée comme excellente et supérieure, puisque son nom, resté dans les langues, a servi à désigner l'Etre suprême et le don de l'Esprit le plus élevé. Ce nom renferme tout ce que, aujourd'hui encore, les hommes admirent et honorent le plus sur la Terre.
Les hauts faits des Dives, leurs qualités, les mettaient au-dessus des hommes (mais non au-dessus de la Femme).
Si on en a fait une espèce distincte, ce n'est pas parce qu'elles sont surnaturelles, c'est parce qu'elles sont surmasculines. Quand l'homme a pris la première place dans le monde, son orgueil a tout embrouillé, il a mis alors dans l'espace ce qui le dépassait en sagesse et en esprit. C'est ainsi que les Dives sont devenues des Êtres surnaturels, mais aujourd'hui le surnaturel s'évanouit devant l'histoire réelle. Déjà un historien du XVIIIème siècle, d'Herbelot, déclare formellement « que les Dives avaient des corps et étaient soumis à la mort ».
Cette race primitive a laissé après elle une longue mémoire qui éveille une idée de force, de puissance, de lumière et d'ordre, c'est elle qui a fondé l'Astronomie, et en général la science, elle avait des monuments imposants et gouverna le monde pendant l'espace de sept mille ans.
Les Péris leur ont succédé et ont occupé la Terre pendant 2.000 ans (pendant l'époque de l'égalité des sexes), les Péris furent des demi-Dieux. Les Dives étaient puissantes et fortes, les Péris furent plus faibles, c'est pour cela que les hommes les ont déclarées meilleures.
L'assemblée des sages s'appelait le Divan. Ce mot répond à celui de Conseil dans les temps modernes.
Le mot Divan signifie aussi un recueil d'ouvrages, de poésies, une source d'instruction donnée par les Dives. Les Arabes leur donnent le nom commun de Jin (racine du mot femme en grec, gyn, gun, gunè).
Le pays habité par ces Déesses était placé sous le plus beau ciel du monde ; il se nommait Ginnistan (selon les mages) ; c'était le séjour des fées. On voyait en elles des êtres puissants qui commandaient à la Nature, qui disposaient des éléments, qui créaient tout ce qui pouvait leur plaire. Les mages de la Perse placent ce lieu de délices au pied du mont Caucase et sur les bords de la mer Caspienne.
On représente la vie du Ginnistan s'écoulant sous les lambris de cèdre et d'or, au milieu des parfums sacrés, des chants majestueux, du son des lyres et des harpes : toutes les merveilles de l'âge d'or tellement amplifiées par l'imagination des hommes que les mages diront que la ville capitale du Ginnistan était entièrement bâtie de diamants, que d'un coup de baguette les diamants, les rubis, l'or, les marbres, les cristaux précieux, se taillaient, s'élevaient en portiques ; les eaux les plus limpides coulaient sur des gazons toujours frais, sous des ombrages toujours verts.
Mais toute cette félicité ne devait pas durer. Quand l'homme prit la direction de la société et réduisit la femme en esclavage, dans les époques de persécution et d'angoisses, d'inconcevables douleurs s'abattirent sur le monde. Le Ginnistan, l'ancien lieu de délices, devint le gynécée, la prison des femmes. La jalousie de l'homme a dénaturé leur rôle ; la haine que leur supériorité a engendrée les a couvertes d'opprobres, elles furent poursuivies par la méchanceté. Malgré cette malédiction, la tradition de leur puissance et de leur savoir s'est conservée en faisant de leur nom le nom divin.
Elles furent attaquées et vaincues par Gian.
Nous trouvons encore dans la tradition sacrée de l'Iran un nom générique pour représenter la Femme-Esprit : « les Izeds », qui sont ce que sont ailleurs les Génies, les Fées, les Muses ; il y en a 28, elles président à chaque jour du mois. De là l'usage du calendrier.

LA DIVINITÉ PRIMITIVE EN ARABIE
La Femme-Esprit, chez les anciens Arabes, c'est l'Almée, en arabe Almet, d'Alam (savoir).
L'Almée, c'est « celle qui sait ». Elle représente l'âme, c'est-à-dire la vie, que l'on appellera plus tard Alma, et dans certaines langues l'homme parlera encore à la femme en l'appelant Alma mia, mon âme.
Nous trouvons aussi la Femme appelée Almageste (la très grande), mot dérivé du premier et dont on fera en grec Mégistê au féminin et mégistos au masculin, superlatif de Mégas (grand). Inutile de faire remarquer que c'est de ce mot qu'on fera Majesté. Après ce nom générique donné à la Femme, nous trouvons des désignations particulières telles que :
Allah-Taola, Divinité suprême adorée au Hedjaz.
- Al-Lat, (l'Alilat d'Hérodote), dont le sanctuaire était à Tayt (Taïf), près de la Mecque.
- Monat (Manat ou Manah), adorée à Codayd (Qudayd).
- Al-Ouzza (Al-Uzza ou Al-Ozzâ), adorée à Makhla (Nakhlah).
- Sawâha, Déesse adorée à Rohat, dans le Tihâma.
- Shams, Déesse du Soleil (en hébreu Shemesh).
Dans toutes les formes de la grande religion de la Nature qui régna si longtemps, dans l'univers tout entier, nous voyons à l'aurore de tous les cultes : la Femme.

DIVINITÉ PRIMITIVE CHEZ LES ÉGYPTIENS
D'abord, le nom Noutir ou Nuter, force, puissance, représente très anciennement les Divinités. Ce nom signifiera, plus tard, « renouvellement », et on en fera le symbole astronomique du renouvellement du jour par le Soleil. Mais avant que les religions deviennent astronomiques, elles furent terrestres et humaines, et alors Nuter signifiait : renouvellement de l'humanité par l'enfantement ; c'était la fonction maternelle. Il semble que c'est de Nuter qu'on a fait Nature. Nous trouvons aussi Nout ou Nouit, qui signifie « Femme céleste, protectrice de l'homme », et Maut, « Mère du ciel ». Neith ou Neit est aussi une personnalité féminine que les Grecs assimilent à Minerve ; elle symbolise l'espace céleste, elle est appelée « Mère génératrice du Soleil ». C'est d'Elle qu'il est dit : « Je suis celle qui suis », Nuk-pu-Nuk.
D'autres noms semblent avoir eu primitivement une origine féminine : ainsi Ra, dont on fait Rhéa en Grèce, en changeant sa signification, représente d'abord le Soleil. On la retrouve dans Ra-taoni et dans la Ritha de Champollion. C'est la manifestation la plus éclatante de la Divinité. Ra veut dire « faire, disposer », allusion au rôle primitif de la Femme. La racine Ra a fait ratio (la raison droite, non déviée). Radiation a la même origine : « les Radiations, les recteurs de l'Univers ».
Dans les idiomes orientaux, rou indique le rayon visuel et rad tout mouvement qui se détermine sur une ligne droite. Le recht (allemand) et le right (anglais), Droit, en sont dérivés, ainsi que le rectum latin (ce qui est droit).
On donne à Ra une fille, Jou-s-ass, qui recevait le titre de « Régente d'Héliopolis » ; on traduit son nom par ces mots : « Venue de Sa Grandeur ».
Il faut nommer encore, parmi les primitives Divinités égyptiennes, Ma qui est la Déesse de la Vérité et de la Justice, elle semble être la Mahâ ou Mâyâ de l'Asie, la Mâyâ supérieure, celle que les Égyptiens, plus tard, figureront par une statue voilée de noir, avec cette inscription : « Je suis tout ce qui a été, tout ce qui est et sera, et nul mortel n'a pu lever mon voile » (ce qui indique que la nature est cachée à l'homme). C'est la source d'où tout sort, la Mère mystérieuse de toute forme, lumineusement rayonnante, c'est elle que les hiérophantes d'Egypte nommeront « Isis », le principe du rayonnement de l'Esprit.
La Déesse Ma est coiffée de la plume d'autruche ; cette plume sert à écrire le mot « Vérité » et le mot « lumière », elle restera dans l'héraldique.

