dimanche 2 juillet 2017

INTRODUCTION

VÉRITÉS
Vérité ! Éternel sujet des discordes du monde ! cherchée par les uns, cachée par les autres, aimée passionnément, ou persécutée follement, mais revendiquée toujours par ceux qui ont voulu régner sur la terre, alors qu'aucun d'eux ne la possédait. Et si vous demandez pourquoi elle a ce prestige, on vous dira que c'est parce que tout au fond de l'histoire se trouva un temps où la VÉRITÉ était la base même du pouvoir. Celui qui SAVAIT enseignait et cela lui conférait une puissance sociale, une autorité. C'était l'âge d'or, l'époque bienheureuse où régnait le Droit naturel (Jus Naturale). Cela dura pendant une longue période de temps, toute la première jeunesse de l'humanité, et c'est pour cela que l'atavisme rend à l'enfance actuelle, quand elle n'est pas pervertie par le milieu social, la spontanéité du vrai instinctif. Le mensonge n'a été introduit dans le monde qu'avec l'usurpation et pour la justifier.

LA SCIENCE ANTIQUE
Quels étaient donc ces premiers instructeurs de l'humanité qui expliquèrent à l'homme la Nature et ses mystères, la vie et ses lois ? La tradition de tous les pays fait remonter cette première science à une « race divine ». Puis, quand vint la religion moderne qui résuma tous les Dieux en un seul, on déclara que « la Révélation vient de Dieu ». Mais ceux qui parlaient ainsi s'appuyaient sur une tradition altérée ; si nous remontons à sa source, nous ne trouvons pas un Dieu, mais des Dieux, et si nous cherchons quel était le secret de leur nature divine, nous devons remonter plus haut encore, et dans ce passé lointain, nous ne trouvons plus des Dieux, mais des Déesses, et forcément nous constatons que c'est cette primitive Divinité, la Déesse, la puissance supérieure (intellectuelle), qui a instruit les hommes. Nous comprenons alors que la source de toute vérité, c'est l'Esprit féminin.
Longtemps la science primitive régna sur le monde, elle fut la base des grandes civilisations de l'antiquité. En ce temps-là, on connaissait les lois de l'Univers, l'origine de la vie, les véritables lois de l'Evolution des êtres et tout ce qui fait l'objet des recherches des savants modernes.

LES PRIMITIFS ADOLESCENTS
La crise de l'adolescence, rapide dans la vie actuelle, eut une longue durée dans l'évolution de la primitive humanité. A partir de ce moment, des différences considérables se produisirent entre la vie psychique et mentale de la jeune fille et celle du jeune homme.
Chez lui, l'amour fait naître l'imagination, la poésie, qui réapparaissent à l'âge correspondant chez nos adolescents.
« Il se trouve dans les trois quarts des hommes un poète qui meurt jeune », a dit Sainte-Beuve.
Dans l'enthousiasme des premiers élans, des premiers désirs, il soupire, il chante, il exhale son âme aimante et joyeuse, sans entraves sociales, sans atavisme générateur d'une timidité annihilante, sans ennemis encore, il marche en avant dans ses passions naissantes sans savoir où elles le mènent, sans crainte d'un danger inconnu. L'enthousiasme poétique de la jeunesse le saisit tout entier. C'est le premier éveil des sentiments qui vont envahir le cœur de l'homme et bientôt jaillir comme un fleuve impétueux. Pendant que la jeune fille grandissait en beauté, en esprit, elle prenait aux yeux de l'adolescent primitif un prestige infini. Il voyait en elle un Etre très supérieur à lui, un Etre bien au-dessus de la nature masculine plus grossière. Elle était donc sur-naturelle à lui.
Il l'adorait, il l'admirait, un immense désir de se rapprocher d'elle le tourmentait, il lui semblait que près d'elle sa vie s'intensifiait, qu'aimé d'elle il allait oublier sa première honte sexuelle qui allait faire place à un sentiment de triomphe.
C'est ainsi que l'homme adolescent et la belle jeune fille vivaient au sein de la grande Nature, essayant le premier bégaiement d'amour et établissant entre eux le lien sacré qui devait les unir.
La jeune fille était resplendissante de grâce et de beauté, telles nos adolescentes modernes qui repassent par ce stade de la vie ancestrale. Elle entrait en possession d'une intelligence lucide, d'un esprit élevé ; la Nature la captivait, elle l'observait, son intuition féminine lui en faisait découvrir les lois, elle se perdait en contemplations célestes dans les belles nuits étoilées, elle arrivait à connaître le ciel et à comprendre le principe des forces universelles qui régissent les mondes.... Alors, dans les conversations du soir, elle versait dans l'esprit du jeune homme cette première science, en même temps qu'elle faisait naître en son cœur les premiers bonheurs.
Lui l'écoutait, il l'admirait, il l'adorait. Elle était SA DÉESSE. Elle fut la première forme de la suprématie intellectuelle et morale qui apparut à l'adolescent. C'est pour cela que l'homme porte gravé au plus profond de son cœur l'empreinte féminine, empreinte spirituelle, parce que la première femme qui a éclairé sa pensée ne représentait pas le sexe, mais l'esprit.

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LE RESPECT DE LA FEMME
Un changement social est attendu par les habitants de la Terre tout entière.
Partout on cherche une orientation nouvelle de la pensée, une Direction Spirituelle qui sorte l'humanité du cauchemar que le vieux régime du mensonge, de l'erreur et de la ruse a créé.
On attend une résurrection de la vie de l'esprit, qui refasse à l'homme désorienté une nouvelle vie morale, et on aperçoit clairement que la reconstitution mondiale ne peut se faire par la politique et la diplomatie.
L'immense crise des besoins humains a pour point de départ le besoin de vérité.
Avant de pouvoir dire : Voilà ce qu'il faut, il faut pouvoir dire : Voilà ce qui est.
Il y a donc une science à faire, la science des réalités.
Barbusse a dit :
« Nous avons besoin des Maîtres qui savent tout ce que nous ne savons pas. »
« Mon éducation m'a rempli, comme les autres, de siècle d'ombre, d'humiliation et de captivité. »
« Nous avons tous eu une jeunesse qui a été un temps perdu pour notre progrès moral, le temps pendant lequel nous aurions pu tout et nous n'avons rien fait parce que nous ne savions pas. »
L'époque à laquelle nous sommes arrivés est, de l'avis de tous ceux qui comprennent la signification des événements, une ère de révision générale.
On remet en discussion toutes les questions qui ont été agitées par l'esprit humain depuis les temps les plus reculés, avec l'espoir que, de cet examen, sortira la vérité sur laquelle on posera les bases d'un régime nouveau qui donnera à tous une vie meilleure.
Or, la base de toute réforme sociale c'est la reconstitution de la vie morale, c'est à dire des mœurs.
Pour rétablir les relations de l'homme et de la femme il faut, d'abord, remettre les deux sexes à leur place, les faire rentrer dans le rôle que la nature leur a assigné, respecter les facultés de chacun et assurer leur plein développement.
Si les bonnes relations de l'homme et de la femme ont été rompues, c'est parce que chacun d'eux n'occupe pas sa vraie place dans la société, ne vit pas suivant ses facultés.
La femme est un être avili, placé dans la vie sociale à un rang inférieur à celui que la nature lui a assigné. Son autorité est nulle, sa parole n'est pas écoutée, ses œuvres ne sont pas estimées à leur réelle valeur, tout ce qui vient d'elle est déprécié.
Or, le féminisme doit avoir pour but, avant tout, de remettre la femme à la place qui lui est due, dans la vie sociale et dans la vie familiale.
Pour y arriver il faut diriger l'opinion de façon à ce que justice lui soit rendue devant l'esprit public.
Pour que les droits sacrés de la femme soient reconnus, il faut d'abord les formuler. Et pour cela il faut commencer par étudier les conditions qui déterminent la valeur réelle des êtres et leur assigne une place dans la hiérarchie humaine.
Ce n'est pas avec des formules vaines, répétées au hasard, avec des mots vides de sens qu'on résoudra cette grave question. Ce n'est pas non plus par vanité de sexe que la femme doit parler d'elle (ainsi que les hommes l'en accusent, supposant qu'elle se met, comme eux sur le terrain de l'intérêt personnel), c'est dans un esprit de suprême justice que la femme, laissant de côté toute modestie imposée et trop facilement acceptée doit étudier les conditions qui différencient les deux sexes, au point de vue anatomique, physiologique, psychologique et moral.
C'est à elle qu'incombe la tâche de faire connaître la valeur de l'être humain qu'elle représente et l'étendue des facultés dont elle est douée.
Tant qu'elle n'entrera pas résolument dans cette voie, définissant elle-même les différences qui existent entre les deux sexes, l'ignorance qui règne en ces questions perpétuera les conflits, prolongera les luttes.
Le grand devoir de la femme est de sortir de sa passivité docile, de faire acte d'indépendance intellectuelle en commençant par étudier sa réelle nature. Elle serait coupable si elle continuait à accepter les enseignements et les conclusions humiliantes des hommes qui l'infériorisent et à s'incliner devant eux comme devant des maîtres.
C’est à cette condition seulement qu'elle saura diriger sa vie, faire l'éducation morale de ses enfants, jouer un rôle utile dans la société.
Mais cette science acquise lui impose de grands devoirs, car alors elle comprend que son intervention est nécessaire pour éclairer les autres.
Quand la femme saura quelle est sa propre valeur, c'est elle qui rétablira « LE RESPECT DE LA FEMME » et en imposera, à l'homme, le devoir.
Pour se faire respecter, il faut, avant tout, se respecter soi-même.
Cet auto-respect, c'est la dignité, sentiment qui consiste à se mettre soi-même à sa vraie place afin que les autres reconnaissent notre valeur.
Et comme la valeur intellectuelle et morale de la femme, généralisée, doit s'étendre à tout le sexe féminin, il faut que les femmes les plus éclairées, les premières initiées à cette science nouvelle, fassent respecter les autres femmes ignorantes des lois psychiques de leur féminité afin que les hommes comprennent enfin les devoirs qu'ils ont à remplir vis-à-vis de l'autre sexe, c'est à nous de leur dicter l'attitude qu'ils ont à prendre envers nous.
La femme est l'éducatrice de l'homme, et son premier devoir, pour remplir cette mission, c'est de diriger l'opinion, qui est la reine du monde, de manière à rétablir « le respect » qui disparaît de toutes les nations où la femme ne sait pas se mettre elle-même à sa vraie place.
C'est l'opinion qui règne dans le milieu ambiant qui fait le respect ou l'irrespect. Elle est mal dirigée presque partout. C'est pour cela qu'on a pu dire : « L'opinion, c'est l'erreur du plus grand nombre. » Pourquoi les femmes qui sont le nombre, et même le plus grand nombre, ne réagissent-elles pas, chacune dans sa sphère, contre tout ce qui avilit la femme : les affiches indécentes, la littérature scandaleuse, les publications pornographiques, le théâtre démoralisant, les propos malveillants tenus sur chacune de nous pour diviser le féminisme?
Pourquoi permettent-elles que « l'opinion » soit la sanction de tous les mensonges, la force de toutes les erreurs, la ressource de tous les fourbes ?
Je ne sais pas ce qu'il y a de plus dangereux pour notre avenir moral : les hommes qui inventent les erreurs ou les femmes qui les propagent ?
Appliquons-nous à changer l'opinion, à la diriger dans le sens de la vérité et de la justice, et tout le reste viendra sans efforts.
Et nous n'avons pas seulement à faire l'opinion dans la vie présente. Pour rétablir « le respect de la femme », nous avons encore à remonter dans le passé, pour chercher dans l'histoire (ou à côté de l'histoire) comment elle a été avilie, quelles furent les phases de Cette évolution lente qui la firent descendre de la Déesse antique à la prostituée moderne.
C'est toute l'évolution des passions de l'homme et des faiblesses de la femme.
En fouillant dans le passé nous trouvons que la femme a été discréditée de générations en générations, par le mensonge :
On a caché ses œuvres ;
On les a mises à l'avoir des hommes ;
On a mis des noms masculins sur des personnalités féminines;
Des époques toutes entières ont été effacées de l'histoire pour cacher sa gloire ;
On a calomnié les grandes femmes en leur faisant une légende avilissante. Et si des hommes consciencieux cherchent eux-mêmes à rectifier l'histoire et à leur rendre l'auréole de gloire qu'elles avaient méritée, des femmes ignorantes continuent à discréditer leur propre sexe en propageant les récits mensongers. Elles se font injustes elles-mêmes pour les femmes calomniées.
Elles se montrent sévères pour celles qui veulent les réhabiliter, comme si elles craignaient de se faire complices des vices que des imposteurs ont attribués aux grandes femmes jalousées.
Elles ne savent pas que c'est leur premier devoir de s'instruire afin de ne plus jamais permettre la flétrissure de leur sexe.
Nous savons aujourd'hui que les grands mensonges historiques ont été inventés pour nous cacher l'ancienne puissance de la femme, sa position suprême dans la religion, son grand rôle dans la société, son droit maternel, base de la primitive famille.
Dès qu'elle fut vaincue dans les héroïques luttes de sexes de l'antiquité, on s'appliqua à justifier la domination de l'homme en donnant au sexe mâle toutes les supériorités et en affectant de croire à l'incapacité de la femme.
Ce système a prévalu, il règne encore. Nos savants modernes s'occupent surtout de la femme pour lui chercher des tares afin de la déclarer inférieure et de dérouter ainsi ceux qui cherchent à définir, par la science, sa véritable nature. Et dans cet ordre de choses nous voyons encore des femmes faibles s'unir aux hommes fourbes et propager leurs allégations intéressées, sans aucune vérification, avec la même foi aveugle de celles qui ont propagé les mensonges de l'histoire.
Or, nous devons avoir le respect de la vérité si nous voulons arriver au respect de la femme.
Tant que le mensonge ne sera pas extirpé de la société, la justice n'y pénétrera pas.
Cette question m'ayant grandement préoccupée, j'ai entrepris moi-même la rectification de l'histoire, en remontant aux sources les plus anciennes et les plus sûres, en comparant les différentes altérations des textes. L'ouvrage sur ce sujet a six volumes. Il est une complète réhabilitation de la femme, en même temps qu'il fait connaître les luttes de sexes dans toutes leurs manifestations, leurs origines et leur évolution dans toutes les nations.
Enfin, je veux, Mesdames, appeler votre attention sur la gravité de l'époque actuelle.
L'humanité est arrivée à une phase de son évolution où de grandes choses vont se décider.
Les hommes, actuellement, sont encore indécis sur le parti à prendre vis-à-vis de la femme.
Il dépend de nous de les amener à faire, avec nous, la brillante rénovation que nous rêvons, de conjurer la crise morale qui s'accentue de jour en jour, en marchant avec franchise et résolution dans le Bien, en ayant toutes les audaces contre le Mal. L'ère des concessions est passée, elles nous ont fait sombrer dans la dégénérescence de la race. Il nous faut maintenant un effort de volonté pour remonter la pente descendue par nos aïeules ; il faut renoncer aux anciens systèmes qu'employaient les femmes faibles, renoncer aux petites ruses, aux obliques détours, aux équivoques.
Il n'est plus temps de tergiverser, il faut aller droit au but, sans hésitations et sans défaillances.
Et ce but c'est : la vérité absolue et la justice intégrale.
Ainsi, nous réaliserons ce que Victor Hugo, le grand poète moderne, a annoncé quand il a dit :

Temps futurs ! Vision sublime !
Les peuples sont hors de l'abîme.
Le désert morne est traversé,
Après les sables la pelouse ;
Et la terre est comme une épouse,
Et L’homme est comme un fiancé.
Dès a présent l'œil qui s'élève
Voit distinctement ce beau rêve
Qui sera le réel un jour,
Car la femme dénouera toute chaîne,
Car le passé se nomme haine
Et l'avenir s'appelle amour

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A LONG TIME AGO IN THE PAST, FAR AWAY
Les forces agissantes de la Maternité ont créé une humanité droite, docile, disciplinée.... d'abord, jusqu'au débordement des passions de l'homme. Mais, pendant cette époque primitive, quel Paradis était la Terre !... Nulle révolte ! nul mensonge ! nulle rébellion !
Dans tous les hommes, à moins qu'ils ne soient des monstres, le souvenir maternel a laissé dans l'âme une impression profonde faite de respect et de tendresse sacrée.
Si tous les enfants étaient élevés dans la Vérité, il n'y aurait pas d'homme méchant.