LA DIVINITÉ PRIMITIVE EN CHINE
Les historiens ne nous disent pas grand chose des temps primitifs de la Chine. Nous savons, cependant, qu'avant Confucius une religion a existé, qui avait été faite par des « Génies ». Inutile de dire que c'est le nom générique qui désignait les Femmes.
Les écritures sacrées qui nous restent et qui ont été revisées et altérées par Confucius, au profit de la cause masculine, nous laissent, cependant, apercevoir encore les idées primitives qu'elles renfermaient ; il faut seulement savoir les lire en tenant compte de l'intention qu'on a eue d'en supprimer les noms féminins. Cette précaution prise, voici ce que nous trouvons :
Le principe divin, appelé Chang-ti, est considéré (avant le règne de l'homme) comme l'Esprit supérieur, qui s'élève vers le ciel, et par extension on finit par en faire le ciel même, appelé Thien. Quant au mot ti, il indique la souveraineté suprême et a la même signification que le thé des phéniciens (1)
« Thien est redoutable, mais il est propice à ceux qui ont le cœur droit ».
On croyait au Chang-ti comme à un être réel et vivant, et on le faisait intervenir dans les événements de ce monde. Il représente l'action providentielle de la Femme, action collective et anonyme. On lui attribuait les plus hautes qualités qui se puissent concevoir. C'était pour les Chinois l'idéal de justice, de puissance, de sagesse, de perfection.
« Il est le maître du monde », dit le Chou-King.
« Lui seul est souverainement intelligent et éclairé, et l'homme parfait l'imite ».
Or, l'homme n'imite pas un principe abstrait qui est dans le ciel, il n'imite que l'être terrestre, réel, humain, et c'est cette imitation des qualités de la Femme qui fait progresser l'homme moralement.
Quoiqu'on donne à Thien des attributs humains, on ne le représente pas par des images ou des statues. « Il observe les hommes et veut qu'ils ne fassent que ce qui est conforme à la raison et à la justice. Ce n'est pas lui qui perd les hommes, les hommes se perdent eux-mêmes en transgressant ses lois éternelles ».
Il y a en ceci une justification qui prouve que cette phrase a été écrite à une époque où la Femme était déjà accusée de perdre l'homme.
« Il reconnaît le bien et le mal que nous faisons ; nos actions, quelles qu'elles soient, sont inscrites dans son cœur comme dans un livre de comptes ».
C'est la Femme qui lit ainsi dans l'esprit de l'homme : « ceux qui font le bien, il les comble de toutes sortes de bonheur : ceux qui font le mal, au contraire, il les afflige de toutes sortes de maux ».
De qui l'homme tient-il le bonheur ? N'est-ce pas de la Femme, dispensatrice des joies ? Mais d'elle aussi viennent les maux pour le méchant qui craint ses reproches et ses jugements. Dans le Chi-King, il est dit du Chang-ti, considéré comme la Divinité :
« Tout invisible qu'il est, il est près de nous ». C'est ainsi que la Divinité est devenue invisible, depuis qu'on n'a plus voulu la voir sur la terre, mais son action s'est toujours fait sentir.
Le Chang-ti, même pour les lettrés modernes, n'est pas une puissance céleste, c'est un Être, le premier des Êtres, l'auteur de tous les Êtres. Ils n'osent pas dire la « Mère » comme les disciples de Lao-tseu, plus près que les disciples de Confucius de la Vérité. C'est « le Suprême Seigneur qui gouverne le monde, qui perce dans le secret des cœurs, à qui rien n'est caché, qui élève ou abaisse ceux qu'il lui plaît, qu'on doit honorer ».
Tout cela est dit de la même façon dans toutes les religions théogoniques.
Les savants chinois enseignent que le mot Thien, qu'on traduit par « Ciel », n'est qu'une image employée en style noble et figuré, mais qu'il ne représente pas le ciel visible et matériel.
Le savant empereur Kang-hi (1662-1723), auquel les missionnaires jésuites demandaient des explications sur la Divinité adorée par les Chinois, répondit que par Thien les Chinois entendent, non le ciel matériel, mais le « Seigneur créateur de toutes choses », confondant dans son esprit l'action terrestre de la Femme, de la Mère qui crée l'enfant et organise la vie, avec l'action du principe cosmique, de la force radiante qui émane des astres incandescents et n'est pas un « Seigneur ». Et il ajoutait : « C'est par respect qu'on n'ose pas l'appeler par son propre nom, et qu'on a coutume de l'invoquer sous le nom de ciel suprême, de ciel bienfaisant, etc. »
Or, le respect n'empêche pas du tout de prononcer un nom ; ce qui l'empêche, c'est l'orgueil, puis la conscience d'une mauvaise action, c'est le remords. Là est le vrai motif qui fait qu'on ne nomme plus la Divinité sous son vrai nom, son nom primitif qui était féminin. Ce fait s'est produit partout. Nous le constatons ici chez un peuple qui, certainement, n'a eu aucun rapport, dans ces temps éloignés, avec le peuple hébreu, qui, lui aussi, n'osait plus prononcer le nom sacré de lahveh, la Femme, depuis qu'il l'avait renversée de sa suprématie morale.
Cette Divinité féminine, ce Thien des Chinois, supprimé du monde terrestre, est cependant resté gravé dans la conscience de l'homme qui n'a jamais cessé de sentir une « Providence » féminine agissant près de lui, l'éternel « Esprit féminin » toujours présent devant sa conscience, et qui le juge !
Les modernes Chinois ont fait de leur Chang-ti ce que tous les peuples ont fait de leur Divinité. La même évolution des idées s'est accomplie chez tous. Partis d'un même point de départ : la Femme, ils sont arrivés à la même idée : un Etre surnaturel.
C'est que, d'exagération en exagération, on lui a donné des proportions gigantesques, en même temps qu'on lui ôtait son sexe et sa réalité terrestre.
(1) La Déesse Dercéto, surnommée Istar ou Isthar chez les babyloniens, qui devient Astar chez les Phéniciens, a pour racine « Star » qui signifie astre ; on y ajoute la racine thé qui veut dire « parfait », et on fait Astar-thé la Reine des cieux, la Déesse des astres

LA DIVINITÉ PRIMITIVE EN GRÈCE
Le premier âge de l'histoire des peuples est résumé dans cette phrase d'Hésiode : Les Dieux mènent le monde ! Mais personne ne comprendrait la signification de cette phrase, si on ne rendait pas au mot Dieu sa première signification, si on n'expliquait pas que l'entité divine est, d'abord, exclusivement féminine. Le Dieu qui mène le monde, c'est la Déesse, c'est la Femme. Et Hésiode nous dit encore en parlant de ces êtres divins : « Les dieux interviennent en tout, l'homme doit leur obéir, car il est petit auprès des dieux, il doit se préoccuper de leur volonté, écouter leurs oracles, respecter leur puissance. Obéir aux dieux, c'est obéir à la loi qui domine la destinée humaine. Et cette loi dit à l'homme : « Connais-toi toi-même, n'oublie pas ta misère, c'est la moïra, la loi de la vie ». C'est parce que cette loi de la vie était à la base de la société, que la sagesse divine (Théosophie) fut le facteur de la grande civilisation qu'on a appelée l'Age d'or. Le sentiment religieux, si profond dans cette jeunesse humaine, répondait au besoin naturel d'adoration qui est dans le cœur de l'homme jeune.
Par la piété il s'efforçait de conformer ses actes aux désirs de la Femme Divine et de rendre à la Déesse ce qui lui est dû en respect, en soumission dévouée, en vénération. Par la foi l'homme s'abandonnait complètement aux décisions de la Déesse dont il reconnaissait la suprématie.
La religion était alors le lien moral qui unit l'homme à la femme sur le plan divin, c'est-à-dire spirituel. « Il existe sur la terre, dit Hésiode, trente millions d'immortelles chargées de veiller sur les hommes ».
Ces immortelles sont les Femmes, les Déesses vivantes, dont l'âme ne meurt pas dans leur longue existence féminine. Elles sont aussi « les Muses » appelées d'abord Moeses, terme générique qui a la même signification que le mot « Fée ». « Les Muses, dit Hésiode, chantent les lois de l'univers. » « Thétis donna le jour à ces Filles divines auxquelles les hommes sacrifiaient leur chevelure ».
Puis vient l'exagération symbolique et, pour dire que la mère enfante des filles et des garçons, on dit : « Theïa fut mère du Soleil immense, de la lune brillante et de l'aurore ».
La Grèce avait aussi des « Grâces » qui présidaient à la gaieté, à la joie, à tout ce qui épanouit l'âme. Eurynomie, mère des Kharites, symbolise la grâce dans la beauté. On est arrivé à réduire les Grâces à trois types : Aglaé (la brillante), Thalie (la verdoyante), Euphrosyne (celle qui réjouit l'âme).
On n'en adorait que deux à Sparte et à Athènes. L'Iliade en mentionne quatre. Elles sont couronnées de fleurs, elles chantent, elles dansent, auprès des sources. Puis après les noms collectifs qui indiquent  « toutes les Femmes » viendront plus tard les grandes personnalités. Mais, d'abord, les noms divins sont génériques, si bien que Divin est synonyme de Féminin.

CHEZ LES ANCIENS PEUPLES ITALIQUES
Nous avons une multitude de documents sur ces temps primitifs, qui sont bien réellement l'histoire de la Femme ; l'homme y a un rôle secondaire. Il ne faut pas oublier que pendant le temps de cette adolescence humaine la jeune fille est beaucoup plus avancée dans son évolution que le jeune garçon, elle a sur lui une avance si incontestable que personne ne pense à la discuter, et c'est la suprématie intellectuelle et morale qu'elle possède alors qui lui donne son caractère sacré (divin), universellement reconnu.
L'humanité primitive ne connaissait pas encore le mensonge sexuel, elle vivait suivant les lois de la Nature, et ce sont ces lois qui étaient la base de la Vie sociale, personne ne songeait à les nier et c'est ce qui donna une force si grande au Droit naturel.
Il faut aussi avoir toujours présent à l'esprit que ce sont les temps de la jeunesse de l'humanité, dans lesquels régnait la grande poésie, qui résulte de l'amour idéal de la femme, non encore possédée par l'homme, non encore assujettie à ses passions, qui, du reste, ne sont pas nées alors. Puis ces primitifs vivaient au sein de la Grande Nature, ne connaissant encore rien des préoccupations mesquines, nées plus tard de la vie difficile des grandes agglomérations humaines.