ORIGINE DE LA RELIGION
Faire l'histoire des religions et des systèmes philosophiques qui ont surgi autour d'elles, c'est faire l'histoire de la psychologie humaine.
L'évolution religieuse, c'est l'évolution psychique de l'homme déroulée à travers les siècles. Elle répond à des lois aussi certaines que celles qui régissent les phénomènes physiques et les phénomènes biologiques.
L'état psychique de l'homme jeune a eu comme résultat de faire naître la manifestation sentimentale, qui dure depuis les temps les plus reculés, qui durera éternellement, et qu'on appelle, dans les temps modernes, la Religion.

PRÉLIMINAIRES
La Femme était la Déesse de l'homme jeune, la puissance supérieure devant laquelle il s'inclinait : c'est son image qui se gravait dans son cœur, elle était son idole. C'est pendant la période qui sépare le prélude de l'amour de sa satisfaction charnelle que l'amant a divinisé la Femme et, dans la vie actuelle, son atavisme lui rend le souvenir vague des impressions premières ressenties par ses ancêtres ; un regard, une parole douce ou tendre, une main qui touche la sienne, le silence de la nuit, sont empreints de mystérieuses saintetés qui pénètrent son âme sans qu'il en comprenne le secret.
C'est que la Nature fut le cadre des premières amours, des premiers dévouements, des enthousiasmes de la jeunesse phylogénique, et tout cela se réveille chez le jeune homme quand le lieu, l'heure, le milieu, lui rendent les conditions physiques qui accompagnèrent ses impressions premières. C'est ce qui crée le mystère, et rien ne captive comme les choses mystérieuses.
L'homme voit toujours dans l'amour un phénomène religieux ; la Femme qu'il aime est toujours Divine, les métaphores qu'il emploie pour parler d'Elle lui rendent tous les attributs de la primitive Divinité ; Elle est pour lui le Ciel, ses yeux sont des étoiles, ses dents des perles, ses joues des roses. L'hommage qu'il lui rend est un culte, c'est devant Elle qu'il se prosterne, à Elle qu'il adresse ses prières, qu'il apporte ses offrandes ; il est son dévoué, son fidèle serviteur.
Si, dans les discussions pour et contre la Religion, on a pu dire que le sentiment religieux est naturel à l'homme, c'est qu'on sous-entendait inconsciemment le sentiment que nous venons de décrire, mais on ne le définissait pas. Ceux qui le niaient ne considéraient pas le sentiment qui émane de la nature et ne voyaient dans les religions que l'adhésion réclamée par les ministres de tous les cultes pour les doctrines surnaturelles qu'ils enseignent.
Le sentiment naturel à l'homme (jeune surtout), c'est le sens de la vénération qu'il possède et veut exercer en adorant, en respectant toutes les perfections dans une Femme. On avait donné à ces perfections 7 formes manifestées dans les Déesses primitives : la Justice, la Miséricorde, la Science, la Beauté, la Sagesse, l'Amour et la Force morale (le courage). Une multitude de noms de femmes sont restés attachés à ces attributs. L'histoire de la Religion naturelle, c'est-à-dire du culte rendu par l'homme à la Femme, c'est l'histoire de la vie morale de l'humanité.

LA TRADITION ORALE
C'est la Tradition orale qui contient la véritable histoire de l'humanité. On peut détruire les livres, on ne détruira pas les traditions. C'est ainsi que l'histoire primitive est arrivée jusqu'à nous.
La tradition contient deux séries parallèles de faits :
1° Les faits du monde gynécocratique primitif qui forment la légende sacrée des premiers temps. Elle contient l'origine des langues, des sciences des croyances, de la vie morale, et de la vie sociale.
2° Les faits du monde androcratique qui constituent la légende profane. C'est, dans cette partie de la tradition que se trouve l'histoire des passions des hommes, de leurs luttes pour le pouvoir. C'est l'histoire des vices humains, elle commence à la luxure, passe par l'orgueil et l'égoïsme pour arriver au despotisme et au crime légitime qu'on appelle la guerre.
C'est cette seconde partie qui a été soigneusement conservée pour être donnée comme sujet d'études et d'édification aux jeunes générations. Quant à l'autre, on a employé tous les moyens possibles pour la faire disparaître.
Cependant, on n'y a pas réussi. La femme qui avait fait cette histoire là n'a jamais cessé de la raconter à l'enfant. Elle en a fait une collection de petits contes. Ils font toujours les délices des enfants ; c'est l'antique enseignement maternel, tenace comme une habitude religieuse. La Femme des premiers temps, c'est la fée qui peut tout.
Voici « La Belle au Bois dormant » qui nous montre la femme endormie, hors le monde pendant mille ans, l'âge de fer, mais réveillée par le Prince charmant, qui lui rend sa place après ce long sommeil, avec le baiser de paix.
Dans « Le Petit Chaperon rouge », on nous montre l'enfant qui, rentrant au logis, trouve l'ogre (le Père) occupant la place de la Bonne Mère et, terrifié de cette substitution, exprime au géant son étonnement de le voir si grand.
« Cendrillon », c'est la femme supérieure avilie, sa grandeur intellectuelle est cachée et employée à d'obscures besognes domestiques, tandis que ses sœurs, qui ne la valent pas, la méprisent, l'humilient (ce sont les femmes faibles et coquettes qui ont suivi les hommes dans leur vie de plaisir). Cependant, le jour vient où sa valeur morale est appréciée, sa nature supérieure reconnue, alors elle est rendue à sa vraie destinée, elle devient la Reine.
Les contes de Fées ne sont pas des histoires sans signification, écrites pour amuser les paresseux, elles renferment en elles la religion de nos ancêtres.

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Dans son ouvrage Origines gauloises (1797), Théophile-Malo de La Tour d'Auvergne a écrit :
« L'histoire n'est que les ruines d'un grand édifice que chaque génération d'hommes a cherché à détruire, en le masquant sous des mensonges, entassant des décombres sur des décombres, des ruines sur des ruines ».
Aussi ne tardons pas, et commençons à apporter un peu de lumière sur ce terrain en déblayant une à une, décombres et ruines.

jeudi 29 juin 2017

RÉVOLUTION RELIGIEUSE EN EGYPTE

RÉVOLUTION RELIGIEUSE EN EGYPTE
Abydos en est la ville, Osiris le dieu, Ramsès le roi, Hermès le prêtre.
Ces noms vont couvrir de ténèbres l'antique lumière qui avait resplendi sur l'Egypte primitive. A la vieille civilisation morale de la séculaire Gynécocratie, on va substituer cette fausse civilisation faite de violence, d'injustice et de cruauté, qui entraîne les nations dans la barbarie.
Les prêtres qui ont écrit l'histoire de l'Egypte nous ont caché la transformation lente de l'ancien système et ont mis le régime masculin à l'origine de l'histoire. Partout le même système a prévalu.

Création du surnaturel
La Déesse avait fait la science. Le Prêtre, en prenant sa place et en donnant sa divinité à l'homme, voulut aussi lui donner le savoir. Il l'imite en tout, lui prend son costume, sa robe (d'où dé-rober), et, comme elle, veut enseigner, mais une seule chose l'arrête : la science.
Le Prêtre ne comprend pas cela, ne peut pas trouver en lui le fond de Vérité qui est dans la Déesse, ne comprend pas la cause de cette sagesse, de cette autorité mais il en a vu le prestige, et c'est cela qu'il envie et qu'il veut se donner par des apparences de sagesse et de sainteté. Il est persuadé qu'il peut faire ce que fait la femme.
A la loi Divine il va opposer la loi humaine, et c'est l'origine de l'erreur, le commencement du surnaturel.

HERMÈS « RÉVÉLATEUR »
Quand les hommes renverseront le culte féminin, ils donneront à Hermès le rôle rempli par la Déesse. C'est lui, Hermès qui a expliqué les lois de la Nature que l'antique Déesse Toth avait trouvées par sa faculté divine, son intuition féminine que le Sphinx symbolisait.
Mais le Prêtre, loin de continuer l'enseignement de la Vérité, va, au contraire, la cacher, la voiler ; de là le mot révélateur qu'on lui applique. Ce mot veut dire re-voiler (d'où révéler).
Cependant il prendra à la femme son beau titre de Trismégiste, pendant qu'il représentera la Déesse Toth par le singe pour se venger d'avoir été appelé cynocéphale par les féministes.
Ce sont ces luttes de sexes qui vont introduire dans le monde les aberrations de l'esprit faussé des théologiens masculins qui feront voir les choses les plus simples sous des apparences surnaturelles et merveilleuses qui ont passé dans les croyances modernes.
Pour Hermès, les anciens cultes sont appelés impurs parce qu'ils glorifient la Femme ; on cherche à les supprimer et on établit dans toute l'Egypte le culte mâle appelé pur : c'est l'origine du Phallicisme.

HERMÈS PLAGIAIRES
Les inscriptions des stèles nous apprennent que les Prêtres prenaient le titre de nuter hou (qui appartenait aux hiérodules) ; cela se trouve dans l'inscription de Sépa. C'était une substitution de sexes. Du reste, pendant qu'il se faisait Femme, Hermès mettait dans la Déesse l'esprit de mensonge, les discours rusés et trompeurs de l'homme pervers, ou l'humiliait (1). Puis il se faisait appeler « Trismégiste » (trois fois grand), parce que l'antique Toth, le verbe féminin, avait été appelé ainsi. Du reste, il s'identifie avec Toth (la femme initiatrice) et, pour prouver sa valeur intellectuelle, il se fait passer pour être l'auteur de plus de 30.000 ouvrages : tous les livres de femmes publiés jusque là.
Avec lui la science devient fermée, c'est-à-dire supprimée, car on la réserve aux prêtres, ce qui veut dire qu'on ne permet plus aux autres d'exprimer leurs idées, pas plus que de discuter celles du Prêtre, si absurdes soient-elles.
Hermès devient Dieu. Il confie la garde des Livres sacrés, qu'il arrange à sa convenance, à la caste sacerdotale qu'il organise. Chacun des membres de cette caste doit posséder à fond les livres sacrés en totalité ou en partie, selon l'ordre de ses fonctions et son rang dans la hiérarchie.
(1) Les anciens Égyptiens nommaient leur antique révélatrice Tothou Techouth, deux fois grande ; les masculinistes lui opposent Hermès Tris-mégiste, le trois fois grand.

LES MYSTÈRES DES HERMÈS
Pour eux, les mystères du monde ne devaient jamais être ouvertement dévoilés.
Un de ces Hermès fut l'instituteur des Schésou-Hor, auxquels les Alexandrins attribuent la doctrine secrète. Ce qui préoccupe les Hermès, ce sont les choses sexuelles, sujet de toutes les discussions. Aussi, à partir du moment où ils prennent la direction du sacerdoce, les cérémonies et les règlements des sacrifices eurent un sens symbolique que seuls les Pontifes connaissaient. Tous les efforts des Prêtres eurent pour but de cacher au fond des sanctuaires les principes de la science primitive. Ils établirent des mystères où la Vérité ensevelie était réservée aux seuls initiés, mais dont le secret ne paraissait plus aux yeux des profanes que couvert d'un voile épais d'allégories, et cela eut un succès immense ; ces mystères où l'on prétendait dévoiler le principe des choses étaient recherchés par les grands hommes qui hasardèrent souvent leur vie pour s'y faire initier.
« Les légendes de la statue de Ptah-Meer, grand Prêtre de Memphis (Louvre A.60) nous disent que ce personnage (un Hermès) avait pénétré les mystères de tout sanctuaire ; il n'était rien qui lui fût caché, il adorait Dieu et le glorifiait dans ses desseins, « il couvrait d'un voile le flanc de tout ce qu'il avait vu ». (C'était un mot d'ordre que tout membre du sacerdoce avait intérêt à respecter). » (Paul Pierrot, Mythologie Égyptienne, p.12).
C'est ainsi que le Prêtre embrouilla l'écheveau du fil d'Ariane qui conduit dans le dédale de la Science, il mêla les pièces du jeu de patience que la Déesse avait savamment disposées, et que les hommes n'ont jamais pu remettre en place depuis.

ANDROCRATIE
L'histoire masculine de l'Egypte commence aux Psammétiques (650 à 665).
Psamtoh était, selon Hérodote, un des 12 seigneurs qui, dans un moment d'anarchie, avaient pris le gouvernement de l'Egypte.
Ceux qui liront ceci vont s'écrier : Comment ? Vous faites commencer le règne de l'homme vers 650, alors que vous nous avez parlé de grands rois, tels que Ramsès II, qui vivait mille ans avant !
A cela je réponds que ces hommes étaient de grands révolutionnaires, des chefs de bandes, des Hak, mais non des rois suivant la conception moderne, car le gouvernement gynécocratique n'était pas encore vaincu.
Ramsès a pu dompter les Hébreux, d'autres ont pu refouler les Ethiopiens dans les déserts du sud et construire des monuments à la gloire de l'homme, mais ils n'ont pas détrôné Isis.
C'était la fonction sacerdotale des grandes Prêtresses qui donnaient la direction morale et rendaient la Justice comme les Soffetim en Israël.
Hérodote fait remonter la fondation du royaume d'Egypte à 12 mille ans avant notre ère, confondant dans le mot royaume les deux régimes gynécocratique et androcratique.
Il existe un livre apocryphe, qui est intitulé La Sothis et dans lequel un certain Panodore, qui vivait vers 400 ans avant notre ère, présente les dynasties comme des générations maternelles.
Cet ouvrage, qu'on a eu intérêt à cacher, a été faussement attribué à Manéthon, archiprêtre et archiviste des temples de Baal en Egypte. C'est lui qui masculinisa l'histoire, et fit des dynasties masculines de rois, se succédant de père en fils. C'est sans doute lui qui, pour cacher la grande Reine Séti (1), en fit un roi, c'est-à-dire un Pharaon qu'il appela Ousertasen III (Lisez Sésostris).
Ainsi, nous lisons dans les livres classiques une histoire des exploits de Sésostris, des phrases qui sont écrites pour éloigner de ce personnage toute idée féminine, ceci par exemple : « Sésostris, à la tête de son armée de terre, entrait en Asie et soumettait la Syrie, la Mésopotamie, l'Assyrie, la Médie, la Perse, la Bactriane et l'Inde ».
Telle est la légende masculiniste inventée pour cacher une grande Reine dont le principal exploit est d'avoir fondé les Mystères Egyptiens, qui en effet se répandirent sur toute la Terre mais ne furent pas des actions guerrières. Ce fut une victoire pacifique.
(1) Elle est représentée par la Reine du jeu d'échecs, inventé à cette époque. L'homme, c'est le Roi du même jeu, son pouvoir est limité.