Au début de l'histoire sacrée, nous trouvons surtout des collectivités féminines, dont les attributs semblent bien représenter le rôle social que les femmes remplissaient pendant ces époques bienheureuses :
Ainsi, voici les Dryades et les Hamadryades, nymphes des bois, qui gardaient les arbres et empêchaient de les couper. Evidemment elles connaissaient l'origine végétale, l'Arbre de vie, et étaient chargées de le garder comme on garde un enfant, et d'en expliquer le développement.
Après celles-là, voici toutes celles qui s'occupent des eaux, les Néréides, les Océanides, les Naïades. Puis celles qui s'occupent de la Terre, les Oréades, nymphes des montagnes, les Napées, nymphes des vallons, les Mélies, nymphes des prés.
Ces entités collectives représentent les femmes des champs, des campagnes, des rivages, mais combien poétisées si nous les comparons aux femmes modernes !
Les Génies représentent l'Esprit féminin s'ingéniant à faire le bonheur des hommes. Ce sont les Divinités qui donnent l'être et le mouvement à tout. Chaque homme avait son génie tutélaire qui veillait sur lui. Il y avait dans chaque abri, dans chaque demeure, une Femme regardée comme le génie protecteur du groupe ; elles étaient considérées comme les auteurs de ce qui est agréable.
Par extension, les villes et les Etats auront aussi, plus tard, le leur, et c'est toujours sous la figure d'une Femme qu'il sera représenté.
Nous trouvons aussi dans ces temps reculés celles qui s'occupent de la nourriture et de la santé. On les appelle Sanitas, Hygie, on nous les représente comme des Déesses couronnées d'herbes médicinales. Eudémonie (Félicité) chez les anciens Latins tient une corne d'abondance, elle est assise sur un trône. Non moins importantes seront, un peu plus tard, celles qui s'occuperont des premiers échanges, des premières transactions commerciales. La plus grande fut Junon qui est surnommée Moneta (Juno-Moneta), parce que c'est elle qui inventa la monnaie, qui était frappée dans son temple.
Près d'elle nous trouvons Pécunia, Déesse de l'argent monnayé. J'arrête ici cette énumération, car il serait impossible de citer toutes les Déesses qui furent honorées sur cette terre d'Europe dont le nom est celui d'une femme.
Burnouf dit (Science des Religions, p. 17) : « La philologie comparée, qui remonte beaucoup plus haut que l'histoire dans le passé de l'humanité, prouve que la notion de Dieu se trouve représentée dans le langage le plus ancien par des termes vulgaires, compris de tout le monde, et, comme on dit en grammaire, par des noms communs, longtemps avant d'être exprimés par des noms propres. Athéna, etc., étaient des noms qui réveillaient dans la mémoire des Grecs le souvenir de certaines figures divines représentées dans les temples et auxquelles ils rattachaient certaines pensées religieuses. C'étaient pour eux des personnes divines, des noms propres ».
Il est certain que les noms des grandes Déesses qui ont surnagé lors de la défaite de la Théogonie, sont ceux des grandes femmes qui s'étaient particulièrement distinguées dans certaines localités et dans certaines familles.
Max Mûller dit aussi, à ce sujet, que les religions ont appartenu d'abord à des familles et à des sociétés extrêmement restreintes, c'est-à-dire que dans chaque famille on a gardé le souvenir et le culte des plus grandes, des plus aimées.

« Quelque grossière que soit l'idée qu'un homme se fait de son dieu, dit encore Burnouf (p. 23), chaque fois que sa pensée s'y arrête, il sent naître en son âme un mouvement de la sensibilité, qui ne se confond avec aucun autre ; ce sentiment réflexe, analysé avec tant de justesse par Spinoza, est double et se rapporte tout ensemble à l'idée qu'on a d'une puissance étrangère et surnaturelle et à celle de notre propre infériorité (c'est l'homme qui parle ainsi). Selon qu'on attribue à cette puissance la vertu de faire du Bien ou de faire du Mal, le sentiment qu'on éprouve à son égard est l'adoration ou la crainte (sentiment masculin vis-à-vis de la femme). Et comme les hommes attribuent toujours à leur dieu l'intelligence, leur adoration et leur crainte se transforment aussitôt en prières. La science n'a pas encore rencontré, jusqu'ici, une seule religion où la prière ne soit présentée comme un acte religieux essentiel ».

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A LONG TIME AGO IN THE PAST, FAR AWAY
Les forces agissantes de la Maternité ont créé une humanité droite, docile, disciplinée.... d'abord, jusqu'au débordement des passions de l'homme. Mais, pendant cette époque primitive, quel Paradis était la Terre !... Nulle révolte ! nul mensonge ! nulle rébellion !
Dans tous les hommes, à moins qu'ils ne soient des monstres, le souvenir maternel a laissé dans l'âme une impression profonde faite de respect et de tendresse sacrée.
Si tous les enfants étaient élevés dans la Vérité, il n'y aurait pas d'homme méchant.

ORIGINE DE LA RELIGION
Faire l'histoire des religions et des systèmes philosophiques qui ont surgi autour d'elles, c'est faire l'histoire de la psychologie humaine.
L'évolution religieuse, c'est l'évolution psychique de l'homme déroulée à travers les siècles. Elle répond à des lois aussi certaines que celles qui régissent les phénomènes physiques et les phénomènes biologiques.
L'état psychique de l'homme jeune a eu comme résultat de faire naître la manifestation sentimentale, qui dure depuis les temps les plus reculés, qui durera éternellement, et qu'on appelle, dans les temps modernes, la Religion.

PRÉLIMINAIRES
La Femme était la Déesse de l'homme jeune, la puissance supérieure devant laquelle il s'inclinait : c'est son image qui se gravait dans son cœur, elle était son idole. C'est pendant la période qui sépare le prélude de l'amour de sa satisfaction charnelle que l'amant a divinisé la Femme et, dans la vie actuelle, son atavisme lui rend le souvenir vague des impressions premières ressenties par ses ancêtres ; un regard, une parole douce ou tendre, une main qui touche la sienne, le silence de la nuit, sont empreints de mystérieuses saintetés qui pénètrent son âme sans qu'il en comprenne le secret.
C'est que la Nature fut le cadre des premières amours, des premiers dévouements, des enthousiasmes de la jeunesse phylogénique, et tout cela se réveille chez le jeune homme quand le lieu, l'heure, le milieu, lui rendent les conditions physiques qui accompagnèrent ses impressions premières. C'est ce qui crée le mystère, et rien ne captive comme les choses mystérieuses.
L'homme voit toujours dans l'amour un phénomène religieux ; la Femme qu'il aime est toujours Divine, les métaphores qu'il emploie pour parler d'Elle lui rendent tous les attributs de la primitive Divinité ; Elle est pour lui le Ciel, ses yeux sont des étoiles, ses dents des perles, ses joues des roses. L'hommage qu'il lui rend est un culte, c'est devant Elle qu'il se prosterne, à Elle qu'il adresse ses prières, qu'il apporte ses offrandes ; il est son dévoué, son fidèle serviteur.
Si, dans les discussions pour et contre la Religion, on a pu dire que le sentiment religieux est naturel à l'homme, c'est qu'on sous-entendait inconsciemment le sentiment que nous venons de décrire, mais on ne le définissait pas. Ceux qui le niaient ne considéraient pas le sentiment qui émane de la nature et ne voyaient dans les religions que l'adhésion réclamée par les ministres de tous les cultes pour les doctrines surnaturelles qu'ils enseignent.
Le sentiment naturel à l'homme (jeune surtout), c'est le sens de la vénération qu'il possède et veut exercer en adorant, en respectant toutes les perfections dans une Femme. On avait donné à ces perfections sept formes manifestées dans les Déesses primitives : la Justice, la Miséricorde, la Science, la Beauté, la Sagesse, l'Amour et la Force morale (le courage). Une multitude de noms de femmes sont restés attachés à ces attributs. L'histoire de la Religion naturelle, c'est-à-dire du culte rendu par l'homme à la Femme, c'est l'histoire de la vie morale de l'humanité.
C'est pour cela que la Religion est universelle, elle règne partout où les deux sexes se trouvent en présence. Aussi elle sera, éternelle et réapparaîtra toujours dans tous les lieux où l'humanité jeune recommencera l'évolution humaine, dans une vie ontogénique. Est-ce pour cette raison qu'on a dit que la Religion n'a pas d'histoire ? Est-ce pour cela aussi qu'on en a fait la base de la civilisation ? Peut-être, car sans le lien qui attache l'homme à quelque chose qui lui est moralement supérieur, qui lui crée un idéal à atteindre, un but à poursuivre, que resterait-il pour lui dans le désert des sociétés masculines ? La discorde, la jalousie, le néant, la mort !... 
Les croyances primitives, dans leur sincérité naïve, ne connaissaient pas encore les subtilités des prêtres. Le sentiment religieux qui pénétrait l'âme masculine, en présence des émanations divines, c'est-à-dire féminines, était un mélange de respect et de crainte, mais aussi de confiance et d'amour. Par la Foi, l'homme s'abandonnait complètement aux décisions de l'Esprit féminin, dont il reconnaissait la supériorité ; par la piété, il s'efforçait de conformer ses actions aux désirs de la Femme Divine aimée, et de rendre à la Déesse ce qui lui est dû en vénération et en soumission.
La « foi » est le secret de toutes les grandes choses, a-t-on dit, répétant cette espèce de dicton qui s'appliquait à la foi primitive ; c'est qu'en effet la première adhésion de l'homme à la parole de la Déesse a été le facteur des grandes civilisations de la haute antiquité. La foi a fait le monde parce que, lorsque l'homme a agi suivant la sage inspiration de la Femme, il a réalisé des prodiges. Chaque civilisation a été fille d'une religion théogonique donnant une impulsion sans cesse renouvelée à l'esprit humain.
« Ayez une âme d'enfant et la nature vous dira ses secrets ». En effet, la foi absolue n'existe que dans l'enfance. « L'enfant a des yeux de voyant ». Quand il devient homme, sa mentalité change, le doute l'envahit, s'impose, et il est, dés lors, partagé entre le désir et l'impuissance de croire. Triste état qui va lui donner des poussées de révolte et des heures de remords, qui va étonner la Femme et l'affliger, Elle dont l'esprit est inaltérable. Tant qu'il a aimé la Femme, il a été, le demi-dieu, la moitié de la Déesse ; quand il commence à changer, évoluant vers la révolte, il devient envieux et peu à peu naît en lui la haine qui lui inspire le mépris, mépris simulé, pour faire croire que la femme a moins de valeur que lui. Mé-priser, de , préfixe péjoratif, et priser, c'est-à-dire qu'il la prise moins, ne lui donne plus sa valeur réelle, et ce qu'il lui reprend en estime, il se l'attribue à lui ; c'est une balance dont il commence à renverser les plateaux, c'est pour cela que la Justice devient boiteuse.
L'impression de la Femme en face de ce mensonge manifesté fut terrible.
Mais le besoin d'aimer la Femme le reprend par moments, alors il se radoucit, recommence à adorer et à prier, sachant qu'il sera écouté parce qu'il sait assez que la Femme l'aime toujours.
Le Rig-Véda dit : « La prière domine les Dévas ». « La Déva, souveraine du Ciel, Indra, tremblait devant la redoutable piété du grand ascète Vishwamitra. » Voilà donc la Déesse qui a peur de l'homme, devenu une puissance adverse.
Dès ce jour, deux principes régnent dans le Monde : la Puissance du Bien qu'Elle représentera ; Puissance du Mal ou de la domination que l'homme va personnifier.
A l'âge poétique des religions, succède celui de la prose. L'homme n'aime pas, il raisonne, ou plutôt il déraisonne, fait des commentaires, des traités, invente une technique qui va remplacer la simple logique. Il arrête les règles des cérémonies qu'il va substituer aux libres impulsions de la Nature. Les anciennes vérités vont devenir des mystères sacrés ; on ne les enseignera plus, mais à leur place va s'élever le surnaturel, touffu, exubérant, envahissant et tenace.
Le Prêtre se perd en explications de ce qu'il ignore ou en justifications de ses fautes ; il se fait craindre, mais ne se fait pas aimer.
La Femme, près d'un tel homme, se laisse intimider. Elle a perdu l'audace de l'enfance, la confiance de la première jeunesse. Elle commence à connaître le Mal et à le redouter ; cela trouble sa vie et lui fait perdre l'expression franche de bonheur que possédait la jeune fille. Elle devient triste, abattue, craintive, et découragée. Cela l'enlaidit presque.