DESTRUCTION DES DOCUMENTS SOUS CÉSAR
C'est dans la ville d'Alexandrie que le premier des Ptolémée avait établi la fameuse Bibliothèque. Elle arriva à contenir 200 000 livres ou rouleaux. Et ce nombre fut augmenté encore, grâce surtout au 7ème Ptolémée qui faisait saisir tous les livres apportés en Egypte.
On dut créer une seconde Bibliothèque, tant le nombre de livres augmenta. Elle fut établie dans le temple de Sérapis.
Lors de la prise d'Alexandrie par César, la 1ère Bibliothèque fut incendiée. Mais la seconde Bibliothèque, celle de Sérapis, échappa à la destruction ; elle fut même augmentée de 200 000 ouvrages provenant de la Bibliothèque des rois de Pergame, donnée par Antoine à la reine Cléopâtre.
Sous Théodose, cette importante collection fut détruite (en 389) par les sicaires de l'imbécile patriarche Théophile. Elle contenait toute la littérature de la Grèce, de l'Inde, de l'Egypte, de Rome (1).
On ne se contenta pas de brûler les bibliothèques pour faire disparaître les traces du vieux monde, on viola les tombeaux pour en extraire les papyrus qu'ils contenaient, et on fit disparaître aussi les corps, restes gênants pour ceux qui avaient changé le sexe des personnages historiques.
Les dernières découvertes faites nous apportent des témoignages précieux de la royauté des femmes. M. de Morgan a découvert à Dachour les tombes des princesses Khoumit et Ita, de la XIIe dynastie.
Ces découvertes nous donnent des renseignements de la plus haute importance sur l'état social de l'Egypte ancienne.
Il ne faut plus qu'un peu de bonne foi et beaucoup de bonne volonté pour reconstituer l'histoire, que les historiens avaient falsifiée !
Quels que soient les efforts faits par eux pour détruire les témoignages du passé, il nous en reste, cependant, assez pour le reconstituer dans ses grandes lignes. C'est qu'il est une chose qu'ils n'ont pas pu détruire, ce sont les lois de la psychologie qui nous révèlent la marche de l'évolution humaine. Et les actes de violence accomplis pour étouffer le passé sont des faits qui, à eux seuls, nous donnent plus d'indications sur ce qu'a été l'homme que bien des livres détruits.
(1) La destruction a continué pendant tout le moyen âge. Au temps de Louis XIV, le moine franciscain Vansleeb, avec le secours de quelques moines coptes, brûla un colombier plein de papyrus.

DÉCADENCE DES MYSTÈRES D'ISIS
Mais les femmes se défendent comme elles peuvent, en cachant leur culte dans le plus grand secret. Cependant, la vieille tradition surnageait, mais on en perdait la signification.
Loti, visitant ce qui reste du Temple de Louxor, nous dit : « Des statues colossales à la porte principale tiennent en main cette sorte de croix bouclée (le swastika) qui était en Egypte l'emblème de l'immortalité. » (Il s'agit de l'immortalité des Déesses due à leurs conditions physiologiques. Les modernes en feront la vie éternelle).
Les hommes ont pris pour eux le symbole du sexe féminin. Il en est bien d'autres aussi, détournés de leur signification première, devenue incompréhensible puisque la science qu'ils exprimaient a disparu, mais le prestige reste et aussi le mystère !
C'est ainsi que les Prêtres d'Isis, les Isiaques, ne mangeaient pas de porc, par chasteté, parce que le porc, c'était l'homme sexuel ; ils ne mangeaient pas non plus de brebis, parce que cet animal représentait la femme victime des passions de l'homme. Toute l'histoire de l'agneau pascal est basée sur ce symbolisme. Les Isiaques se rasaient la tête parce qu'ils avaient appris jadis, dans l'enseignement des Prêtresses, que les passions sexuelles font tomber les cheveux de l'homme ; cet usage qui, se modifiant avec le temps, est devenu la tonsure. Ces Prêtres qu'on appelle Ision ne font plus dans les Temples d'Isis que des simulacres sans valeur.
C'est par la suppression du pouvoir divin de la Femme que commença l'Athéisme.
En effet, la révolution dans les idées et dans les principes de morale qui résulta de la substitution d'un sexe à l'autre, eut pour conséquence de jeter le doute et le discrédit sur tout ce qui, par là suite, se présenta accompagné de l'épithète divine. Cependant l'antique foi, basée sur une loi de la Nature, avait eu, au début de la vie humaine, une telle force qu'elle sommeillait toujours au fond de la conscience de l'homme.
Mais la connaissance parfaite de la Divinité restera toujours un mystère pour l'homme. Et pourtant, cette connaissance est ce que la Femme désire le plus, parce que c'est la base de l'entente qu'elle voudrait voir régner entre elle et lui. C'est pour cela que l'enseignement qu'elle donnait avait pour 1er précepte : « de croire à la Divinité, de la connaître, de l'aimer, de la servir ». Recommandations restées dans tous les catéchismes, qui tous ont remplacé la vraie Divinité par une chimère incompréhensible.

mercredi 28 juin 2017

PERSE ET HINDOUS

LES IRAKIENS - RÉVOLUTION RELIGIEUSE EN PERSE
Un intérêt puissant s'attache à l'histoire des anciens Perses.
« Ancêtres de la race Aryenne, dont nous sommes les descendants, ils ont joué un rôle immense dans l'évolution religieuse de l'humanité. Les Ecritures saintes ont fait de leur pays, l'antique Iran, le berceau de l'humanité. »
Nous n'admettons pas ces fables, mais nous affirmons cependant que cette race a eu une influence considérable sur la première civilisation humaine. Nous avons à en chercher la source.
On nous parle beaucoup des migrations de la race Aryenne qui aurait envahi l'Ouest et le Sud-Est, peuplant une partie de l'Asie Occidentale, l'Europe presque entière, et atteignant jusqu'aux Iles Britanniques et à l'Irlande, dont le nom signifie : Terre des Ires ou Aryas.
Mais aujourd'hui que la grande rectification de l'Histoire est commencée, nous savons que ce n'est pas du Sud qu'est venue la lumière, c'est du Nord. Et nous savons aussi, comme l'explique l'Origine végétale (1), que les nations sont toutes autochtones, la terre ne s'est pas peuplée par des émigrations, il n'y a pas eu d'homme primitif créé par la volonté d'un Dieu Créateur dans un endroit donné, l'humanité est sortie de la terre végétale, par voie d'évolution, dans tous les pays en même temps.
Donc il faut abandonner la théorie des émigrations de peuples. Mais si les hommes ne se sont pas déplacés en masse, ce qui a circulé, c'est l'idée, c'est la pensée créatrice qui a fait naître des religions et des civilisations.
C'est cela que nous avons à étudier, et nous allons encore ici trouver bien des surprises, c'est-à-dire des explications qui renversent totalement les vieux mensonges historiques auxquels on s'était habitué.
(1) « L'Évolution de l'homme et des animaux, histoire positive du développement primitif démontrée par le développement embryonnaire. 1er fascicule » (1888)

ORIGINE DE LA PHILOSOPHIE HINDOUE
L'évolution mentale avait amené un véritable chaos dans les esprits ; toutes les croyances primitives étaient dénaturées ou niées. Et alors on vit apparaître des hommes qui prétendirent tout expliquer. Remettant en question toutes les lois de la Nature, Ils les adaptèrent à la mentalité masculine, mélangeant les vérités premières à des erreurs secondaires. C'est cela que les historiens appellent « la philosophie ».
Les Ecritures, une fois révisées définitivement, furent enseignées aux enfants qui passaient plusieurs années à les apprendre par cœur. C'était un devoir religieux, nul ne devait s'y soustraire sous peine de dégradation. Et il faut bien remarquer que c'est toujours quand la Vérité est altérée, cachée, quand l'erreur triomphe, qu'on en impose l'étude à la jeunesse.

L'INDE PREMIÈRE EPOQUE
La vie primitive aux Indes comme partout, représente le premier âge de l'humanité, l'enfance, l'adolescence, la première jeunesse.
Les enfants de cette grande famille humaine pratiquaient l'agriculture, ils avaient de nombreux troupeaux qu'ils faisaient paître dans de vastes plaines. C'était la grande vie, simple et naturelle. C'est là, sous un beau climat, au milieu d'une splendide végétation que se déroulèrent les premières scènes du drame humain.
On vit en s'aimant, la discorde n'est pas née. Les hommes sont des frères.
Ce qui commande, c'est la Loi éternelle qui avait appris que l'« Esprit » naît chez la Dêva (la Femme), pendant qu'elle avance dans son évolution. C'est pour cela que son nom signifie « Lumière ».
C'est pour expliquer les lois de la Nature, aperçues spontanément par l'Esprit de la Dêva, que fut composé le grand livre sacré de l'Inde, le Véda.

FALSIFICATION DU VÉDA
C'est de 1000 à 800 (avant notre ère) que les hymnes védiques furent réunis et révisés dans le but d'en éliminer ce qui n'était pas conforme aux nouvelles idées masculinistes qu'on voulait faire régner.

VYASA LE CLASSIFICATEUR
Vyâsa, le compilateur des Védas, est, comme Zôroastre en Perse, comme Confucius en Chine, le masculinisateur des écrits sacrés.

L'INDE BRAHMANIQUE
C'est aux Indes que la réaction contre la Femme commença. C'est là que pour la 1ére fois on osa déclarer qu'elle ne doit jamais faire sa volonté, mais celle de l'homme. Loi barbare, venant contraster avec le mot sublime de l'homme jeune qui avait dit à la Femme divine : « Que ta volonté soit faite et non la mienne ». Cela jeta l'Indienne dans un océan de douleur.
Ce siècle est une date fatale dans l'humanité. C'est le point de départ de la plus grande révolution qui se soit produite dans le monde, le premier pas vers l'abîme. Cette date marque l'ère de mensonge, de crime qui durera si longtemps et qui laissera dans les cerveaux humains une tare ineffaçable. L'homme, en supprimant la direction morale de la femme, se crut libre de suivre toutes les impulsions de son instinct que la raison féminine entravait. Ce fut le règne de la force. Il donna libre cours à ses passions brutales, despotiques, sanguinaires. On vit partout se produire des actes de cruauté, de débauche justifiés par les cultes nouveaux, des tueries de tous genres, soit qu'on les appelle « des sacrifices » ou « des guerres ». En même temps commençait la terreur des faibles.
Ce fut le début de l'âge de fer.

ÇIVAÏSME
Nous assistons à la substitution des dieux mâles aux Dêvâs par le peuple qui se laisse entraîner par les instincts les plus bas de la nature humaine. Cela divise le pays en Vishnouïtes (fidèles de la Déesse), et en Çivaïtes (adorateurs du sexe mâle).
Le Çivaïsme a ses temples. C'est la pagode hindoue, constructions gigantesques qui affirment la puissance de l'idée religieuse pervertie. Elles sont couronnées par le dieu-mâle (plus tard le Bouddha), cette caricature de la Divinité, qui, immobile, les mains jointes, les yeux fermés comme pour mieux méditer, parodie la Déesse.
Nous avons des chants qui révèlent les luttes ardentes entre les Visnouites et les Çivaïtes, annonçant définitivement la défaite des faibles. Les vainqueurs sont appelés Ek-wander (peuple égaré, peuple errant, tourbillon). Leur chef s'appelle Scander. On l'appelle souvent le Scander aux deux cornes. Nous avons vu que, en ajoutant l'article arabe al au mot Scander, on à l’ origine du nom Al-exandre.

BOUDDHISME
Au milieu des luttes philosophiques, un mouvement social se produisit, qui ne fut d'abord qu'une révolte contre le pouvoir Brahmanique et contre la division sociale établie par les prêtres à leur profit.
Ceux qui furent les premiers auteurs de ce mouvement appartenaient aux castes inférieures et, comme tels, mettaient dans leur révolte plus de passion, plus de violence que n'en avaient mis les Brahmanes, dont l'usurpation avait plutôt été basée sur la ruse, les raisonnements faux.
Ce furent, pour l'Inde, des temps troublés tout à fait comparables à ceux de la décadence romaine. Ils se produisirent du reste à l'époque où la décadence commençait partout.

LA DOCTRINE BOUDDHIQUE
Le Bouddhisme n'a rien inventé, il s'est contenté de prendre la doctrine Védique et de la dénaturer.
Le Bouddhisme est caractérisé par sa négation de « Dêva », et cela parce que Dêva, c'est la femme. Or la religion, c'est le lien moral qui unit l'homme à la femme. C'est pour cela que le Bouddhisme n'a pas la prétention d'être une religion, mais seulement une philosophie.
Le Bouddhisme se divisa en 2 Eglises : celle du Nord où l'on introduisit les conjurations et les mystères magiques des sectateurs de Çiva. C'est le culte mâle qui s'affirme, c'est la haine de la femme devenue dogme. Elle fut gouvernée monarchiquement. Elle avait un pape absolu, chef unique et infaillible : le Dalaï-Lama.
L'Eglise bouddhique du Sud garda le système fédéraliste des Métropolitains. En Asie il fut représenté par les Grands-Prêtres, indépendants les uns des autres.

L'ESPRIT DU BOUDDHISME
L'histoire de la littérature sacrée du Bouddhisme est un chapitre de l'histoire de l'évolution mentale du Prêtre. Parti de ce commencement d'aberration qui caractérise le mauvais sentiment qu'on appelle la Misogynie, ce ne fut, d'abord, qu'une expression de révolte, une manifestation d'orgueil, c'est-à-dire un renversement des sexes et, de là, un renversement de la morale.
Le but du Bouddhisme, d'après eux, était de « transporter tous les êtres de l'océan de douleur et de mort à l'autre rive, à la délivrance, au Nirvana (1) ».
(1) Ce mot veut dire délivrance. Les femmes l'avaient adopté pour désigner la délivrance du pouvoir oppressif de l'homme

LE NIRVANA
Le mot Nirvana veut dire « délivrance », salut.
C'est la paix désirée par la femme souffrante, c'est son espérance, son aspiration continuelle. Faisant de son désir une réalité, elle annonce que bientôt viendra « le Messie », qui rendra à la société troublée la paix des premiers jours.
Mais les prêtres, qui s'assimilent toutes les idées féminines en les masculinisant, font de ce Messie un homme, et c'est ainsi que le Bouddha (caricature de la Divinité, parodie de la Déesse) est représenté apportant au monde « la délivrance »
Dans la légende de Poûrna, on fait dire à Bouddha : « Va, Poûrna, délivré, délivre ; arrivé sur l'autre rive, fais-y arriver les autres ; consolé, console ; parvenu au Nirvana complet, fais que les autres y parviennent comme toi ».
De quoi donc est-il venu délivrer la femme, ce Bouddha ? Est-ce de la tyrannie et des caprices de l'homme ?
Mais c'est, au contraire, à partir de ce moment que la Femme n'est plus rien, que l'homme est tout, car le but principal du Bouddhisme est de supprimer son action de la société, de soustraire l'homme à son influence, de briser le lien qui l'attachait à elle.
C'est pour cela que les Bouddhistes durent chercher une autre signification au mot Nirvana. Pour eux, cela devint : « L'affranchissement de la douleur par l'expérience, ou la voie, c'est-à-dire les moyens donnés par le Bouddha pour affranchir l'humanité ». Des mots ! des mots !... mais pas d'idées.
Quoi qu'il en soit, dans toutes ces religions se retrouve la prétention de faire mieux que les femmes, d'être plus vrais, plus savants, plus légitimes, et tout cela appuyé sur le despotisme qui impose la foi, cette autre caricature de l'adhésion que la femme demandait à la vérité qu'elle enseignait, mais sans l'imposer. Aucun régime féministe n'a créé une inquisition.
C'est dans les religions les plus antiféministes que le sacerdoce masculin s'est constitué de la façon la plus solide. C'est le système de défense des hommes.
Burnouf dit (Science des religions, p. 68) : « Il n'y a pas de système social où l'ordre des Prêtres ait été constitué suivant une hiérarchie plus solide que dans les trois religions modernes, le Mahométisme, le Catholicisme et le Bouddhisme ».