LA TRADITION ORALE
C'est la Tradition orale qui contient la véritable histoire de l'humanité. On peut détruire les livres, on ne détruira pas les traditions. C'est ainsi que l'histoire primitive est arrivée jusqu'à nous.
La tradition contient deux séries parallèles de faits :
1° Les faits du monde gynécocratique primitif qui forment la légende sacrée des premiers temps. Elle contient l'origine des langues, des sciences des croyances, de la vie morale, et de la vie sociale.
2° Les faits du monde androcratique qui constituent la légende profane. C'est, dans cette partie de la tradition que se trouve l'histoire des passions des hommes, de leurs luttes pour le pouvoir. C'est l'histoire des vices humains, elle commence à la luxure, passe par l'orgueil et l'égoïsme pour arriver au despotisme et au crime légitime qu'on appelle la guerre.
C'est cette seconde partie qui a été soigneusement conservée pour être donnée comme sujet d'études et d'édification aux jeunes générations. Quant à l'autre, on a employé tous les moyens possibles pour la faire disparaître.
Cependant, on n'y a pas réussi. La femme qui avait fait cette histoire là n'a jamais cessé de la raconter à l'enfant. Elle en a fait une collection de petits contes. Ils font toujours les délices des enfants ; c'est l'antique enseignement maternel, tenace comme une habitude religieuse. La Femme des premiers temps, c'est la fée qui peut tout.
Voici « La Belle au Bois dormant », où l'on retrouve un épisode du roman de Perce-Forest. Ce conte nous montre la femme endormie, c'est-à-dire hors la vie active, hors le monde pendant mille ans, l'âge de fer, mais réveillée par le Prince charmant, l'homme régénéré, qui lui rend sa place après ce long sommeil, avec le baiser de paix.
« La Belle et la Bête » représente l'histoire des luttes de l'homme et de la femme, Ormuzd et Ahriman, Vishnou et Civa, Isis et Osiris.
Dans le « Petit Poucet », nous voyons l'être petit (la femme est souvent représentée par un nain) poursuivi par l'être grand. C'est le souvenir des émigrations.
Dans « Le Petit Chaperon rouge », on nous montre l'enfant qui, rentrant au logis, trouve l'ogre (le Père) occupant la place de la Bonne Mère et, terrifié de cette substitution, exprime au géant son étonnement de le voir si grand.
« L'Oiseau bleu » est aussi une ancienne légende, car les Tagals, dont le Dieu Créateur est Bathala, adorent un oiseau bleu qui porte le même nom que la Divinité.
En général, l'oiseau est l'emblème de l'Esprit qui vole, de la radiation solaire qui fend l'espace.
« Barbe-Bleue » et « Riquet à la houppe » viennent de l'Orient.
Dans le « Chat Botté », on retrouve la « Chatte de Constantin le Fortuné » que Straparole avait empruntée du Pentanerone napolitain.
« Cendrillon », c'est la femme supérieure avilie, sa grandeur intellectuelle est cachée et employée à d'obscures besognes domestiques, tandis que ses sœurs, qui ne la valent pas, la méprisent, l'humilient (ce sont les femmes faibles et coquettes qui ont suivi les hommes dans leur vie de plaisir). Cependant, le jour vient où sa valeur morale est appréciée, sa nature supérieure reconnue, alors elle est rendue à sa vraie destinée, elle devient la Reine.
C'est la vieille histoire de la Vierge sage et des Vierges folles qui perdent l'homme. C'est une réminiscence de l'aventure de Rhodopis qui, pour avoir perdu l'un de ses petits souliers, épouse un roi d'Egypte.
« Peau d'âne », enfin, que la Fontaine entendait conter avec un plaisir extrême, seize ans avant les contes de Perrault, se reconnaît dans les vers latins de Godfried, qui pouvait en devoir l'idée moins à Apulée qu'aux fables indiennes dont il circulait en Europe des traduction latines depuis le XIème siècle. (Voyez Victor Lecler, Histoire littéraire de la France, t. I, XXIV).
Les contes de Fées ne sont pas des histoires sans signification, écrites pour amuser les paresseux, elles renferment en elles la religion de nos ancêtres.
Mythe veut dire une histoire fabuleuse exprimant une vérité importante, l'histoire de quelque personnage extraordinaire, à la biographie duquel l'imagination populaire a donné un développement excessif, grâce à la vénération d'une série de générations. Avec le temps, l'enseignement archaïque dévient moins clair, les nations perdent plus ou moins de vue le Principe supérieur, « la Déesse », et commencent à transférer ses attributs à son adversaire.
La Déesse, l'unique divinité, devient alors l'incompréhensible. Chez tous les peuples on trouve une tradition orale passant de Mère en Fille et perpétuant les idées primitives.
On a trouvé une tradition de ce genre dans les îles de la Mer du sud, sous forme d'anecdotes rimées servant à conserver le souvenir des événements et leur date. L'humanité jeune parla et chanta avant d'écrire. (Voir Ellis, Polynesian Researches, Londres, 1831).

ANTAGONIE
Antagonie vient de anta-gonismos, de anti (contre) et gonos ou gonia (la femme), donc : contre la Femme.
Nous allons, dans la suite de ce blog, montrer des siècles de luttes du prêtre contre la Femme. Les grands Livres sacrés avaient jeté un tel éclat sur l'esprit féminin que cela avait fait naître un sentiment de jalousie terrible contre les grandes Déesses qui en étaient les auteurs. Une caste sacerdotale va s'en emparer, les altérer, les masculiniser ou les détruire. C'est l'origine du mensonge religieux que nous allons voir se dérouler. Partout la femme va être cachée ou plagiée. Lui prendre ses idées, porter sa robe, va être la principale occupation de ses envieux.

AGE VIRIL DE L'HUMANITÉ
Nous sommes en pleine vie humaine. Toutes les, passions sont déchaînées. À l'amour va succéder la haine, l'envie s'est emparée du cœur de l'homme et va lui dicter l'injustice ; les crimes et les forfaits vont se multiplier. L'histoire va nous les raconter, car ceux qui auraient dû les cacher en ont eux-mêmes écrit le récit.
Les caractères physiques de l'humanité se modifient peu à peu ; le ravage des passions va creuser son empreinte sur le visage de l'homme. Sa physionomie va révéler son état mental. Les modifications de son caractère sont profondes, la prédominance de sa personnalité s'accentue de plus en plus, son orgueil grandit et lui donne une confiance en lui-même qui lui dicte les résolutions les plus hardies et les plus irraisonnées ; il devient impulsif. C'est l'époque des grands emportements, de la confiance en soi et des affirmations aventureuses. Sa sensibilité primitive est en décroissance. L'assimilation morale et intellectuelle qu'il possédait dans les âges précédents s'émousse ; il devient entêté et affirmatif pendant que son cerveau engendre l'erreur.