mardi 27 juin 2017

LA CHINE

CHINE
Trois doctrines morales, règnent en Chine :
Celle de Confucius, adoptée par les gens instruits, les masses intellectuelles.
Celle de Lao-Tseu, suivie par la bourgeoisie moins instruite, mais plus attachée aux traditions. Elle représente l'idéalisme, le spiritualisme philosophique.
Et celle, de Fo, forme du Bouddhisme qui est suivie par les multitudes ignorantes. C'est un culte grossier comparable au Catholicisme.
Une science très ancienne a précédé en Chine ces 3 doctrines.
Confucius, que l'on croit, à tort, un auteur, ne fit que mettre dans un ordre nouveau les anciens documents de l'histoire primitive de la Chine, qui remontaient à plus de quinze siècles avant lui ; la preuve, c'est qu'on parle du mari et de la femme et que le mariage n'existait nulle part dans les temps primitifs.
Dans la rédaction masculine de Confucius, on sent régner la préoccupation d'effacer le plus possible le rôle de la femme, surtout celui de la mère.
Adoptant les idées d'Hermès, il trouvait aussi que « la femme est devant l'homme comme le cheval est devant la voiture », c'est-à-dire pour le servir.
Partout on voit les noms masculins substitués aux noms féminins, le père à la mère dans la famille, et on insiste avec force sur le respect du fils pour le père. On sent que l'idée d'affirmer la paternité domine là, comme nous la verrons dominer dans tous les pays, à la même époque. C'est le droit paternel imposé et dont on fait déjà, alors, la base du régime social, sentant bien que c'est ainsi que l'on arrivera le plus sûrement au règne de l'homme.
Les Livres réformés par Confucius n'eurent pas une longue existence. Au 3ème siècle avant notre ère, la Chine vit surgir un de ces hommes audacieux et énergiques, tels les César et les Napoléon, qui, tout d'un coup, s'imposent au pays, en l'agrandissant.
Thsin-Chi-Hoang-Ti fut ce brutal fondateur de l'unité chinoise.
Il prit le titre de « 1er souverain absolu de la dynastie des Thsin ». C'est à partir de cette époque que les souverains de la Chine portent le titre d'Empereur, Ti. Jusque-là ils étaient appelés chefs (héou) ou rois (ouang).
C'est le nom du primitif petit Etat de Thsin qui resta au pays : Thsina (Chine).
Ce règne de l'homme a valu à la Chine, comme à tant d'autres nations, une suite de troubles et de révolutions, qui venaient de ce que les empereurs ont toujours abusé du pouvoir et n'ont jamais considéré la puissance suprême dont ils s'étaient investis que comme un moyen de se livrer à toutes leurs "passions".

YAO, AUTEUR DES LIVRES SACRÉS
C'est par ce qui reste des antiques « Livres sacrés », les King, que nous savons quelque chose des doctrines antiques de ce peuple si lettré.
Ces livres ont été la base de ce qu'on appelle en Chine « la religion des savants ». Ils contiennent les lois morales et civiles rédigées en code vers 2228 avant notre ère.
Cette science primitive est considérée comme émanée de « Génies » qui ont vécu sur la terre à une époque très reculée.
Mais cette façon de mettre à l'avoir d'une collectivité des livres qui ont un seul auteur, est faite pour cacher la personnalité de cet auteur, qui s'appelait Yao.
Les modernes appellent ce personnage « Empereur » parce qu'il a exercé une autorité, mais le mot empereur ne doit pas être pris dans le sens moderne, il avait une autre signification, il indiquait une autorité spirituelle et maternelle, et nous savons maintenant que c'est le masculin du mot Empérière.

LE CHOU KING (1er livre)
Ce livre est considéré comme la perle de la littérature sacrée des Chinois.
Chou signifie livre, King norme, ou doctrine certaine. Il contient surtout Un enseignement moral, religieux, politique et social. Ce qui surprend, c'est la haute raison, le sens éminemment moral qui s'y trouve, et qui prouve que les peuples de cette époque reculée possédaient une grande culture morale.
L'auteur qui a écrit cet ouvrage, qu'on appelle « le Livre par excellence », le « Livre de la Vérité », possédait une nature droite, un esprit réfléchi.
Les annales chinoises placent le règne de ce Yao au 24ème siècle avant notre ère. C'est l'époque où, partout ailleurs, le régime féminin florissait, où la concorde régnait telle que le Livre sacré nous la représente. Aucun homme, surtout dans la jeunesse phylogénique de l'humanité, ne pouvait être doué des qualités énumérées ici ; aucun ne pouvait faire régner la paix et la concorde.
Nous voyons, au contraire, que c'est l'homme qui, partout, apporte le désordre, la Guerre.
Les Chinois se sont distingués par la violence et le despotisme, par la persécution des Femmes et des œuvres de l'esprit ; ils sont même allés plus loin que les autres dans cette voie.
Dans le vieil empire chinois, les femmes régnèrent comme partout ; elles ont laissé des préceptes que nous lisons encore dans les vieux livres, tels les sentences de Yu, qui parlait au nom de la raison.
Telles étaient les bases du régime maternel.
Combien les choses sont changées depuis que la Raison ne préside plus à la destinée des peuples.

CONFUCIUS
Ce sont les Jésuites qui donnèrent le nom de Confucius au philosophe que les Chinois appellent Khoung-fou-Tseu. Né vers 550 avant notre ère, il vivait sous la 3e dynastie des Tcheou.
C'était une époque de trouble, un âge de décadence. Partout la paix primitive avait disparu. L'invasion des hommes dans le domaine des Femmes avait profondément troublé l'ordre social. Le pays était morcelé en une quantité de petits Etats feudataires. Et le désordre social était compliqué de désordre moral. L'esprit de l'homme était livré aux doutes et aux terreurs.
Il adorait ou craignait des génies surnaturels, des ombres.
C'est que partout la même évolution physiologique amène le même résultat psychique. Le renversement des idées primitives était allé si loin que partout on sentait la nécessité d'une réforme, on la désirait, on l'attendait, et c'est toujours dans ces moments de trouble et d'attente que se manifestent de prétendus réformateurs, qui profitent de l'agitation qui règne pour s'imposer. Confucius fut de ceux-là ; il avait pris part d'abord aux agitations sociales, puis, n'ayant pas réussi sur ce terrain-là, il s'était retiré dans la solitude et soudain avait changé de système.
Ayant rassemblé toutes les anciennes Ecritures sacrées du pays, il prétendit les réviser.
Ces Ecritures, très anciennes, contenaient, comme celles de toutes les autres nations, des idées féminines, une explication abstraite des lois de la Nature, des chants, des hymnes, des préceptes de morale, et les bases des institutions sociales.
Confucius les modifia, ou plutôt les ordonna suivant ses idées masculines.
La religion primitive étant perdue, Confucius la remplaça par une philosophie nationale.
Cette doctrine est appelée Iou Kiao (religion des lettrés) ou Ta Kiao (grande religion, religion principale). Les modernes Occidentaux l'appellent le Joukisme. En Chine, en 213 avant notre ère, l'empereur Thsin-Chi-Hoang-Ti ordonna de brûler par tout l'empire les exemplaires du Chi King et du Chou King, livres sacrés des Chinois, sauf ceux qu'on laissait aux Po-Sse, officiers du savoir général.

GRANDE PROSCRIPTION DES LIVRES
Depuis Confucius qui avait prétendu pacifier les hommes en supprimant ce qui restait de l'influence féminine et de la haute morale des premiers temps, le pays était la proie de déchirements intérieurs, de guerres civiles, en même temps que d'incursions des barbares.
Tout cela entretenait un état de désordre et de démoralisation qui était une belle occasion, pour un homme comme Thsin, de s'emparer du pouvoir.
Poussant jusqu'à l'extrême tous les défauts de l'homme, il montra une insatiable ambition et un orgueil immense, aucun principe de justice, aucun scrupule. Son règne fut celui d'un fou, pliant tout devant sa folie.
Comme tous les aliénés du même genre, il voulut faire des choses extraordinaires pour faire parler de lui. Il fit édifier de gigantesques constructions et des palais si vastes que dans leur cour centrale on pouvait ranger 10.000 hommes en bataille.
Tous ces palais furent brûlés avec la capitale un ou deux ans après sa mort.
Ce monarque bouleversait tout ; mais les lettrés, mécontents ne cessaient de lui faire des remontrances. Et comme ils s'appuyaient toujours sur l'histoire du pays pour lui montrer combien ses actes différaient de ceux des anciens souverains, que tous regrettaient, il résolut de détruire les livres afin qu'on ne puisse plus lui parler de l'ordre qui avait régné avant lui.
Ce fut en 213 avant notre ère que s'accomplit cette première grande proscription des livres, et je dis première parce que cela devait se renouveler dans d'autres pays. On fit brûler en masse tous les livres trouvés dans la capitale et dans les provinces.
La peine de mort fut prononcée contre les receleurs. Il n'était pas facile, du reste, de cacher de pareils livres, ils étaient écrits sur des tablettes de bambou et avaient de grandes dimensions.

RESTAURATION DES LIVRES
Le second empereur de la nouvelle dynastie révoqua les décrets contre les livres 20 ans après leur promulgation. On retrouva des fragments d'ouvrages et même des livres tout entiers que des lettrés dévouée étaient parvenus à cacher. Le lettré Mao-Thsang retrouva, dans les ruines d'un palais, un exemplaire du Chi King, un des livres les plus importants. Un vieux lettré, Fou-Seng, qui occupait une haute situation dans la littérature sous Thsin, avait appris par cœur un des plus importants livres, le Chou King, et, quoique âgé de 90 ans, il put dicter une grande partie du livre. Cependant, l'ouvrage resta incomplet. Sur 100 sections qu'il contenait, il ne put en dicter que 29 (1).
(1) Cf Fahrenheit 451

LAO-TSEU
La seconde doctrine chinoise a pour auteur Lao-Tseu, qu'on appelle aussi Lao-Kiun, contemporain de Confucius, mais plus âgé de 50 ans.
Il est, comme lui, un « réformateur » de l'ancienne religion naturelle. On présente sa doctrine comme étant en contradiction avec celle de Confucius. L'objet de son culte est le Tao, mot qui a une signification très étendue : il signifie raison primordiale, intelligence, esprit, puissance morale qui régit le monde, Etre suprême.
Ses partisans se disent Tao Ssé, sectateurs de la raison.

LE TAOÏSME
Le livre sacré des Tao Ssè porte le titre de Tao-Te-King (le livre de la raison et de la vertu).
Suivant les anciens dictionnaires chinois, tao signifie un chemin, le moyen de communiquer d'un lieu à un autre ; ce chemin n'est-il pas le lien moral qui relie l'homme à la femme, et qui est bien, en effet, basé sur la raison ?
Le Tao-Te-King n'a qu'une trentaine de pages et contient 2 parties :
-Tao-King (livre du Tao)
-Te-King (livre de la vertu)
C'est de ces mots qu'on a fait le titre général, Tao-Te-King.
Dans le 1er paragraphe, il y a la distinction à faire entre le principe cosmique, l'Etre sans nom, et le principe moral, la Mère, l'Être suprême avec un nom.
L'Etre sans nom crée le ciel et la terre, puisqu'il est la force cosmique (voyez plus loin, dans ce fil, lorsque l'on abordera la Nouvelle Science dans laquelle ce principe est défini).
L'Etre nommé, la Mère, crée toutes les choses d'ordre moral.
L'une est toute la science physique, l'autre est toute la science morale.
Un des principes fondamentaux attribués à Lao-Tseu est le non-agir : « Le saint homme fait son occupation du non-agir » Ceci est très vrai, car c'est seulement dans le repos des muscles que la pensée s'exerce. L'homme qui agit beaucoup pense peu.
La doctrine de Lao-Tseu a été altérée à l'époque de l'empereur Wen-Tï des Han (179-155 avant notre ère). Depuis ce moment, l'esprit n'en a plus été compris, on y a mêlé du surnaturel.
Cependant, les Tao Ssé comptent dans leurs rangs des hommes distingués, des philosophes, des médecins, des historiens, des savants, ce qui prouve que ces gens sentent qu'il y a quelque chose de profond caché dans cette doctrine incomprise et dégénérée ; ils préfèrent ce reste d'idéal au positivisme des sectateurs de Confucius.
C'est que tout au fond du Taoïsme se trouve la pensée féminine, dans toute sa profondeur primitive, et dont les lueurs brillent encore, à travers les altérations que les hommes lui ont fait subir.

L'ÉVOLUTION MORALE EN CHINE
L'impression qui reste de l'étude de la grande philosophie chinoise, celle de Confucius, c'est qu'on n'y trouve qu'une morale composée de banalités, dont quelques-unes sont très belles, assurément, mais la vraie morale, celle qui s'occupe des devoirs de l'homme envers la femme, en est exclue. On n'y trouve pas un mot de ce qui est essentiel à la vie morale de l'homme, la femme en est éliminée, elle y est à peine mentionnée, quoique Confucius parle beaucoup du saint des derniers temps et de la nécessité de voir apparaître le Messie chinois.
Donc rien d'humain chez les Chinois, si ce n'est l'orgueil, qui y est aussi développé que chez les Occidentaux. Mais ils les ont peut être dépassés en hypocrisie. N'est-ce pas en Chine qu'un empereur promulgua ce décret : Défense aux femmes de sortir sans souliers. En même temps, une autre ordonnance disait : Défense aux cordonniers de faire des souliers pour les femmes.
Aucune nation autre que la Chine ne garda, avec un plus inviolable respect, les lois et les coutumes de ses ancêtres, dont le culte ne s'éteignit jamais complètement, malgré les altérations survenues au profit de la domination masculine. C'est encore aujourd'hui un fragment du primitif empire universel, qui a surnagé presque intact sur le torrent des âges, tandis que toutes les autres nations, ruinées, dispersées, ont disparu dans le tourbillon et la chicane masculine ; en Chine, un empereur, si intelligent soit-il, devait rester sous la dépendance d'une impératrice « Mère constitutionnelle ».
Les impératrices chinoises ont été brillantes, c'est l'une d'elles qui a trouvé l'art d'utiliser le ver à soie. C'est en Chine que l'on dit ceci : « Faire vivre la femme dans l'esclavage et l'homme dans la liberté, c'est comme semer du riz dans un sol aride et planter de la vigne dans un marais. »
Et, malgré ces traditions, pas de peuple qui ait plus asservi la femme, tout en l'imitant. Le Chinois a pris à la Chinoise son costume, ses longs cheveux, son visage imberbe. C'est parce que l'amour maternel y avait été si développé qu'on y a tant prêché le respect paternel.
Rappelons ces vers d'un poème intitulé l'Amour fraternel (inséré dans le Chi King) : .
L'union affectueuse entre la femme et les enfants
Est semblable à la musique du luth et de la harpe ;
Lorsque la concorde règne entre les frères,
L'harmonie est délicieuse et durable.
C'est la famille matriarcale, sans l'intervention du père, qui, alors, ignorait sa paternité.

lundi 26 juin 2017

LA GRÈCE ANTIQUE

RÉVOLUTION RELIGIEUSE EN GRÈCE
Rappelons que dans les premiers temps, le pouvoir gynécocratique a été attaqué en Grèce par des hommes que l'histoire appelle des Héros, mais qui en réalité ne sont que des grands bandits poursuivant et volant lâchement des femmes qui régnaient paisiblement dans leurs tribus.
Ces hommes, Thésée, Persée, Bellérophon, Jason, etc. doivent être montrés aux jeunes générations comme des brigands qu'il faut mépriser et non comme des héros qu'il faut admirer. Ils vont disputer à la femme son hégémonie, qui, dans ces temps anciens, était la suprématie qui appartenait au sexe féminin dans les fédérations de l'antiquité grecque.
Avec ce dernier millénaire avant notre Ère, un cycle nouveau va commencer.

LA SCIENCE ANTIQUE CACHÉE DANS LES MYSTÈRES
Les Hellènes n'avaient pas proprement d’Écritures saintes, ils avaient seulement des espèces de rituels, servant de codes sacrés. Rien n'en a été conservé. Mais ils avaient des oracles, c'est-à-dire des récitations orales, très courtes en général. On les attribue à des inspirées libres, les premières Sibylles, que nous retrouvons plus tard dans les Temples, où elles continueront à enseigner.
Mais cet enseignement n'est pas donné à tous, il est réservé pour les initiés qui sont admis dans les Mystères. C'est dans ces assemblées qu'on enseignait tout ce qui concerne la Religion, et la religion comprend la science.
La divulgation des Mystères était considérée comme un crime et punie de mort. Horace dit : « Je ne voudrais pas habiter sous le même toit ni me confier à la même barque fragile que l'homme qui aurait trahi les Mystères d'Eleusis ».
Les anciens historiens s'accordent tous à montrer dans quelle vénération et quel respect étaient tenus les Mystères. Plutarque rapporte qu'Alcibiade fut traduit en justice pour sacrilège parce qu'il avait, en compagnie d'amis, imité les Mystères d'Eleusis.
L'initié, dans les Mystères, devenait un autre homme, un homme régénéré, et prenait un autre nom, en même temps qu'il s'intitulait Mâo Soon qui, en grec, signifie : « Je cherche ce qui est sûr », c'est-à-dire la Vérité.
C'est de ces 2 mots Mâo Soon qu'on fera plus tard maçon. Maçonnerie vient de Mesouraneo (Je suis au milieu du ciel) d'après le Dr Fischer.
Ce sont les « Mystères » d'Egypte qui servirent de modèle à ceux de la Grèce, mais c'est en passant par la Palestine qu'ils arriveront en Europe.
On fixe au règne d'Erechtée, qui venait d'Egypte, ou à l'an 1423 avant l'ère actuelle, l'établissement des Mystères d'Eleusis (Diodore).

LE POLYTHÉISME EN GRÈCE
La chronologie a une importance capitale. Cependant, elle a toujours été négligée (ou altérée) à dessein, puisque les usurpateurs ont toujours voulu justifier leurs conquêtes en donnant une haute antiquité au fait nouveau qu'ils venaient établir.
L'introduction des Dieux dans la Religion est le grand fait qui caractérise l'époque dont nous nous occupons. Elle commence vers le 8e siècle avant notre ère et dure jusqu'au Christianisme, qui change le système théologique en résumant toutes les entités divines en un seul Dieu. Nous avons à chercher quand, et par suite de quelles circonstances, les Dieux furent introduits dans l'Olympe hellénique.
Jupiter, qui va se placer à côté de Déméter, puis devenir si grand qu'il l'éclipsera, semble remonter au 9e siècle. Vers 884, Iphitus établit les Jeux Olympiques en l'honneur de ce nouveau Dieu, et avec l'intention de le faire accepter.
Ces jeux ne commencèrent à servir d'époques chronologiques que vers 776. L'ère des Olympiades date de la victoire de Corébus, qui fut le premier inscrit sur les registres publics (1).
Jupiter fut d'abord appelé Junan à Rome ; il était un dédoublement de Junon. D'autres croient que c'est de Dia-Mater (Déméter) que l'on a fait Diu-Piter. Il peut se faire que deux anciennes formes, d'abord distinctes, se soient fondues l'une dans l'autre (l'une grecque, l'autre latine). Ju vient de dyu, thème infléchi de Dyaus qui, en sanscrit, signifie Ciel ; Piter (le Pater des Latins), c'est le Pator des Egyptiens.
Hercule semble remonter aux temps héroïques et avoir été un de ces hommes forts et batailleurs, qui furent des héros d'aventures retentissantes. Panyasis, oncle d'Hérodote, chantait les exploits d'Hercule vers 600 avant notre ère.
Apollon a une histoire plus compliquée. Nous ne le connaissons généralement que par la dernière forme donnée à ses multiples avatars, celle qui l'a déifié et glorifié en en faisant le Père de la poésie. On lui donne 10 apparitions, imitant celles de Vishnou. Sa destinée ultime, figurée dans la mythologie classique, est loin, d'être sa forme primitive.
(1) Le commencement des Olympiades n'est pas bien connu. On négligea assez longtemps de marquer les noms des vainqueurs dans les Jeux Olympiques. Corébus est le premier dont le nom soit venu jusqu'à nous, et il ne fut couronné que dans la 27° Olympiade, environ 108 ans après l'établissement de ces jeux par Iphitus.

ORIGINE DE LA POÉSIE ET DE LA DIVINITÉ D'APOLLON
Poésie, en grec, dérive d'un mot phénicien phah qui signifie bouche, voix, langage, discours, et de ich, un être supérieur, une Déité.
On donnait à la Poésie le nom de langue sacrée, langage des Dieux. Mais comme avant les Dieux il y eut des Déesses, la poésie fut d'abord la langue qu'elles parlèrent. Elle venait de la Thrace.
L'histoire primitive s'est confondue avec la Poésie parce qu'elle émanait des Déesses.
Quand l'histoire n'est plus que le récit des actions des hommes, elle devient inférieure à l'esprit poétique de l'époque primitive, elle n'a plus de grandeur, plus d'idéal, plus de vertu, elle couvre la vérité d'un voile, glorifie le conquérant, l'usurpateur, le crime et le criminel.
La poésie primitive s'altéra quand la Religion elle-même perdit son unité primitive et se transforma. De là tant de demi-Dieux (union d'un homme et d'une Déesse).
Quand le couple divin fut formé, le Prêtre, qui était près de la Déesse, arriva à s'attribuer les ouvrages des Muses qu'il servait.
Cette prise de possession s'appela « l'Inspiration ». Et nous verrons tous les hommes de l'antiquité, auxquels l'histoire attribue des œuvres spirituelles, être présenté comme recevant l'inspiration de telle ou telle Muse.
Pausanias insinue qu'un personnage appelé Olen fut le plus ancien auteur des hymnes qu'il y eut en Grèce.
C'est comme cela qu'on arrive à faire d'Olen un personnage et que, peu à peu, en altérant le nom de ce personnage, on fera Apollon : Olen, en grec, dérive de Whôlon phénicien, ce qui est éternel, universel ; C'est de ab ou ap (père) joint à Whôlon qu'on a fait Ap-wolon, puis Apollon.
Une fois l'idée émise, la légende créée, il n'y a plus qu'à la faire grandir. Et cela sera facile, étant donnée l'âpre lutte dans laquelle l'homme s'ingénie à reprendre à la femme une à une toutes ses facultés, toutes ses œuvres, toutes ses grandeurs.
C'est le renversement de l'Hellénisme. Car Hellène (Hélène ou Sélène) avait été, avant Apollon, la Déesse lumineuse personnifiant le jour naissant.
La racine du mot Hell, en hébreu, signifie clair, lumineux, splendeur, gloire. On dit encore en allemand heilig (saint) et seelig (bienheureux) ; on dit aussi seele, l'âme, et seelen, les âmes. Le réservoir des âmes, leur source, c'est le Soleil. C'est donc la splendeur du Soleil que représente le mot Hellène ou Sélène.
Ce n'est que dans la période de réaction et de renversement de toutes les idées primitives que Sélène désigna la Lune.

LE PRÊTRE CHEZ LES HELLÈNES
Toutes ces attaques à la Divinité étaient l'œuvre des premiers Prêtres.
La Grèce, qui copiait l'Egypte et lui prenait ses Dieux, adopta ses Hermès.
Si elle, n'avait pris à l'Egypte que des lumières, la Grèce serait devenue pour le monde un phare éblouissant, mais elle lui prit aussi ses erreurs, ses fautes, ses ruses. C'est Hermès (le Prêtre) qui les introduisit en Grèce avec l'hypocrisie sacerdotale.
Dans l'hymne homérique à Hermès, ce personnage représente l'obscurité. Une femme seule peut avoir écrit cela ; les Hommes le glorifiaient, au contraire, parce qu'il attaquait la puissance féminine en prenant la place de la Prêtresse dans le Temple.
Hermès représente aussi l'argent, les transactions commerciales ; il fait de la science un commerce, du temple un marché. Il est le Dieu des voleurs en attendant Mercure qui l'imitera ; aussi, fait de la religion une affaire et, en même temps, un privilège qu'il veut garder pour lui et ceux qui le soutiennent. Et, pour se donner de l'importance, il impose à ceux qui veulent le suivre dans la carrière sacerdotale, des initiations longues, atroces, cruelles, quelquefois mortelles.
On donne à Hermès les traits d'un jeune homme avec des ailes à la tête et des ailes aux pieds, ce qui indique que son esprit s'envole par en haut et son âme par en bas. Il tient une bourse et un caducée. Inutile d'expliquer le symbolisme de la bourse. Quant aux 2 serpents, ce sont les deux formes du pouvoir malfaisant, le Prêtre et le Roi ; l'un qui s'impose par la ruse et le mensonge, l'autre par la force.
Mais à son origine il fut simplement « le Prêtre », cherchant à tromper le peuple par des artifices, des mystifications, parodiant la Prêtresse pour s'attribuer son pouvoir, en même temps qu'il lui prend ses habits, et c'est risible de voir les anciennes gravures représentant les sacerdotes antiques vêtus de robes légères bleues, rouges ou blanches, avec des ceintures de ruban et des corsages de femmes.
Puis, pour imiter la Déesse Hygie, il prétend guérir, et le caducée sera le symbole de sa médecine, celle qui tue.
Et, continuant le système qui consiste à diviniser l'homme, il confère à ceux qu'il appelle des héros les honneurs divins. C'est ainsi que l'Oracle de Delphes fut, à une certaine époque, chargé de canoniser des héros, et l'on vit alors déifier des poètes, des philosophes et jusqu'à des athlètes.
L'apothéose (la mise au rang des Dieux) leur était aussi facile que la béatification chez les modernes.

LA LÉGENDE D'ORPHÉE
Orphée est un personnage qui semble jouer un grand rôle dans la religion grecque, puisque c'est à lui qu'on fait remonter l'intention de la masculiniser en substituant le culte des Dieux au culte des Déesses, surtout le culte de Bacchus à celui de Cérès.
On lui fait une légende pompeuse. Né en Thrace, à l'endroit où l'Hèbre prend sa source, il était fils du roi de Thrace. Plus loin, mêlant le merveilleux au réel, on nous dit que son père OEgros est le fleuve lui-même, le faisant ainsi naître de l'eau.
Il apprit de sa mère, continue la légende, l'art de charmer par son chant la nature entière, d'émouvoir les oiseaux, les poissons, les plantes et les rochers, de faire sortir les bêtes féroces de leur tanière, de suspendre le cours des fleuves.
En lisant cela, on pense tout de suite à David, charmant avec sa lyre et apaisant les fureurs de Saûl. Seulement, nous savons maintenant que la légende n'a rien d'historique ; l'histoire vraie n'a pas constaté l'existence d'un poète du nom d'Orphée et les hymnes orphiques sont apocryphes.
Alors on s'explique la copie de la Lyre de David, d'autant plus que la rédaction des hymnes paraît dater des premiers siècles de notre ère, époque à laquelle on s'occupait beaucoup, en Grèce et à Rome, des Ecritures sacrées des Hébreux.
Orphée est un personnage légendaire qui n'a aucune réalité historique. Son histoire a été créée pour donner un fondateur à un dogme nouveau, comme on l'avait fait en Perse pour Zoroastre, et aux Indes pour Vyâsa. Tout ce qui concerne la naissance, la vie et la mort d'Orphée est sorti de l'imagination des Prêtres. L'époque de son existence n'est même pas fixée ; Orphée est postérieur à Homère parce qu'on lui attribue le rythme créé et employé par Homère, et parce que la poésie orphique est l'imitation de la poésie de l'Iliade. Elle est donc venue après.
Orphée est mis dans l'histoire pour donner un chef responsable à la doctrine qui va diviniser l'homme.
Il faut remarquer que ce genre de fondateur anonyme est partout le même, et joue toujours le même rôle. Il fait ce que les hommes n'osent pas faire eux-mêmes ; il dit ce qu'aucun d'eux n'aurait osé dire ; puis on s'appuie sur son autorité pour répéter (sans en avoir la responsabilité) ce qu'on lui a fait dire.
Les fables allégoriques qui restent, à son sujet, ressemblent à toutes celles qui entourent ces êtres irréels, elles sont nées de l'imagination des hommes.
On représente Orphée comme un sauveur venant apporter la lumière, la science, alors qu'il vint l'éteindre.
On lui attribua une quantité d'ouvrages, tous les écrits, démarqués, des Femmes des temps passés. On ne lui donne pas de spécialité, on lui attribue les œuvres de tout le monde.
Les anciens le citaient dans leurs luttes de sexes comme la plus grande gloire masculine. Nous n'avons que ce témoignage intéressé pour appuyer ses prétendues supériorités.
On lui attribua la Théogonie qu'on place 5 siècles avant celle d'Hésiode, pour faire croire qu'il y eut des Dieux mâles avant Hésiode, ce qui n'est pas ; les Initiations aux Mystères de la Mère des Dieux, titre en contradiction avec les idées orphiques. On lui attribue encore une Cosmogonie célèbre, où se développait un système astronomique dont nous ne connaîtrons jamais le véritable auteur.
A l'austérité du culte féminin, les Orphiques opposent un culte fait de plaisirs, de fêtes, de joies. Ses Mystères sont sexuels, mais couverts de pompe et d'éclat, et tous les sens en sont impressionnés ; On intéresse les cœurs, on ne parle pas à l'Esprit.
Quand on écrivit les livres orphiques, la fourberie était déjà entrée dans le monde avec la magie et il s'agissait de l'étayer sur une grande autorité. Ce fut Orphée qui en fut le prophète.
Son nom signifie le Guérisseur, le médecin éclairé (Son nom Orphée vient de AUR, lumière, et ROPHE, guérison, salut).
Tout cela était fait pour mettre en échec la puissance féminine, imiter sa poésie, prétendre la dépasser, faire comme les Déesses des guérisons, aller plus loin, jusqu'au miracle. C'est le système de la surenchère que l'homme met toujours en pratique dans ses luttes.
Remarquons encore qu'on introduisit dans sa légende le nom de Bacchus qui est un Dieu romain, au lieu de celui de Dionysos qui joue le même rôle en Grèce. Cette substitution de nom nous fait penser que c'est à Rome qu'on a écrit les Hymnes Orphiques.
La légende d'Eurydice qu'on y ajoute est encore un reflet lointain de la descente de la Femme aux Enfers. Eurydice meurt de la piqûre d'une vipère à la cheville (le serpent, symbole de l’homme qui attaque la femme en bas, dans son sexe), en fuyant la poursuite d'Aristée (la fuite de la femme devant l'homme). Elle descend aux Enfers (c'est-à-dire dans la nouvelle vie sociale), et c'est là qu'Orphée la cherche.
L'homme qui asservit la Femme prétend toujours la libérer.