ORIGINE DE L'ANDROCRATIE
LE ROI
C'est par la révolte contre le pouvoir gynécocratique et divin que commença l'anarchie ; mais la guerre commencée contre les femmes continua entre les hommes.
Après avoir vaincu la Déesse, méconnu la Soffet, outragé la Sophia, l'homme fort écrasa l'homme faible, l'intellectuel, il nivela l'humanité en prenant pour étalon la bête humaine.
C'est ce que nous enseigne la légende de Procuste qui raccourcit les étrangers pour les faire entrer dans son lit de fer.
« La force déchaînée écrasa partout l'esprit et institua le règne des tyrans. La Grèce se hérisse de Républiques, les Celtes marchent de divisions en divisions ; une démocratie brutale monte et force toutes les intellectualités à se démettre. Ce sont les masses incultes qui veulent dominer. Toutes les lignes de démarcation disparaissent. On ne distingue plus, parmi les peuples, que des hommes libres et des esclaves selon qu'ils sont vainqueurs ou vaincus. Il semble que l'espèce humaine, emportée par un mouvement général de folie orgueilleuse, venait de perdre tout ce qui avait existé en elle de raison.
« Tous voulaient, commander, aucun ne voulait obéir ; chaque fraction voulait le pouvoir, l'anarchie était partout. Les noms qu'ils se donnaient exprimaient leur désir d'indépendance : c'étaient les Alains ou All-ans, les égaux en souveraineté ; les Allemands, égaux en virilité ; les Vandales, ceux qui s'éloignent de tous ; les Free-sons (Frisons), les fils libérés ; les Cimbres, les ténébreux ; les Swabes, les hautains ; les Allobroges, les briseurs de tous liens ; les Scandinaves, ceux qui errent sur leurs navires ; les Saxons, les enfants de la Nature, etc., etc.. » (Fabre d'Olivet).
C'est que, le joug de la Femme brisé, il n'en restait pas d'autre. L'homme avait bien pu se soumettre à celle qu'il aimait, ou à celle qui avait été sa Mère, mais pourquoi se serait-il soumis à un autre homme ? La première autorité qu'il voulut prendre est celle que représente l'Etat. La Religion appartenait encore à la Femme. Par sa révolte, il créa la séparation des pouvoirs, il inaugura la séparation du trône et de l'autel. La révolution masculine amena une corruption générale qui, bientôt, fit des progrès effrayants dans toutes les classes de la Société. Du haut des trônes de l'Asie qu'elle avait d'abord envahis, elle se glissait dans les sanctuaires. La réaction des Femmes ne pouvait plus contenir le mouvement désorganisateur ; elles cherchaient néanmoins à en ralentir le progrès.
L'esprit de l'homme errait dans les ténèbres qu'il s'était créées lui-même ; il cherchait à étouffer ses doutes, ses terreurs ou ses remords dans la jouissance à outrance et, au lieu d'un remède, il y trouvait une cause d'aggravation de son mal.
Enfin l'instinct triompha... et l'homme alors se servit de sa puissance pour s'affranchir de tous devoirs et pour affermir sa volonté, à laquelle il prétendit soumettre les autres.
Les mœurs qui résultèrent de cet état de choses furent caractérisées par une débauche à outrance et une guerre désordonnée, dans laquelle on cherchait, autant que des victoires, des satisfactions de l'instinct batailleur de l'homme. C'est que, lorsque sa force musculaire augmente, il a besoin de l'exercer, et c'est ce besoin qui le pousse au pugilat, à la lutte, à tous les exercices violents. C'est alors qu'il fit de la force une supériorité ; singulière logique, car avoir une chose en plus que les autres n'est pas un avantage si cette chose n'est pas une qualité qui élève. Si la force se développe aux dépens de l'intelligence, c'est une qualité négative, c'est-à-dire menant à un mal, non à un bien.
Se glorifier d'avoir plus de force qu'un autre est aussi logique que si l'on se glorifiait d'avoir plus de laideur que les autres. Il y a des superlatifs qui infériorisent.
Néanmoins la Force fut glorifiée ; les plus forts furent les plus honorés et les plus faibles furent méprisés. Chez les Grecs, l'homme bon, Agathos, c'est l'homme fort à la guerre ; Arïstoï, les meilleurs, ce sont les plus forts, les plus aptes à combattre. On se rappelle que les Lacédémoniens allaient jusqu'à jeter au barathre (sans le consentement des mères) les enfants mal venus. Chez les Romains, le mot Virtus signifie la force par excellence (vir).
Ces nouvelles idées servaient de prétexte pour avilir la Femme, pour l'asservir et la réduire en captivité ; tous ses droits furent violés, on ne lui en laissa qu'un : plaire à l'homme.
Mais cela ne fut pas sans de formidables luttes entre les partisans de la force et ceux de la Justice.
Comme on demandait à Agésilas qui l'emportait de la Justice ou de la vaillance, il répondit : « Si tous les hommes étaient justes, ils n'auraient pas besoin d'être vaillants »,réponse hypocrite qui faisait croire que la vaillance servait à défendre la Justice, premier sophisme d'où sortit tout le système moderne, ce régime qui a fait dire à Schiller : « En attendant que la philosophie sache régir le système du monde, le mécanisme de l'Univers se maintient par la faim et par l'Amour ».
Les hommes s'étaient libérés du lien qui les attachait à la Femme, mais ce ne fut que pour tomber sous un autre joug : celui de la domination des hommes sur les hommes, c'est-à-dire l'exercice de la tyrannie de quelques-uns au préjudice de tous les autres.
Ceux qui avaient le plus d'audace, le plus de résolution, le plus de cynisme, instituèrent la puissance du Mal, en prenant la direction des nations. Et les foules s'inclinèrent devant « la Force », et la « Force » se fit « autorité », et cette autorité devint la main de fer qui étrangla l'humanité.
Il faut à l'homme un esclavage. Aussitôt qu'on lui supprime son esclavage naturel, celui qui l'asservit à la raison, il s'en, procure un autre.

LE PRÊTRE
Comment la Prêtrise exercée par l'homme commençât-elle ? Quelle est l'origine du sacerdoce ? Quelles furent les premières phases de son évolution ?
L'histoire réelle nous montre que les premiers hommes investis de ces fonctions, dans l'antique Théogonie, sont des officiants mis au service de la Déesse et qui portaient le nom de « Prêtres domestiques ».
Renan,dans Le Peuple d'Israël, dit (p. 149) : « Le clergé est d'origine égyptienne. Les Israélites eurent probablement de ces sortes de ministres que chaque famille nourrissait pour les services qu'ils rendaient ; c'est ce qu'on appelait un adhérent, un aubain, un adjoint à la tribu ».
Et il explique que le mot ministre (en latin minister) veut dire serviteur ; il vient de minor (moindre), et c'est de là qu'est venu le nom minime donné à des ordres religieux.
Dans la Bible (Juges, 17, 9), nous voyons Milca dire à un jeune homme lévite (passage interpolé puisqu'il n'y a pas de lévites du temps des Juges et masculinisé puisque de Milca on fait un homme) :
D'où viens-tu ?
Je suis lévite et je voyage pour chercher une demeure.
Reste avec moi, tu me serviras de Prêtre et je te donnerai dix sicles d'argent par année et des vêtements pour ton entretien.
Et Milca consacra le lévite.
Mais les Prêtres ne se contentèrent pas de ce salaire et de cette position dépendante, ils voulurent prendre près de la Déesse une situation de plus en plus prépondérante et c'est ce qui amena la discorde.
D'abord la Déesse et le prêtre ne s'excluaient pas, ils se confondaient en une sorte de couple, tel Hermès et Aphrodite dont on fera le mot « hermaphrodite ».
Aux Indes, le Brahmane apparaît à côté de la Brahmine.
En Perse, le Mage s'élève à côté de la Magicienne ; le Druide à côté de la Druidesse qui régnait chez les Celtes depuis une haute antiquité et qui avait fondé partout des centres d'enseignement qu'on appelait « Collèges de Druidesses ».
Le Druide ne fut pas longtemps un collaborateur utile, puisqu'on le compare au gui, plante parasite, pour indiquer qu'il vit aux dépens des autres.
Le Prêtre est un homme mis en dehors du régime familial, un homme qui a quitté le domaine de sa Mère, qui est sorti de sa tribu, c'est pour cela que l'ordre lévitique chez les Israélites est appelé « Gerson » (étranger en tous lieux) (1).
C'est parce que le prêtre n'a été qu'un serviteur au début que l'on dit encore : « Le prêtre n'est qu'un serviteur des âmes ».
C'est par une grande déviation qu'ils ont substitué l'idée de puissance à celle de service.
La place toujours plus grande qu'ils prirent, alluma contre eux des colères. La prophétesse Hulda déclare impie le Grand-Prêtre Helkya.
En quoi consiste leur impiété ? Elle vient de ce que le Prêtre veut intervenir dans l'enseignement donné, il oppose à sa Maîtresse des doutes outrageants, des négations aventureuses, discute ce qu'il ignore, avec des affirmations audacieuses, parle sans connaissances et sans raisonnements des choses sacrées, commence à la tromper, emploie la ruse pour dominer, le mensonge pour se justifier.
Le résultat de cette conduite, c'est qu'il fut mis hors du Temple, éloigné des choses sacrées parce qu'il les avait profanées.
(Le mot profanati voulut dire en latin mis hors du Temple parce que les Prêtres renvoyés s'installaient en face du sanctuaire ; de là on fit le mot profanum : pro, devant, fanum, Temple).
C'est alors qu'animé d'un désir de vengeance, il employa le sarcasme pour ridiculiser, avilir, salir tout ce qu'Elle faisait. En face des anciens temples il éleva des autels et y érigea des dieux nouveaux qu'il fit à son image.
Mais cette parodie ne fut pas prise au sérieux d'abord ; il fallut du temps, des siècles avant qu'on acceptât cette idée nouvelle : l'homme devenu Dieu comme la Déesse. C'est lentement que le Prêtre escalada les échelons du Panthéon pour y prendre une place que la conscience publique lui refusait.
(1) En celtique, l'homme qui entre dans une famille à titre d'allié est appelé Eedom, c'est un enfant d'adoption ; Eedom devient Eydom, Eedhem, qui veut dire gendre (Darsy, Dict. Flammarion).