RENAISSANCE PYTHAGORICIENNE
Au milieu des luttes religieuses, le 6e siècle vit se produire une réaction contre le nouvel Hellénisme, c'est-à-dire contre le désordre moral des nouveaux cultes liés aux religions phalliques. Ce mouvement fut naturellement provoqué par les femmes de toutes les nations, mais c'est de la Celtide, que vient l'initiative de la fondation, en Grèce, d'une Ecole donnant l'enseignement des sciences comme il était donné dans les Collèges des Druidesses. Du reste, ceux qui feront, plus tard, de Pythagore un homme, nous diront qu'il voyagea, dans sa jeunesse, et fut initié aux sciences chez les Druides.
Il y eut un retour momentané aux grandes idées du passé. Une Ecole se fonda dans laquelle on enseigna les lois de la Nature telles qu'elles avaient été formulées dans la brillante époque de la primitive religion pélasgique. C'est l'Ecole Pythagoricienne, dans laquelle on donnait l'enseignement de la science aux Prêtresses grecques, les Pythies.
Le mot Pythagore ne désignait pas un homme, mais une science. Pythagore est un nom composé ; sa terminaison gore est un dérive du gourou (curé en sanscrit) ou guru des Hindous, et il signifie « celui qui enseigne », le Maître. En décomposant le nom, nous avons Pytha-gore. Or ce mot Pytha, c'est la Pythie qui enseigne.
Quoi que l'on ait fait pour cacher le nom de celle qui fonda et dirigea, cette Ecole, il est arrivé jusqu'à nous : c'est Théano, appelée aussi Dano ou Iheano.
Théano était une Prêtresse qui avait gardé le dépôt sacré de la tradition scientifique et qui voulut en faire un enseignement régulier. Quand on donnera le nom de Pythagore à un homme, on ne manquera pas de dire que Théano fut sa femme ; c'est le système toujours employé par les falsificateurs de l'histoire.
C'est dans cette Ecole que l'on employa, pour la première fois, le mot philosophie, pour indiquer les dissertations de ceux qui aiment la sagesse. Et ceux qui aiment la sagesse (Sophia), ce sont les sages. Ce mot a la même signification que le mot Soffet chez les Hébreux, et tous les 2 se rattachent à la Déesse égyptienne Sophet, qui présidait à la vie intellectuelle.
Bachofen nous la présente en ces termes : « En pleine époque hellène, la vie et la religion de Pythagore nous ramènent à l'ancien régime. Il essaya de faire revivre le mystère du culte maternel, de donner satisfaction à la renaissance du sentiment religieux. Ce n'est pas dans son développement, mais dans sa lutte contre l'Hellénisme que repose le Pythagorisme, [...] ».

ORDONNANCE DE L'ECOLE PYTHAGORICIENNE
Cette Ecole comprenait 2 degrés : un enseignement public auquel tout le monde pouvait assister : un enseignement secret réservé à ceux qui étaient capables de le comprendre. L'admission à cette Ecole était très difficile. On scrutait rigoureusement la vie du candidat. Lorsqu'il était reçu, il devait verser sa fortune entière dans la caisse commune de la société, les intérêts privés empêchant la défense de la vérité.
Les symboles des Pythagoriciens étaient l'angle droit, emblème de Moralité et de Justice ; le triangle équilatéral (c'est le daleth des Hébreux, symbole de Divinité) ; le cube, symbole de l'esprit humain ; le triple triangle, emblème de la santé ; la lettre Y qui représente le cours de la vie humaine dans laquelle il y a deux routes divergentes, une de vertu conduisant au bonheur, une de vice conduisant au malheur.

L'UNITÉ DIVINE L'INDIVIDU ET LE DUPLEX
A l'Ecole Pythagoricienne, on enseignait l'unité de la nature féminine, dont le principe de vie ne se divise jamais : c'était le nombre 1. Et la dualité de la nature masculine dont le principe de vie se divise en 2 parties : l'une pour être conservée et l'autre pour être donnée à la génération : d'où le nombre 2.
L'unité féminine était appelée la Monade, parce que la femme est l'être indivisé, d'où le mot individu.
La dualité masculine était la dyade. En latin, on disait homo duplex pour désigner la contrariété du cœur et de la raison, la duplicité (le double), suprême mystère de l'existence de l'homme.
On réunissait, ces deux chiffres 1 et 2 pour symboliser l'union qui est la base même de la société, et cela faisait le nombre 12.
Le mot grec Monas (unité), d'où sort le mot monade, servit à faire le mot mona-stère (un seul sexe).
Fabre d'Olivet dit encore : « L'essence de cette Unité et la manière dont la Dualité qui en émanait y était enfin ramenée, étaient les mystères les plus profonds de la doctrine, les objets sacrés de la foi de ses disciples, les points fondamentaux qu'il leur était défendu de révéler. »
Ce grand mystère, c'est la loi des sexes. Elle est dévoilée tout entière dans la suite de ce fil.
Fabre d'Olivet dit : « Je ne pourrais entrer dans la discussion du fameux symbole de Pythagore, un-deux, sans dépasser de beaucoup les bornes que je me suis prescrites ; qu'il me suffise de dire que, comme il désignait Dieu par 1 et la matière (l'homme) par 2, il exprimait l'Univers par le nombre 12 qui résulte de la réunion des deux autres : un, deux, « en, duo ».
« C'est le même symbole de Fo-hi, si célèbre parmi les Chinois, exprimé par une ligne entière — 1 (Yang) et une ligne brisée — — 2 (Ying) ». (Note de Fabre d'Olivet).

LES PYTHAGORICIENNES - FONDATION DES COLLÈGES D'HÉTAÏRES
Le mot Hétaïre signifie Prêtresse.
Les Pythagoriciennes destinées à l'Hétaïrisme recevaient une éducation soignée. Les honneurs rendus à ces femmes prouvent qu'elles se rattachaient à une institution sacerdotale, qu'elles possédaient la haute direction morale de la nation et rendaient la Justice. Les modernes ont traduit le mot Hétaïre par Courtisane, mot qui date de François 1er, et ont jeté sur ces femmes remarquables l'outrage et l'infamie, système que les prêtres des religions masculines de la Grèce avaient inauguré les premiers, parce que, prenant leur place pour enseigner les erreurs de leur mythologie qu'elles condamnaient, ils avaient en elles des ennemies implacables.
La morale de ces hommes Vantait l'éphéborastie, en même temps que l'assujettissement sexuel de la femme. Les Prêtresses accusaient les propagateurs de ces moeurs nouvelles de se livrer à des débauches entre eux au lieu d'étudier, avec elles, les lois de la Nature. Cela les irritait, et, comme toujours en pareil cas, ils renvoyaient aux femmes les accusations portées contre eux.
A l'époque qui nous occupe, l'île de Lesbos était un centre féministe où l'antique science était conservée et enseignée dans un célèbre Collège : Lesbos, centre du monde, disait-on.
C'est pour discréditer cet enseignement que les hommes en feront un foyer de débauche féminine. La plus célèbre des colonies Ioniennes, Milet, patrie d'Aspasie, partagea avec Lesbos, patrie de Sappho, la célébrité féministe et le privilège de fournir à toute la Grèce de savantes Prêtresses.
De Lesbos venaient surtout les Hétaïres lettrées et poètes, de Milet les musiciennes et les artistes. L'éducation qu'elles recevaient dans ces Collèges spécialement destinés aux femmes, était remarquable à tous égards. On la divisait en deux branches. On s'y occupait de ce qui concernait le corps (la physiologie), science appelée Gymnastique ; et de ce qui concernait l'esprit, symbolisé par les Muses, de là le nom de Musique donné à tout ce qui est intellectuel, nom qui resta seulement à la musique quand les travaux de l'esprit sombrèrent dans le néant des religions masculines.
Le mot musique exprimait toutes les sciences des Muses, la philosophie qui comprend l'étude de la Nature, l'histoire, la poésie, l'éloquence et la musique elle-même. Tout cela entrait dans l'éducation sévère des jeunes filles lacédémoniennes, instruites par les Hétaïres qui sortaient des Collèges de Lesbos et de Milet.
Les hommes de mauvaise foi accusèrent ces savantes de « cultiver la philosophie cynique » parce qu'elles enseignaient la physiologie sexuelle.
C'est en s'assimilant la loi qui régit le sexe féminin que les hommes produisirent, plus tard, le système épicurien qui ruina la Grèce.
En Egypte, les Hétaïres étaient des Almechs ; aux Indes, des balladières (d'où bayadères).
Les Prêtresses d'Egypte avaient une réputation brillante qu'elles s'efforçaient de maintenir dans le monde entier, et c'est ce qui donna tant d'éclat à la science égyptienne.
Les Hétaïres d'Athènes habitaient le quartier appelé le Céramique, qui était un faubourg qui renfermait le jardin de l'Académie. Là, régnaient des bosquets d'arbres verts, des portiques ornés de statues et d'inscriptions entre lesquels ces Femmes venaient s'asseoir. Les hommes d'élite venaient les y trouver. C'était, en plein air, les salons philosophiques de la Grèce. C'est là que les idées s'échangeaient, que les sentiments se manifestaient, que la vie élégante se déroulait ; elles se promenaient magnifiquement vêtues et résumaient la vie supérieure et élégante de leur époque.
C'est leur prestige qui rayonnait sur Athènes, où l'on venait comme dans les temps modernes on vient à Paris.
L'homme qui aimait une femme, n'osant pas le lui dire, inscrivait son nom sur l'un des portiques, en y ajoutant une épithète flatteuse, une phrase courte, et l'on savait ce que cela voulait dire.
Les Hétaïres n'étaient donc pas les ennemies des hommes, elles étaient des intellectuelles qui voulaient faire respecter leur liberté individuelle, mais elles savaient mêler les sentiments aux choses de l'esprit, elles n'étaient rebelles à aucune manifestation de la nature. Elles ne combattaient que le vice, le mensonge et l'oppression.
Les hommes politiques, les philosophes, s'attachaient à ces femmes qui les mettaient en valeur. C'est ainsi que Périclès prit pour Maîtresse (c'est-à-dire directrice) Aspasie, une des plus brillantes Hétaïres de la Grèce.
Périclès voulait briller par la parole, mais le talent lui manquait et c'est Aspasie qui lui préparait ses discours.
C'est ainsi que les Hétaïres devinrent pour les hommes des Amies, des Compagnes, nom resté comme synonyme de Maîtresse.
Les Hétaïres étaient les femmes supérieures, et la religion avait institué une fête solennelle en leur honneur, pour glorifier leur mérite.
Il y avait à Athènes un temple superbe consacré à la Déesse Hétaïra.

LA PHILOSOPHIE EN GRÈCE
C'est un fait connu que l'abus sexuel a pour conséquence de troubler la raison de l'homme.
Après, un siècle de débauche comme celui qui vit naître les cultes phalliques, il devait forcément se produire un siècle de désordre mental. La vérité ne suffisait plus à l'homme, il ne la comprenait plus, il ne la voulait plus.
Désertant les temples où les Prêtresses enseignaient les lois de la Nature, abandonnant les anciennes traditions basées sur ces lois, l'homme ne voulut plus suivre que ses propres impulsions ; il rejeta les grands dogmes de la religion nationale, hésitant toutefois à les attaquer ouvertement, car, en Grèce les outrages faits à la religion étaient sévèrement punis, mais il se montra indifférent aux antiques Vérités qui, du reste, ne répondaient plus à la nature de son esprit perverti par la luxure, troublé par les idées fausses des Hermès.
C'est surtout dans les questions morales que le chaos se fit.
Appliquant à la Femme la psychologie du sexe mâle, se donnant à lui-même, par orgueil et imitation, les privilèges de la nature féminine, il renversa totalement la loi morale, il transforma les dogmes ; en changea ce qui n'était pas conforme à son intérêt, ou à sa manière de voir.
Ces prophètes sans inspiration furent les précurseurs de tous les raisonneurs modernes.
Les sophistes grecs, moitié rhéteurs, moitié philosophes, cherchaient des arguments captieux pour prouver leurs erreurs.
La philosophie, créée à l'Ecole Pythagoricienne, fut reprise et imitée par les Ecoles masculines et subit la transformation qui se produit toujours quand l'idée passe d'un sexe à l'autre.
La Femme-Déesse avait créé la Sagesse. Elle était l'éternelle Sophia et son verbe s'appelait sophisme. L'homme vint, voulut aussi parler, et du sophisme fit le paradoxe, l'argutie, restée au fond de toutes les casuistiques. C'est cette dernière signification qui est restée attachée au mot sophisme, dont la signification première fut dénaturée.
Tels étaient les représentants accrédités de la science et de la philosophie. Je veux parler de ces rhéteurs qui, appliquant leur talent de la parole à l'enseignement lucratif des sciences et des systèmes philosophiques, se donnaient à eux-mêmes et recevaient de l'admiration universelle le nom de Sages ou de Sophistes. Ces maîtres habiles étaient, d'ailleurs, plus occupés d'accroître leur gloire et leur fortune que leur savoir et leur sagesse.
Ils étaient véritablement les précurseurs des sceptiques de tous les temps.

SOCRATE
Ce nom est pour les hommes un objet de vénération.
En effet, il a droit à la reconnaissance de ceux qui affectionnent la forme religieuse qui règne depuis 2000 ans, car il en a été le premier auteur. C'est lui qui inventa le Dieu mâle, unique et surnaturel, qui devait jouir d'une si grande faveur pendant tant de siècles.
Le Dictionnaire de Descubes définit ainsi ce personnage : « Socrate, déclaré le plus sage des hommes par l'oracle d'Apollon, aimait Alcibiade et Archélaüs ; il avait 2 femmes et vivait avec toutes les courtisanes. ».
C'est donc par ironie qu'on l'appela le sage Socrate. De plus, il était envieux. Tous les hommes de talent de son temps furent l'objet de ses critiques jalouses ; il leur reproche leur manque de foi, lui qui ne croyait à rien.
Ambitieux politicien, il voulut faire de toute la Grèce un seul royaume et en prendre la domination.
Socrate ne monta pas une seule fois à la tribune pour discuter les affaires publiques. Il n'est pas connu pour sa vie, mais pour sa mort. Il eut la gloire d'avoir une mort retentissante qui divisa le pays en deux partis.
Il était né en 469 ou 470. Son père, Sophronisque, était sculpteur (Remarquons que le fils ne porte pas encore le nom de son père.) ; il était de basse extraction par son père, mais de caste plus élevée par sa mère. Son physique était antipathique.
Si les historiens ont fait une si grande réputation à Socrate (qui n'a pas laissé d'écrits), ce fut pour faire une sorte de réaction contre les grandes femmes de l'époque, les Aspasie, les Thaïs, les Phryné, qui le combattaient et qui occupaient l'attention publique bien plus que les hommes. Ce sont ces historiens qui ont cherché, plus tard, à les avilir, qui ont glorifié Socrate.
Ses leçons, écoutées avec avidité par les hommes, les flattaient dans leurs mauvais instincts. Chacun d'eux, après l'avoir entendu, se croyait dieu lui-même. Sa parole les ennivrait de cet orgueil masculin qui perd l'homme.
Socrate fut bien le premier fondateur de la fausse morale qui devait se perpétuer par les religions masculinistes ; c'est lui qui, le premier, prêcha la licence de l'homme, en même temps que la révolte contre la Divinité de la Femme. Il fut traité de blasphémateur contre les Déesses, qu'il appelait des dieux secondaires. (Blasphème est un mot grec qui se trouve dans Démosthène ; il signifie atteinte à la réputation).
Les mœurs homosexuelles qu'il affichait, sans aucune pudeur, étaient un scandale public (Voir son discours au Banquet de Platon).

LES DOCTRINES SOCRATIQUES
Les religions masculinistes font remonter à Socrate les dogmes sur lesquels elles s'appuient : la déification de l'homme et la déchéance de la femme.
Il niait la réalité, c'est-à-dire les lois de l'humanité, et créait un surnaturel qui devait, à travers les religions modernes, arriver jusqu'à nous.
Au-dessus des Divinités réelles, qu'il laissait dans l'ombre, Socrate mettait un Dieu imaginaire qu'il représentait souverainement grand, voyant tout, entendant tout, présent partout et gouvernant toutes choses. C'était l'homme agrandi, le moi masculin projeté dans l'infini et devenu immense par l'illusion d'un orgueil insensé. Socrate fut un grand orgueilleux et un petit esprit, puisqu'il ne comprenait pas la vraie Nature et lui substituait une chimère. Il fut un des fondateurs du spiritualisme masculin, celui qui avait pour but de mettre l'Esprit en dehors de l'humanité, pour qu'on ne puisse plus dire qu'il est dans la Femme.
C'est à lui qu'on fait remonter les lieux communs de la philosophie masculine, tels que ceux-ci :
- « Que celui qui a fait l'homme à l'origine s'est montré miraculeusement intelligent. »
Voilà le Dieu créateur inventé ; et combien cette erreur a été funeste à ceux qui ont voulu faire prévaloir la véritable histoire de la création naturelle.
- « Que le consentement de tous les peuples dans cette croyance atteste qu'elle est la Vérité. »
Erreur manifeste, d'abord parce que, si les peuples avaient toujours eu ces croyances, il n'aurait pas fallu tant de sang versé pour les faire admettre.
Ensuite, n'avons-nous pas vu depuis 2000 ans que ce sont les plus grandes erreurs qui ont eu le plus de partisans ? Ce système qui consiste à s'appuyer sur le nombre a toujours été employé par ceux qui ont tort ; le nombre, c'est la force, c'est pour cela qu'on l'invoque.
Quant à sa moralité, elle est connue. Il n'aimait pas sa mère ; cette mère, Phéramète, devait être une femme de valeur car elle exerçait la médecine. A cette époque, c'étaient les femmes qui pratiquaient surtout la médecine et instruisaient les hommes dans leur art. Phéramète était une de ces femmes qui abondaient dans l'antiquité.
Socrate, s'il était mauvais fils, était aussi mauvais mari, puisqu'il représente sa femme, Xanthippe, comme irascible et lui comme un époux patient.

LA MORT DE SOCRATE
L'opinion que nous émettons sur Socrate était certainement celle des gens sensés de son temps, puisque l'intempérance de cette prédication obstinée de tant d'erreurs fatigua les oreilles de ses contemporains. Accusé de détruire la Religion et de corrompre la jeunesse, accusé aussi d'impiété envers les Déesses qu'il tournait en ridicule, il fut condamné à boire la ciguë.
Il mourut en 401. C'est par les Socratiques de Xénophon et les Socratiques de Platon qu'il fut connu. C'est parce qu'il fut écouté et admiré par ces 2 hommes qu'il a été glorifié.
Ceux qui glorifieront Socrate iront jusqu'à dire que c'est lui qui, le premier, employa le mot « philosophie ».
Socrate, en fondant une Ecole de Philosophie, institua la spéculation professionnelle, qui est l'imitation pour le lucre. D'où les deux significations du mot spéculation : « philosophie » et « affaire ». Et, depuis, la pensée transmise a toujours été le prétexte de toutes sortes d'entreprises intéressées.
La pensée directe seule est désintéressée et ne se vend pas, parce qu'elle a en elle tout son prix, qui est le bonheur de posséder la Vérité.
N'oublions pas que le mot spéculation vient de spéculum, miroir (1). Il ne faut donc jamais appliquer ce mot aux opérations du cerveau féminin, ce serait un non-sens, il ne se reflète pas, il est la lumière initiale, la force génésique cérébrale, celle qui crée et génère dans le monde intellectuel (d'où Génies, nom collectif des femmes primitives). C'est cette spontanéité des œuvres de la femme qui fait son originalité.
C'est parce qu'il a été condamné à mort sur une accusation d'impiété et d'immoralité que ce corrupteur de la jeunesse est devenu le père de la philosophie dans toute l'Europe et la source de toute spéculation depuis 23 siècles. Comment expliquer ce fait, si ce n'est par cet instinct d'opposition qui est dans l'esprit de l'homme et lui fait admirer ce que la raison saine de la Femme condamne ?
(1) C'est pour cela qu'on représente la Vérité par une femme tenant en main un miroir. Cela symbolise la réflexion appelée spéculation.

PLATON (429-347)
La lutte commencée par Socrate va continuer. Platon est son élève.
Il s'agit de renverser la Divinité féminine et de lui substituer toutes sortes d'entités chimériques. C'est de cela que Platon va s'occuper.
Dans son Cratyle, il donne une étymologie de Zeus, cherchant à lui donner les 2 sexes.
L'étymologie sanscrite de Zeus est Dyaus (de div, briller, d'où dêvâ ; diva) qui veut dire ciel. Dyaus est devenu, en grec, Zeus.
Quand on a masculinisé la Divinité, on y a ajouté « père » et on a fait Dyaus-pitar (ciel-père), devenu en latin Ju-piter.
Primitivement, Zeus signifiait « la Mère », ou « celle par qui la vie est donnée aux êtres ». On a écarté cette signification pour ne plus accepter que celle de Ciel qui semble en éloigner « la Femme », alors que cela l'en rapproche, puisque partout l'homme jeune avait comparé la femme aux astres du ciel qui illuminent et rayonnent.
Mais nous sommes arrivés à une époque de réaction masculine contre l'amour primitif et les idées qu'il avait fait naître ; la femme, maintenant, est regardée par l'homme orgueilleux de haut en bas, c'est-à-dire avec une vue qui descend, puisque c'est le rôle de la sexualité de faire descendre, chez l'homme, l'influx nerveux du pôle cérébral vers le pôle générateur. Vue de cette manière, la femme n'est plus, pour l'homme, qu'un sexe, il ne la considère plus que dans la partie inférieure du corps, cette partie que l'on avait symbolisée par un animal (le lion dans le sphinx).
Il compare la Mère à la terre, elle devient tellurique ou chtonique ; il ne comprend plus son esprit, et ne pouvant plus s'élever jusqu'à lui, ou le croyant si haut qu'il le met maintenant dans un Ciel imaginaire.
Cette forme nouvelle que l'on cherchait à donner à la religion causait partout des troubles profonds.
La Femme est donc de moins en moins divines. « Les Déesses et les hommes sont un même sang », dit Pindare, s'acheminant vers la négation de la Divinité.
Mais les noms des Déesses avaient été remplacés partout par le mot « immortelles » ou « éternelles », et ce qualificatif, dont on ne comprenait plus l'origine, achevait de compliquer la question.
Cependant, si Platon rejette la Divinité féminine, il se déclare dieu lui-même et se fait appeler le « divin Platon ». Il se dit fils d'Apollon, et nourri par les abeilles du mont Hymette.
Donc, il a une naissance miraculeuse, comme tous, les orgueilleux prétendus divins. Pour compléter sa divinité, il déclare qu'il vécut vierge.

LES DAÏMONS
Si la Femme n'est plus divine, elle va bientôt devenir démon et prendre la place de l'homme dans l'enfer surnaturel qu'il va imaginer, mais cela viendra progressivement, par étapes.
D'abord Platon, dans le Banquet, nous représente les Daïmones comme des existences intermédiaires entre la nature divine et l'homme, et non seulement intermédiaires, mais médiatrices, apportant aux hommes les ordres et les bienfaits divins.
Ces Daïmones comblent l'intervalle qui existe entre le Ciel et la Terre. Chaque homme a son Daïmon particulier, que Platon appelle son ange gardien. C'est, au début, Un bon esprit, juste et bienveillant. Inutile de faire remarquer que c'est la Femme qui est représentée ainsi, inconsciemment.
C'est dans cette démonologie de Platon que le Catholicisme prend l'idée d'un démon, c'est-à-dire d'un mauvais esprit agissant contre l'homme, et ce mauvais esprit, ce sera la femme, pour lui, parce que, c'est elle qui réagira contre une religion qui sera faite pour anéantir son autorité et supprimer à jamais son antique Divinité.
Mais les femmes ne se laisseront pas attaquer sans se défendre et sans rendre à l'esprit du mal le sexe masculin, et c'est sous cette forme que nous le verrons régner dans tout le moyen âge.
Alfred Maury, dans son Histoire des Religions, dit que les Pères de l'Eglise ont donné aux démons les mêmes caractères que l'on rencontre chez les Platoniciens, et il ajoute : « Ces écrivains puisent dans les livres des Grecs ; ils empruntent leurs paroles, ils s'arment de leur autorité, ils partagent toutes leurs superstitions, et c'est en se référant à Platon qu'ils déclarent l'univers livré au culte des démons, d'êtres méchants et pervers qui inondent l'atmosphère, entrent dans le corps humain, [...]. L'héritage de Platon passa tout entier dans les dogmes chrétiens, qui firent de sa démonologie une arme puissante pour renverser complètement le polythéisme dont elle avait déjà ébranlé la base. »

LA RÉPUBLIQUE DE PLATON
Dans sa République, Platon se préoccupait de chercher quelle pourrait être la meilleure forme de gouvernement masculin.
Il expose sa conception de l'Etat en attribuant la plus grande importance aux qualités viriles.
Platon dit (Livre IV) : « Si on demandait à un législateur de faire de bonnes lois, voici ce qu'il répondrait : « Donnez-moi un Etat gouverné par un tyran ; que ce tyran soit jeune, qu'il ait de la mémoire, de la pénétration, du courage, de l'élévation dans les sentiments ; et enfin que toutes ces qualités puissent être utiles au dessein que je me propose. »
« Je mets au premier rang la tyrannie ; au second, le gouvernement monarchique ; au troisième, une certaine espèce de démocratie ; au quatrième, l'oligarchie, qui, de sa nature, est le moins propre à donner naissance à ce gouvernement parfait, parce que c'est dans l'oligarchie qu'il y a le plus de maîtres. »
Ce tyran que Platon rêve et qu'il fait ressembler au précepteur de Télémaque, au sage Mentor, c'est Minerve, masquée, du reste, sous les traits de Mentor, c'est la Sagesse féminine donnant droit à l'autorité absolue parce qu'elle est l'image de la Justice.
Mais, du moment où c'est d'un gouvernement masculin qu'il s'agit, comme on ne peut plus supposer que la Justice et la Sagesse vont se trouver réunies dans un homme, on est bien forcé de reconnaître qu'un tyran n'est qu'un vulgaire despote, régnant contre l'intérêt de tous. Du reste, l'histoire va le prouver.
Il est curieux de constater comment l'homme qui attaque les droits de la Femme va de l'égalité à la supériorité.
Platon met dans la bouche de Calliclès ces paroles bien connues : « Nous prenons, dès la jeunesse, les meilleurs et les plus forts d'entre nous ; nous les formons et les domptons comme des lionceaux, par des enchantements et des prestiges, leur faisant entendre qu'il faut s'en tenir à l'égalité et qu'en cela consiste le beau et le juste. Mais, selon moi, qu'il paraisse un homme de grand caractère, qu'il secoue toutes les entraves, déchire nos Ecritures, dissipe nos, prestiges et nos enchantements, foule aux pieds nos lois, toutes contraires à la Nature ; qu'il s'élève au-dessus de tous et que, de notre esclave, il devienne notre maître ; alors on verra briller la Justice naturelle. »

LES FEMMES DANS LA RÉPUBLIQUE DE PLATON
Quelle place Platon donnait-il aux femmes dans sa République ? Il réclame la communauté des femmes pour les hommes, mais ne dit pas si les femmes auront aussi la communauté des hommes. Il voulait, suivant l'ancien usage, que l'on fasse en sorte que les enfants ne connaissent pas leur père.
Le communisme de Sparte, vanté par Platon, comprend les biens et les femmes en commun : un système qui consiste à faire le bonheur des gens malgré eux. En attendant, il propose d'envoyer au gymnase les femmes des guerriers vêtues du costume symbolique de la Mère Eve ; il propose aussi de faire périr les enfants mal constitués. Comme on le voit, les femmes constituent le troupeau humain. Il est bien entendu qu'aucune d'elles ne doit se distinguer, cela porterait ombrage au sexe masculin. C'est ainsi que ce philosophe chassait Homère de sa République. De la part d'un misogyne, n'est-ce pas là une preuve que le grand poète anonyme, appartenait au sexe détesté ?
Il masculinise la Matrie et en fait la Patrie. Il fait dire à Socrate, dans Euthyphron : « Viens devant la Patrie comme devant la Mère commune. » Voyez la contradiction, il n'ose pas dire devant le « Père commun », cela choquerait trop les idées reçues.
Platon admettait les femmes aux leçons qu'il faisait dans les Jardins d'Académus, mais il exigeait qu'elles prissent l'habit de l'homme pour faire partie de son auditoire. Parmi ses disciples, on cite Axiothée de Phlionte en Arcadie, et Lasthénié de Mantinée, qui se déguisèrent en hommes pour suivre ses leçons ; Et ce ne furent pas les seules, au dire de Clément d'Alexandrie.
Cet ostracisme du sexe féminin ne doit pas nous étonner : c'est le résultat du vice connu sous le nom d'éphéborastie, que l'on s'accorde aujourd'hui à flétrir, mais qui fut célébré chez les Grecs et les Romains par la poésie et les arts presque à l'égal de l'amour naturel.
Platon sentait l'énormité de son audace et redoutait le sort de Socrate. C'est pour cela qu'il quitta son pays et parcourut l'Egypte. Et Cicéron qui le relate, ajoute qu'il reçut des prêtres égyptiens une partie de ses connaissances. Sa métaphysique serait d'origine orientale.
Diogène Laërce raconte que Platon acheta pour 100 mines (ou 11.000 deniers) l'ouvrage de Philolaüs, un Pythagoricien, dans lequel il puisa et qu'il reproduisit dans le Timée en en faussant le sens.