LA PROFANATION
Le Prêtre va être le destructeur de la Religion. II va remplacer la Foi (la bonne foi) par la mauvaise foi.
La Religion primitive, la Théogonie, était un ensemble de doctrines et de pratiques résumant les rapports de l'homme avec la Divinité qu'il adorait et à laquelle il rendait un culte. Cette Divinité, la Déesse, exigeait de lui la foi, c'est-à-dire l'adhésion à la Vérité absolue qui émanait de son esprit droit, la croyance aux lois de la Nature et la soumission à la loi morale. Tout cela constituait « la Religion », c'est-à-dire le lien moral qui devait relier l'homme à l'Esprit Féminin.
La communion de pensée est, pour la Femme, le plus grand bonheur qui puisse exister ; c'est pour cela que c'est la première condition qu'elle demande à l'homme lorsqu'il s'approche d'elle pour lui demander ses faveurs.
Mais, par une sorte d'ironie de la Nature, l'amour qu'elle lui inspire peut créer la perversion mentale de celui qu'elle aime.
Cependant, tant qu'il lui reste attaché, il garde sa foi, mais aussitôt que le lien se relâche, le désaccord surgit, il manifeste sa pensée renversée qui est la contradiction de celle de la Femme. En face d'Elle il garde l'apparence du serviteur fidèle, mais ses paroles prennent une expression nouvelle, c'est l'ironie, le sarcasme, il semble toujours affirmer sa foi, mais le ton qu'il y met est un démenti donné à ses paroles, c'est la mauvaise foi qui commence ; elle est d'abord cachée dans la ruse, plus tard elle deviendra cynique dans le mensonge.
Alors, tout, pour lui, prend un caractère nouveau, il dénature les idées spirituelles et en fait des idées sexuelles ; c'est un langage spécial qu'il crée en changeant la signification des mots qu'il ne comprend plus comme la femme les comprend.
Et à cette impulsion se mêle un peu d'envie et beaucoup d'ignorance, il veut croire que la femme descend comme lui dans les abîmes du sexe où, s'il ne le croit pas, il feint de le penser. C'est ainsi que les langues se transforment et qu'un nouveau langage apparaît. Le Prêtre donne aux mots une interprétation nouvelle dans laquelle il sous-entend que ce qui était spirituel est sexuel.
C'est ainsi que des mots qui servaient à désigner l'Esprit Féminin deviennent la racine de mots qui désignent le sexe de la Femme et ce qui en dérive.
Théogénie deviendra Theogonia (gonia, gaine, allusion au vagin).
Les noms des Déesses tant glorifiées par l'homme adolescent dévinrent des noms ridiculisés, on en changeait la terminaison en les retournant : Théà devint aeth par le retournement des lettres et Astar-thée devint Astaraeth ou Astaroth, et Istaroth, la grande Déesse Istar, va devenir une femme guerrière et voluptueuse.
La Vénus Uranie qui porte le flambeau de l'Esprit : Lucifer, devient la Vénus Callipyge, la femme-sexe.
Le mot Euménide voulait dire propice. Quand vint l'heure de la réaction, on représenta, par antithèse, les Euménides comme des furies.
L'étymologie des mots nous rend compte des idées primitives, elle nous fait retrouver le sens propre qui précéda le sens caché et le sens malpropre.
Ainsi le Bien et le Mal étaient représentés dans les sanctuaires par les emblèmes de la lumière et des ténèbres. On y donnait à l'initié le spectacle formidable du combat de ces deux principes opposés, et, après plusieurs scènes de terreur, on faisait insensiblement succéder à la nuit la plus obscure le jour le plus brillant et le plus pur. Mais ce symbolisme devait être, comme tant d'autres, détourné de sa signification, et de la lumiére, c'est-à-dire du feu de l'Esprit, on fit le feu de l'amour, plaçant en bas ce que la femme plaçait en haut, et Agni, l'amour sacré, devint Ignis, le feu.
De tout cela devait résulter une profonde confusion. C'est pour cela que cette époque fut appelée l'âge Kali (4ème du monde), âge de ténèbres et de souillure, âge noir et fatal, âge des causes et des effets sinistres.
De ce mot Kali on fit en latin Caligo et en français Gali ; on y ajoutait le mot mathias (discours), ce qui voulait dire : discours ténébreux. C'est ainsi qu'on désignait la parole des esprits enténébrés s'agitant dans l'ombre des erreurs et du mal.
Les choses sexuelles prenant, dès lors, la place des choses spirituelles, le prêtre créa un culte nouveau, obscène.
Pour lui, la femme est un organe. Cet organe devient la coupe du plaisir ; il est représenté par le calice de la fleur qui devient le vase sacré des Mystères.
C'est alors que les femmes outragées rappellent les hommes à la vérité et les somment de parler proprement, c'est-à-dire suivant le sens réel des mots ; et ces expressions « à proprement parler », « employer l'expression propre », sont restées dans les langues et sont opposées au langage malpropre et figuré qui avait été inventé pour vexer les femmes.
Ce ne fut d'abord qu'une taquinerie, cela devint une habitude, puis cela devint un dogme, celui qui est à la base de toutes les religions modernes. 

ORIGINE DES DOGMES
Les Déesses et les Prêtresses qui s'étaient adonnées surtout à l'étude de la science, avaient su arriver à soumettre la pratique de la vie aux lois qui découlaient de leurs admirables conceptions de l'harmonie du monde.
Elles avaient dirigé, avec leur esprit clairvoyant et leur sagesse, les institutions sociales. Tout leur gouvernement découlait de leur science de la vie. Les Prêtres voulurent changer tout cela. Ne comprenant pas les lois qui avaient dicté le savant échafaudage Théosophique, moral et social, et ne cherchant dans le pouvoir que l'intérêt immédiat et personnel, ils ne s'occupèrent que des choses concrètes, ils accommodèrent leurs croyances et leurs institutions, non plus à la Vérité, mais à leurs besoins ou à leurs caprices, et de la science primitive firent « la Théologie », pendant que de la savante organisation matriarcale, les rois faisaient « la Politique ».
Les Femmes avaient fait une Doctrine (de docere, instruire, enseigner) ; les hommes firent des dogmes (de dokein, sembler).
Triste transformation qui amena la chute de la paisible et féconde Gynécocratie, détruite par le mensonge du prêtre et par la fougue guerrière du conquérant portant partout la dévastation.
Ce fut un effroyable malheur pour la Terre tout entière, puisque ce fut le commencement de l'ère de cruauté, de servitude, de barbarie, qui devait durer aussi longtemps que l'anthropocratie.
Les Femmes faisaient tout venir de la Vérité, de la Justice, du Droit.
Le verbe aryen Vasa (racine du mot Vérité) signifiait établir, fixer, on reconnaissait que c'est la Vérité qui crée la fixité, la solidité. La Théogonie (règne du génie) avait engendré la Théodicée (règne de la Justice, de Dikê, Justice), et la Théosophie, la sagesse qui préside à la vie sociale.
Les hommes firent tout venir de leurs instincts, de leurs sentiments, ou de leurs caprices, ils rapportèrent tout à eux. De là les deux formes de l'autorité : la forme féminine, la première exercée, qui créa des pouvoirs sociaux correspondant aux pouvoirs naturels, et la forme masculine qui vint créer une religion qui appropriait des Dieux aux intérêts des hommes et cachait dans des mystères les Vérités devenues gênantes.
C'est toute cette antique splendeur du règne de la Femme que le régime nouveau vint abattre, quand l'homme, se présentant en face d'Elle, en conquérant, en vainqueur, s'empara de tout ce qui venait d'Elle ou de son influence et le dénatura. Il sut cependant donner, au monde qu'il fit, une apparence de grandeur qui a pu tromper les esprits, mais qui n'avait pas de fondements durables.
L'homme ajoute à l'oeuvre de la Femme des choses matérielles, des pierres, de l'or, du marbre, il construit de somptueux temples, mais la Vérité n'y est pas manifestée, l'idée y est amoindrie, et c'est l'idée qui fait vivre les nations.
On peut mesurer la valeur morale des peuples à leur architecture. Quand des monuments magnifiques sont édifiés pour loger une pensée qui s'égare, la décadence n'est pas loin.
Les nations primitives étaient parvenues au plus haut degré de l'état social, leur empire avait embrassé la terre entière, mais, après avoir jeté leur plus grand éclat, les lumières commençaient à s'obscurcir. 