L'INSPIRATION
Platon travailla, comme son maître Socrate, à détruire les doctrines féminines du passé et à les remplacer par des idées nouvelles plus masculines. Cependant, il savait bien ce qui manquait à l'esprit de l'homme, car il attachait un prix immense à l'inspiration, qu'il considérait comme « une faveur divine », mais il est bien entendu que cette Divinité dont il attend la Vérité, ce n'est plus la Déesse, c'est l'entité surnaturelle inventée par Socrate.
A ses yeux, la vertu et la sagesse sont des dons d'en haut, et c'est d'un être irréel qu'il attend une révélation céleste. Mais il est bien forcé de constater qu'elle se produit rarement, et il dit déjà :« beaucoup d'appelés et peu d'élus ».
La Poésie, d'après Platon, était une inspiration au moyen de laquelle on revêt d'un langage humain et l'on transmet aux hommes les idées des dieux.
Ce système a fait entrer dans le monde la suprême hypocrisie, celle qui consiste à nier l'esprit Vivant de la Femme et à le mettre hors du monde, afin de s'affranchir de la direction morale qui avait été la religion suprême pendant l'époque théogonique.
C'est poussé par l'orgueil que l'homme prétend, par son effort, trouver la vérité, mais, comme elle ne se révèle pas à lui spontanément, il la cherche au milieu d'un chaos de contradictions et ne la trouve pas.
Dans le Timèe, Platon parle des théories pythagoriciennes « qui sont, dit il, idéales et abstraites et ne reposent sur aucune donnée expérimentale ». C'est cela qui prouve qu'elles émanent de l'esprit féminin, elles procèdent de la faculté divine, l'intuition, dont il ne peut avoir aucune idée.
Cependant, Xénophane avait dit : « L'homme ne peut pas savoir le fond des choses, il ne voit que les apparences. »
Platon a inventé un art grammatical, cherchant la forme à donner aux idées, ce qui, pour lui, devient plus important que le fond.
Au milieu des rêveries de Platon, je trouve quelque chose d'intéressant. Il raconte qu'un philosophe qui l'a instruit lui a dit que dans l'île de Délos on avait trouvé des tables d'airain rapportées des montagnes hyperboréennes. Cela nous confirme dans l'idée que nous savons que c'est du Nord qu'est venue la science de l'Asie et surtout celle des Grecs.

HEMOERA.
Hemoera est une Déesse dont le nom et l'histoire remplissaient l'Europe, qui joua un grand rôle en Grèce et particulièrement dans l'ancienne Achaïe.
Hemoera signifie la lumière, et il semble bien que Diane, dont le nom signifie aussi le jour, soit la même Déesse dont le nom serait exprimé dans une autre langue (Diane vient de Dia, qui signifie jour, lumière, et ana, ancien).
Mais ces surnoms sont ajoutés à un nom réel qui devait être Europe, lequel nous a été conservé dans les Mystères de la Grèce et dans la mythologie des Prêtres. On confond Eôs, l'aurore, avec Hemoera, Déesse du jour ; elle a des ailes aux épaules, elle plane dans l'espace et verse la rosée sur la terre.
De ce nom Hemoera, on fit, par la suite, un nom collectif : les Hemoerides, désignant les prêtresses de la grande Déesse. Dans de nombreuses inscriptions trouvées sur les bords de la Méditerranée, les Prêtresses sont appelées Moeres, d'où le mot Mère. Hemoera c'est la mère spirituelle. Les Muses sont surnommées Moemonides (1).
Par toute la Gaule, on trouve des inscriptions portant Deabus Moerabus (Déesses Mères) ou bien Deoe Moeroe (Encycl. méthod.).
Les prêtresses d'Hemoera sont « celles qui regardent » (les astronomes). Du temps de Strabon, on voyait à Dianeum, en face des Baléares, le célèbre observatoire appelé Hemeroscope, tour pyramidale servant, selon la science de ces anciens peuples, à déterminer l'instant précis de l'arrivée du soleil aux tropiques (Odyssée). Hemoera est certainement celle qui est désignée par le surnom Uranie.
(1) Dans la langue celtique, le mot Mère se dit Ma. (Ce mot répété a fait Mama.) Il a servi de racine au mot Mère dans toutes les langues (Matri, Mater, etc). On s'est étonné que le mot français Mère n'ait pas la même racine ; c'est qu'il a une autre origine : il signifie Mère spirituelle. Il y a donc en français deux mots pour désigner la même personne : Maman et Mère.

LE CULTE DE LA DÉESSE HEMOERA
C'est la Déesse Hemoera qui écrivit les poèmes dits homériques, qui sont considérés comme les livres saints de la Grèce. On les faisait remonter à la Divinité, donc à la Femme Divine, comme les livres sacrés de toutes les autres nations.
Les vers de ces poèmes étaient portés de ville en ville, par des chanteurs appelés « Aèdes », qui excitaient le plus vif enthousiasme. Ces Aèdes, appelés aussi « Hémoerides », faisaient la plus active propagande des vers de l'Iliade, ce qui prouve qu'ils prenaient une grande part dans la lutte, qu'ils avaient un grand intérêt dans le triomphe des idées qui y étaient exposées. On les voyait dans les festins, chanter ou réciter les vers de l'Iliade qui passaient de bouche en bouche et qui devinrent l'ornement des plus brillantes fêtes.

HEMOERA MASCULINISÉE
Le nom d'Hemoera masculinisé est devenu Homère. Fabre d'Olivet nous apprend ceci :
« Le nom d'Homère n'est pas grec d'origine et n'a point signifié, comme on l'a dit, aveugle. La lettre initiale O n'est point une négation, mais un article (ho) ajouté au mot phénicien moera, qui signifie au propre un foyer de lumière et au figuré un Maître, un Docteur » (Vers dorés, p. 73).
Mais le mot moera est féminin, et c'est l'article féminin he (la) qui le précédait. Ce nom alors était Hemoera.
Il est facile de comprendre comment le nom fut altéré : en voulant le masculiniser, on remplaça l'article féminin He par l'article masculin Ho, et Hemoera devint alors Homeros. Ce fut tout simplement un changement de genre pour consacrer un changement de sexe. Donc, c'est par antithèse que de moera, lumière, voyance, on fait d'Homère un aveugle.

LES POÈMES HÉMOERIQUES RÉVISÉS
Nous ne connaissons pas les oeuvres originales d'Hemoera, d'abord parce que cet auteur ne les écrivait pas et se contentait de les réciter ou de les chanter, ensuite parce que les traductions que nous en avons ont été faites à une époque relativement moderne et dans un temps où il était d'usage de dénaturer l'histoire de l'antiquité.
Le grammairien latin Diomède (4ème siècle après notre ère) raconte que la Grèce ayant perdu, par accident, une grande partie des chants d'Homère, Pisistrate, qui attachait un grand prix à la conservation de ces Poésies, fit publier dans toute la Grèce, avec promesse de récompense, l'invitation de lui transmettre les vers que chacun aurait gardés dans sa mémoire. Après avoir reçu d'innombrables morceaux, il réunit 72 grammairiens, les enferma dans des chambres spéciales et fit composer, par chacun, un Homère complet à l'aide des fragments recueillis (Repertorium für Biblische und Morgenländische Litteratur, T. I, p. 266-267).
Cette légende ressemble bien à celle d'Aristée au sujet de la Version des Septante, qui aurait été faite dans les mêmes conditions. Nous ne croyons guère à ces pertes par accident, surtout à une époque où nous voyons partout les oeuvres qui chantent les louanges de l'ancien régime dénaturées. Ce qu'il y a de certain, c'est que de nombreux changements et des interpolations ont été faites dans les poèmes d'Homère.
On croit que c'est Lycurgue (396-323) qui, le premier, rapporta dans la Grèce occidentale les poèmes d'Homère. C'est lui, le mâle législateur, qui en fut le premier éditeur sept ou huit siècles après la mort de leur auteur. Solon et les Pisistratides achevèrent de les fixer par l'écriture.
La dernière révision des poèmes d'Homère est due à Aristarque de Samothrace (né vers 160). C'est après avoir subi les épurations et les corrections de ce grammairien grec, célèbre par ses études critiques sur les poèmes grecs, que fut fixé le type adopté, d'où sont dérivées toutes les copies que nous possédons.

L'ILIADE
Le sujet de l'Iliade est la colère d'Achille. Or, pour qu'Achille ait été en colère, comme Médée, à propos de la conquête du pays par les hommes, il faut qu'Achille ait été, dans le poème primitif, une personne bien attachée à l'ancien régime gynécocratique. Du reste, on nous dit que sa Mère l'avait rendu invulnérable, excepté au talon, en le trempant dans le Styx.
Or, nous savons que cette légende représentait alors la Femme « mordue au talon » par le serpent, qui représente l'homme vil, celui qui l'attaque lâchement, « par en bas », c'est-à-dire dans son sexe.
Alors, Achille, c'est la Femme outragée ! On en fait un « fils » de Téthys et de Pelée, roi des Myrmidons, et il aurait été élevé par le centaure Chiron (Ki/Chi-Ro), qui lui enseigna l'art de guérir (1). Donc Achille guérissait. Mais c'est la Femme qui exerçait la médecine dans les temples à cette époque ! Du reste, toutes ses occupations sont féminines : dans l'Iliade, nous voyons qu'Achille prépare elle-même (?) le repas qu'elle (?) veut offrir à Agamemnon.
Puis on nous dit que, quand éclata la guerre de Troie, sa mère, sachant qu'il y devait périr, l'envoya déguisé en femme à la cour de Lycomède, roi de Scyros. Voilà donc Achille devenu femme, dans la rédaction revisée, mais à titre de déguisement ; combien cela est significatif ! Ulysse l'emmena au siège où il se signala par les plus glorieux exploits, tua Hector, puis, après dix ans de siège, fut tué par Paris qui lui lança une flèche empoisonnée au talon, seul endroit où il fût vulnérable.
Tout ceci est évidemment arrangé par les reviseurs. L'Iliade est le récit devenu allégorique de la lutte de sexes en Grèce. On y voit Penthésilée, reine des Amazones, tuée devant Troie. Du reste, les premiers vers le disent :

Déesse ! viens chanter la colère d'Achille
Fatale, et pour les Grecs si fertile en malheurs,
Qui d'avance, aux enfers, précipitant en foule
Les âmes des héros, livra leurs corps sanglants
Aux dogues affamés : ainsi Jupiter même
Le voulut, quand la haine eut divisé les coeurs
Du roi des rois Atride et du divin Achille.

Ce qualificatif divin indique encore qu'il s'agit d'une femme, car, à l'époque d'Homère, l'homme n'est pas encore divinisé. L'Iliade dit :
« Achille, l'illustre Eacide, né d'une mère immortelle ».
Cette Mère, c'est Téthys « qui donna le jour à six filles divines », dit la Fable ; elle n'eut aucun fils.
(1) Or nous savons que c'étaient des femmes qui exerçaient la médecine, on les appelait les Asclépiades, nom dont on fera Esculape. Dans l'Iliade, on lit : « La blonde Agamède qui connaissait toutes les plantes salutaires que nourrissent les champs » (Chant XI). La médecine était enseignée dans le temple de la déesse Hygie. Le commandant Espérandieu, correspondant de l'Académie des Inscriptions, a retrouvé un de ces sanctuaires sur le Mont-Auxois.

DÉCADENCE DE LA GRÈCE
Nous venons, de voir que les Grecs s'étaient jetés, dans toutes les aberrations mentales, raisonnant sur tout et partout introduisant le paradoxe, le sophisme et l'erreur. Cet âge vit paraître une foule prodigieuse de philosophes qui mirent leurs doutes dans une multitude de livres.
On discutait sur les choses les plus imprévues, comme les mystères du nombre 3 ; sur la chute, que les hommes nient et considèrent comme une pure fable ; sur le sacrifice, dont on méconnaît la signification première et qui devient le meurtre d'un être vivant.
Ce que l'homme méconnaît surtout c'est la Femme. Depuis qu'on discute sa Divinité, qu'on la nie même, on lui donne un rôle inférieur ; elle devient (depuis Platon) un démon, et l'on nous dit que le philosophe Ménippe eut longtemps pour maîtresse une empuse, c'est-à-dire un démon femelle. La mère d'un des plus grands orateurs grecs, Eschine, passait pour une empuse, sorte de démon nocturne. Et ces sceptiques cherchaient dans des pratiques superstitieuses la direction qu'ils ne savaient plus se donner à eux-mêmes.
Si nous cherchons quel fut le résultat de la liberté de l'homme en Grèce, c'est-à-dire de son affranchissement de la tutelle morale de la Femme, nous voyons que chaque ville est en proie aux révolutions, que des petites tyrannies poussent de tous côtés, que la guerre règne entre les cités, qui se tuent réciproquement, que la Grèce n'a plus ni armée, ni marine, ni travail, ni argent, qu'elle est dépeuplée, qu'elle n'a plus d'hommes de valeur, qu'ayant tué la Femme elle n'a plus d'âme. C'est une anarchie générale.
Pendant 25 ans, les juges ne siègent même plus. On ne s'unit plus, on n'a plus d'enfants. Polybe qui écrit son "Histoire générale" au siècle suivant, cherche la cause de cette décadence dans l'esprit de l'Ecole d’Épicure ; Il a raconté les dernières luttes de la Grèce, c'est une histoire lamentable, jamais il ne s'est commis plus d'atrocités.
Les femmes étaient si malheureuses qu'elles se suicidaient en masse. Pour les en empêcher, on décréta que celle qui se suiciderait serait exposée nue sur la place publique. La pudeur posthume les retint.
C'est alors que les peuples du Nord appelèrent les Hellènes Graïa, mot celtique qui signifiait grue et dont on fit Grecs. Ils acceptèrent avec répugnance cette épithète, qui, cependant, leur est restée.
L'histoire nous montre les dominations, tombant les unes sur les autres, se détruisant mutuellement : la Grèce subjuguée par la Macédoine ; la Macédoine tombant à son tour ; la grandeur des Perses disparue, celle des Parthes s'évanouissant de même ; l'Egypte, après des siècles de prospérité sous le régime gynécocratique, tombant aux mains des hommes qui se disputent le pouvoir ; et alors se dissipent comme un nuage les grandes Puissances qui disparaissent : l'Ethiopie, la Libye, Carthage, etc.
Sous la domination des hommes, sur la Terre entière souffle la tempête, les vents contraires, qui jettent l'humanité dans les abîmes.
L'histoire nous montre les grands facteurs de l'évolution du Mal, la Luxure, l'Orgueil et l'Egoïsme, régnant partout où avait régné le principe de toute lumière et de tout progrès, l'Esprit féminin, c'est-à-dire l'Esprit Divin.
Voilà où l'homme arrive quand il n'a pas la Femme pour le guider, quand, livré à lui-même, il erre dans les sentiers de l'incertitude, commettant, pour ainsi dire, une erreur à chaque pas qu'il fait ; et, se trompant lui-même, il veut tromper les autres pour obéir à cet instinct autoritaire qui règne toujours chez l'homme perverti.
C'est ainsi que le Prêtre bouleversa la Religion, supprimant l'inspiration salutaire de la Déesse vivante, qu'il avait fait taire en la discréditant, et, à la place de son règne, institua l'ère du mensonge et de la fraude.
De sa science supérieure il fit une discipline incohérente, de sa philosophie une rêverie, de la tradition un tissu de fables surnaturelles. Partout il mit le trouble de son esprit, mais il ne créa rien, ne travailla que sur le terrain qui avait, été préparé par la Femme, défriché par elle, il y sema l'ivraie au milieu du bon grain, écarta tout ce qui le blessait, l'entravait dans la liberté qu'il voulait de faire le mal, et ainsi laissa perdre l'héritage des vérités premières, la grande science des temps antérieurs. Et il ne s'aperçut pas que le résultat de son triomphe, ce fut la mort de l'âme, le néant de l'esprit, le désordre social. Il avait semé autour de lui la ruine, la terreur, le malheur !
La Femme, qui luttait pour le bien, voulait, au contraire, la Vie, la Vérité, la Justice pour tous les êtres humains. Quand c'est Elle qui triomphe, tout renaît, la Nature entière semble en fête, le calme revient, la prospérité la suit et l'homme lui même renaît au bonheur, à l'enthousiasme !