LA MYTHOLOGIE
Le Prêtre, de cette première révolte religieuse, allait donc créer un système nouveau d'enseignement fait d'allégories, de paraboles, de symboles, de métaphores. Il allait créer des images, des comparaisons qui signifient autre chose que ce qu'elles expriment.
Le feu fut mis pour l'esprit et pour l'amour, l'eau pour l'ignorance et l'erreur, le ciel pour le bonheur, etc., etc.
Tout cela devint le vaste système qu'on appela la Mythologie.
C'est un tissu d'imagination bizarre, un amas confus de faits destinés à cacher, en les embrouillant, les vérités de l'époque antérieure. Comme tout ce qui est fait par l'homme dans un but de justification, il y règne le plus grand désordre, on n'y trouve aucune chronologie, souvent le même fait est présenté sous différents noms. Dans son ensemble, c'est un assemblage de contes misérables, presque toujours destitué de vraisemblance et digne de mépris. C'est ainsi que les anciennes croyances se perdirent dans les fables du polythéisme.
Cependant on sait que sous le voile de l'allégorie quelque chose est caché. Ainsi il faut connaître la science primitive pour comprendre le symbole représentant un aigle à tête d'homme ou armé d'une faulx. Pour comprendre aussi le symbole représentant une femme avec un croissant ou une tour sur la tête.
La Religion qui avait élevé les hommes, purifié les cœurs, nourri les intelligences, ne servit plus qu'à donner à ses ministres une arme de despotisme, une occasion de mensonge.
Ce sont les premiers pontifes de la Religion, ainsi transformée, qui prirent le nom de « Hermès », mot qui signifie « cacher ». Le Prêtre cacha, c'est-à-dire voila ce que la Prêtresse avait dévoilé. Il revoila, et c'est de ce mot que, par antithèse, on fit révéler. Les Hermès cachèrent la vérité sous des paraboles et des allégories : c'est ce qu'on appela la « Fable ».
Mais cette histoire faite par l'homme ne fut jamais considérée comme la réalité.
La Mythologie fit de la Fable elle-même une divinité allégorique, fille du sommeil et de la nuit. On dit qu'elle épousa le mensonge et qu'elle s'occupait continuellement à contrefaire l'histoire. On la représente avec un masque sur le visage et magnifiquement habillée.
En même temps, on représentait la Fraude avec une tête d'homme à physionomie agréable, et avec un corps de serpent et la queue d'un scorpion.
On fit de tout cela une science : l'Homologie, qui est l'art de représenter les êtres de raison par des emblèmes, ou par des figures allégoriques. Cette science s'étend à l'explication des images et des monuments antiques.
Les Prêtres ne veulent plus entendre parler des lois de la Nature que les Femmes ne cessent d'invoquer.
Ils déclarent que la Nature, c'est le rêve. Maya, qui la représente, qui l'explique, va devenir le symbole de l'illusion. Ce qui est naturel est déjà condamné, le surnaturel va apparaître.
Le Prêtre va expliquer la Nature par différents systèmes :
- Le système astronomique qui mettait tout dans le ciel ;
- Le système psychique qui mettait l'âme hors du corps et la faisait agir immatériellement ;
- Le système anthropologique qui mettait le féminin dans le masculin, confondant les deux sexes.
Et tout cela fut entouré de mystères parce que ces dogmes nouveaux soulevaient des protestations.
Deux partis étaient en lutte : des philogones et les antigones, c'est-à-dire les féministes et les antiféministes.
Les Hiérophantes (prêtres) faisaient du phallicisme une science secrète qui leur appartenait exclusivement.
C'est cette science qui était le fruit de leurs études et sanctionnait leurs erreurs.
Quant à l'antique science théogonique, elle était si adroitement et si audacieusement dénaturée qu'il fallut la cacher pour en sauver les principes. Son idéal était trop haut pour ces hommes. Du reste, peu nombreux étaient ceux qui en découvraient la signification.
La plupart n'arrivaient pas à comprendre la nature de la Femme, si différente de la leur ; ils ne savaient pas démêler le féminin du masculin et, mêlant le tout, ils en faisaient une dangereuse Anthropogonie.
Les mystères cosmogoniques des Prêtres ne furent qu'une série d'absurdités et n'ont été inventés que pour voiler la science primitive, surtout les mystères de la vie sexuelle et les luttes de sexes qui faisaient le fond de l'enseignement des Déesses. Dans la Cosmologie masculine, l'homme devint l'Ether ou le Soleil, la Femme fut la Lune.
La science réelle, devenue occulte il est vrai, a survécu ; elle est éternelle, et les cosmogonies des Prêtres ont sombré dans le ridicule.
Aussi il ne faut pas prendre les superstitions de cette cosmolâtrie pour les origines des religions, mais pour le point de départ de leur décadence.
Quand le Prêtre, d'abord serviteur du Temple, voulut intervenir dans l'enseignement pour le dévier de la voie droite, pour contredire, opposer des doutes outrageants, des négations audacieuses, il fut mis hors du Temple parce qu'il profanait les choses saintes. Alors il se vengea en conspirant, mot qui fut composé de cum, préfixe, et spirare, souffler (souffler la discorde, l'erreur, dicter l'opinion contre la Vérité).
Le Prêtre fut le destructeur de la Religion, puisque c'est lui qui vint rompre le lien qui unissait l'homme à la femme.
Et ceci nous explique pourquoi on nous parle si souvent de la vengeance divine. Il ne s'agit pas de l'intervention capricieuse de dieux offensés, il s'agit de la violation des droits naturels de la Femme Divine, des outrages faits au sexe féminin.
Combien cette histoire est claire quand on l'explique en termes clairs, en termes propres, combien elle est obscure si on change la signification des mots, si on change le sexe des personnages en cause... 
Quand on vous parle de la Femme Divine qui est offensée, vous comprenez très bien, mais si le Prêtre met le mot Dieu à la place de Déesse et vous parle d'un Dieu offensé, vous ne comprenez plus rien.
Dans la lutte des Déesses contre l'orgueil de l'homme les prêtres sont comparés aux corbeaux, on les appelle ironiquement Hiérocoraces, c'est-à-dire corbeaux sacrés. C'est ainsi que sont appelés les ministres du culte de Mithra.
Ils se justifieront en disant que c'est à cause de la couleur de leurs habits. Non, c'est parce que l'erreur et l'ignorance sont représentées par la couleur noire. Chez les Grecs, le prêtre est appelé Iereus (de Ureus, serpent).
Augure, le nom des prêtres romains, vient d'une racine qui signifie vautour (geier en celtique, agur en hébreu, guira en garamis).
Les emblèmes des fleuves qui versent de l'eau, des jarres qui déversent, symbolisent de mille façons le Prêtre qui cache.
Les Pontifes des Mongols s'appellent Lama, mot qui signifie Mer dans la langue de ce peuple.
Pontifex vient du Celte (de Pond, mer).
Enfin, les Prêtres n'ont jamais été que des sous-prophètes, des Hypophètes (interprètes-messagers), ceux qui annoncent au peuple la parole des vrais prophètes.
Quand au lieu d'être des interprètes ils veulent parler par eux-mêmes, ils imitent la Divinité intuitive (pour connaître la volonté des dieux, disent-ils) et du Divin féminin font le Devin masculin.
Les eubages sont des prêtres divinateurs, des devins, ceux qui devinent pour imiter la Divine, « celle qui sait ».
Si bien que la mystique des femmes devient la mystification des hommes.
Le nom des Prêtres, en latin calx, vient du sanscrit Kalki qui signifie ruade de cheval (le coup de pied de l'âne).
En espagnol, on dira coz. Cela signifie reflux chez les Celtes.
En celtique, nous trouvons Schalk que les Prêtres feront signifier Divin et que les poèmes homériques écrivent Calchas.
Le cheval qui rue est aussi appelé Nizeien, Comme nous l'apprend Hérodote.

On sait que l'Inde a prédit que Vishnou, l'Esprit féminin, reviendra sur Kalki, le cheval blanc, comme dernier Avatar, au milieu du feu de l'Esprit, pour rétablir la connaissance.

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LE RESPECT DE LA FEMME
Un changement social est attendu par les habitants de la Terre tout entière.
Partout on cherche une orientation nouvelle de la pensée, une Direction Spirituelle qui sorte l'humanité du cauchemar que le vieux régime du mensonge, de l'erreur et de la ruse a créé.
On attend une résurrection de la vie de l'esprit, qui refasse à l'homme désorienté une nouvelle vie morale, et on aperçoit clairement que la reconstitution mondiale ne peut se faire par la politique et la diplomatie.
L'immense crise des besoins humains a pour point de départ le besoin de vérité.
Avant de pouvoir dire : Voilà ce qu'il faut, il faut pouvoir dire : Voilà ce qui est.
Il y a donc une science à faire, la science des réalités.
Barbusse a dit :
« Nous avons besoin des Maîtres qui savent tout ce que nous ne savons pas. »
« Mon éducation m'a rempli, comme les autres, de siècle d'ombre, d'humiliation et de captivité. »
« Nous avons tous eu une jeunesse qui a été un temps perdu pour notre progrès moral, le temps pendant lequel nous aurions pu tout et nous n'avons rien fait parce que nous ne savions pas. »
L'époque à laquelle nous sommes arrivés est, de l'avis de tous ceux qui comprennent la signification des événements, une ère de révision générale.
On remet en discussion toutes les questions qui ont été agitées par l'esprit humain depuis les temps les plus reculés, avec l'espoir que, de cet examen, sortira la vérité sur laquelle on posera les bases d'un régime nouveau qui donnera à tous une vie meilleure.
Or, la base de toute réforme sociale c'est la reconstitution de la vie morale, c'est à dire des mœurs.
Pour rétablir les relations de l'homme et de la femme il faut, d'abord, remettre les deux sexes à leur place, les faire rentrer dans le rôle que la nature leur a assigné, respecter les facultés de chacun et assurer leur plein développement.
Si les bonnes relations de l'homme et de la femme ont été rompues, c'est parce que chacun d'eux n'occupe pas sa vraie place dans la société, ne vit pas suivant ses facultés.
La femme est un être avili, placé dans la vie sociale à un rang inférieur à celui que la nature lui a assigné. Son autorité est nulle, sa parole n'est pas écoutée, ses œuvres ne sont pas estimées à leur réelle valeur, tout ce qui vient d'elle est déprécié.
Or, le féminisme doit avoir pour but, avant tout, de remettre la femme à la place qui lui est due, dans la vie sociale et dans la vie familiale.
Pour y arriver il faut diriger l'opinion de façon à ce que justice lui soit rendue devant l'esprit public.
Pour que les droits sacrés de la femme soient reconnus, il faut d'abord les formuler. Et pour cela il faut commencer par étudier les conditions qui déterminent la valeur réelle des êtres et leur assigne une place dans la hiérarchie humaine.
Ce n'est pas avec des formules vaines, répétées au hasard, avec des mots vides de sens qu'on résoudra cette grave question. Ce n'est pas non plus par vanité de sexe que la femme doit parler d'elle (ainsi que les hommes l'en accusent, supposant qu'elle se met, comme eux sur le terrain de l'intérêt personnel), c'est dans un esprit de suprême justice que la femme, laissant de côté toute modestie imposée et trop facilement acceptée doit étudier les conditions qui différencient les deux sexes, au point de vue anatomique, physiologique, psychologique et moral.
C'est à elle qu'incombe la tâche de faire connaître la valeur de l'être humain qu'elle représente et l'étendue des facultés dont elle est douée.
Tant qu'elle n'entrera pas résolument dans cette voie, définissant elle-même les différences qui existent entre les deux sexes, l'ignorance qui règne en ces questions perpétuera les conflits, prolongera les luttes.
Le grand devoir de la femme est de sortir de sa passivité docile, de faire acte d'indépendance intellectuelle en commençant par étudier sa réelle nature. Elle serait coupable si elle continuait à accepter les enseignements et les conclusions humiliantes des hommes qui l'infériorisent et à s'incliner devant eux comme devant des maîtres.
C’est à cette condition seulement qu'elle saura diriger sa vie, faire l'éducation morale de ses enfants, jouer un rôle utile dans la société.
Mais cette science acquise lui impose de grands devoirs, car alors elle comprend que son intervention est nécessaire pour éclairer les autres.
Quand la femme saura quelle est sa propre valeur, c'est elle qui rétablira « LE RESPECT DE LA FEMME » et en imposera, à l'homme, le devoir.
Pour se faire respecter, il faut, avant tout, se respecter soi-même.
Cet auto-respect, c'est la dignité, sentiment qui consiste à se mettre soi-même à sa vraie place afin que les autres reconnaissent notre valeur.
Et comme la valeur intellectuelle et morale de la femme, généralisée, doit s'étendre à tout le sexe féminin, il faut que les femmes les plus éclairées, les premières initiées à cette science nouvelle, fassent respecter les autres femmes ignorantes des lois psychiques de leur féminité afin que les hommes comprennent enfin les devoirs qu'ils ont à remplir vis-à-vis de l'autre sexe, c'est aux Femmes de leur dicter l'attitude qu'ils ont à prendre envers Elles.
La femme est l'éducatrice de l'homme, et son premier devoir, pour remplir cette mission, c'est de diriger l'opinion, qui est la reine du monde, de manière à rétablir « le respect » qui disparaît de toutes les nations où la femme ne sait pas se mettre elle-même à sa vraie place.
C'est l'opinion qui règne dans le milieu ambiant qui fait le respect ou l'irrespect. Elle est mal dirigée presque partout. C'est pour cela qu'on a pu dire : « L'opinion, c'est l'erreur du plus grand nombre. » Pourquoi les femmes qui sont le nombre, et même le plus grand nombre, ne réagissent-elles pas, chacune dans sa sphère, contre tout ce qui avilit la femme : les affiches indécentes, la littérature scandaleuse, les publications pornographiques, le théâtre démoralisant, les propos malveillants tenus sur chacune de nous pour diviser le féminisme?
Pourquoi permettent-elles que « l'opinion » soit la sanction de tous les mensonges, la force de toutes les erreurs, la ressource de tous les fourbes ?
Je ne sais pas ce qu'il y a de plus dangereux pour notre avenir moral : les hommes qui inventent les erreurs ou les femmes qui les propagent ?
Appliquons-nous à changer l'opinion, à la diriger dans le sens de la vérité et de la justice, et tout le reste viendra sans efforts.
Et nous n'avons pas seulement à faire l'opinion dans la vie présente. Pour rétablir « le respect de la femme », nous avons encore à remonter dans le passé, pour chercher dans l'histoire (ou à côté de l'histoire) comment elle a été avilie, quelles furent les phases de Cette évolution lente qui la firent descendre de la Déesse antique à la prostituée moderne.
C'est toute l'évolution des passions de l'homme et des faiblesses de la femme.
En fouillant dans le passé nous trouvons que la femme a été discréditée de générations en générations, par le mensonge :
On a caché ses œuvres ;
On les a mises à l'avoir des hommes ;
On a mis des noms masculins sur des personnalités féminines ;
Des époques toutes entières ont été effacées de l'histoire pour cacher sa gloire ;
On a calomnié les grandes femmes en leur faisant une légende avilissante. Et si des hommes consciencieux cherchent eux-mêmes à rectifier l'histoire et à leur rendre l'auréole de gloire qu'elles avaient méritée, des femmes ignorantes continuent à discréditer leur propre sexe en propageant les récits mensongers. Elles se font injustes elles-mêmes pour les femmes calomniées.
Elles se montrent sévères pour celles qui veulent les réhabiliter, comme si elles craignaient de se faire complices des vices que des imposteurs ont attribués aux grandes femmes jalousées.
Elles ne savent pas que c'est leur premier devoir de s'instruire afin de ne plus jamais permettre la flétrissure de leur sexe.
Nous savons aujourd'hui que les grands mensonges historiques ont été inventés pour nous cacher l'ancienne puissance de la femme, sa position suprême dans la religion, son grand rôle dans la société, son droit maternel, base de la primitive famille.
Dès qu'elle fut vaincue dans les héroïques luttes de sexes de l'antiquité, on s'appliqua à justifier la domination de l'homme en donnant au sexe mâle toutes les supériorités et en affectant de croire à l'incapacité de la femme.
Ce système a prévalu, il règne encore. Nos savants modernes s'occupent surtout de la femme pour lui chercher des tares afin de la déclarer inférieure et de dérouter ainsi ceux qui cherchent à définir, par la science, sa véritable nature. Et dans cet ordre de choses nous voyons encore des femmes faibles s'unir aux hommes fourbes et propager leurs allégations intéressées, sans aucune vérification, avec la même foi aveugle de celles qui ont propagé les mensonges de l'histoire.
Or, nous devons avoir le respect de la vérité si nous voulons arriver au respect de la femme.
Tant que le mensonge ne sera pas extirpé de la société, la justice n'y pénétrera pas.
Cette question m'ayant grandement préoccupée, j'ai entrepris moi-même la rectification de l'histoire, en remontant aux sources les plus anciennes et les plus sûres, en comparant les différentes altérations des textes. L'ouvrage sur ce sujet a six volumes. Il est une complète réhabilitation de la femme, en même temps qu'il fait connaître les luttes de sexes dans toutes leurs manifestations, leurs origines et leur évolution dans toutes les nations.
Enfin, je veux, Mesdames, appeler votre attention sur la gravité de l'époque actuelle.
L'humanité est arrivée à une phase de son évolution où de grandes choses vont se décider.
Les hommes, actuellement, sont encore indécis sur le parti à prendre vis-à-vis de la femme.
Il dépend de nous de les amener à faire, avec nous, la brillante rénovation que nous rêvons, de conjurer la crise morale qui s'accentue de jour en jour, en marchant avec franchise et résolution dans le Bien, en ayant toutes les audaces contre le Mal. L'ère des concessions est passée, elles nous ont fait sombrer dans la dégénérescence de la race. Il nous faut maintenant un effort de volonté pour remonter la pente descendue par nos aïeules ; il faut renoncer aux anciens systèmes qu'employaient les femmes faibles, renoncer aux petites ruses, aux obliques détours, aux équivoques.
Il n'est plus temps de tergiverser, il faut aller droit au but, sans hésitations et sans défaillances.
Et ce but c'est : la vérité absolue et la justice intégrale.
Ainsi, nous réaliserons ce que Victor Hugo, ce grand poète, a annoncé quand il a dit :

Temps futurs ! Vision sublime !
Les peuples sont hors de l'abîme.
Le désert morne est traversé,
Après les sables la pelouse ;
Et la terre est comme une épouse,
Et L’homme est comme un fiancé.
Dès a présent l'œil qui s'élève
Voit distinctement ce beau rêve
Qui sera le réel un jour,
Car la femme dénouera toute chaîne,
Car le passé se nomme haine
Et l'avenir s'appelle amour


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L'histoire, qu'elle soit enseignée par des Prêtres ou par des laïques, n'est qu'un tissu de mensonges. C'est ce que Michelet a compris quand il a dit : « L'Histoire tombera et se brisera en atomes dans le courant du XXe siècle, dévorée jusque dans ses fondements par ceux qui rédigent ses annales. »
Dans son ouvrage intitulé « Origines gauloises » (1797), Théophile-Malo de La Tour d'Auvergne a écrit :
« L'histoire n'est que les ruines d'un grand édifice que chaque génération d'hommes a cherché à détruire, en le masquant sous des mensonges, entassant des décombres sur des décombres, des ruines sur des ruines ».
Aussi ne tardons pas, et commençons à apporter un peu de lumière sur ce terrain en déblayant une à une, décombres et ruines.